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    «Mr Nice Guy»: la vidéo choc de sensibilisation à la violence dans le couple

    A l’occasion de la journée Internationale de lutte contre la violence faites aux Femmes du 25 novembre, Anna Golisciano, la présidente de l’association Violence Que Faire, nous parle de leur nouvelle campagne «coup-de-poing» qui marque les 10 ans de leur engagement. Interview.

    Publié le 
    25 Novembre 2016
     par 
    Juliane Monnin

    FEMINA Selon vous, en quoi la vidéo Mr Nice Guy «vise juste» et «fait mal»?
    Anna Golisciano
    Le message de ce clip est simple, mais il peut faire écho à toutes les personnes ayant été victime de violence de la part d’un partenaire. Il pointe une des principales caractéristiques de la maltraitance conjugale, son caractère insidieux, la manière dont elle apparaît graduellement dans une relation qui a pourtant bien commencé.

    En montrant le décalage entre ce partenaire tel qu’il est au début de l’histoire amoureuse et le visage qu’il dévoile au fil du temps, on veut dire aux victimes qu’elles ne sont pas responsables de cette violence. Elles, ne l’on pas choisie. Elles n’ont pas choisi un partenaire violent, mais un partenaire plein de qualités. La violence, elle, apparaît au fil du temps.

    On veut aussi les amener à se questionner sur cette relation: est-ce que les beaux moments qu’elles ont passés avec leur partenaire au début de la relation et qui sont encore là parfois, valent-ils la peine de subir cette violence?

    En Suisse, une femme sur cinq est victime de violence physique et sexuelle… Comment expliquer ce chiffre si élevé? Pensez-vous que les politiciens se battent assez pour cette cause?
    C’est une statistique énorme, en effet. Si l’on prend en compte la violence psychologique de la part d’un partenaire, ce sont 40% des femmes qui sont concernées au cours de leur vie. De nombreuses causes entrent en jeu dans l’apparition de la violence, tant au niveau des expériences individuelles que des facteurs sociaux.

    La manière dont sont perçus les rôles des hommes et des femmes dans notre société est par exemple un élément clé pour comprendre cette violence et pourquoi ce sont principalement les femmes qui en sont victimes. Dès l’enfance, filles et garçons sont conditionnés par la société et répondent à des rôles déterminés et ce qui est perçu comme féminin est généralement dévalorisé, parfois de manière inconsciente. Ce déséquilibre se poursuit à l’âge adulte. De nombreux hommes et femmes en payent le prix en restant, enfermés dans ces rôles, mais le coût pour les femmes est bien plus élevé, car lorsque la violence apparaît, ce sont souvent elles qui se trouvent en situation de faiblesse ou de vulnérabilité.

    Les Bureaux de l’égalité font un grand travail pour questionner les stéréotypes de genre et intégrer la lutte contre les violences conjugales dans les politiques publiques. La situation a évolué, mais les ressources manquent encore pour permettre aux associations d’aider de manière optimale toutes les personnes concernées, victimes, enfants mais aussi auteurs.

    Avec la ratification prochaine de la Convention d’Istanbul, la situation devrait changer et plus de poids pourrait être accordé à cette question.

     

     

    Le 25 novembre est la journée Internationale contre la violence faite aux femmes. Pouvez-vous nous parler des jours d’activisme qui suivent? En quoi consistent-ils? Comment prendre part à cet engagement?
    Ces 16 jours d’engagement contre la violence basée sur le genre démarrent le 25 novembre pour se terminer le 10 décembre, Journée internationale des droits humains. Symboliquement c’est très fort, parce que ça rappelle que la violence à l’égard des femmes est avant tout une violation des droits humains.

    Durant cette période, les organisations à travers le monde se mobilisent pour parler de cette thématique et éveiller les consciences à la nécessité de travailler encore pour éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles. L’ONU est également très actif sur ce thème avec sa campagne UNiTE – Orangez le monde.

    De nombreuses actions sont menées en Suisse romande et chacun-e peut se mobiliser à son niveau, par exemple en portant de l’orange pour dénoncer cette violence, en partageant sur les réseaux sociaux des informations sur la violence faite aux femmes et sur les aides disponibles, en soutenant les organisations qui travaillent sur cette thématique.

    Depuis quand votre association Violence Que Faire existe-t-elle? Quelle aide apportez-vous aux victimes d’abus dans le couple?
    Violence Que Faire existe depuis 10 ans. A travers la plateforme Internet Violence Que Faire, notre objectif est d’offrir un service supplémentaire au dispositif en place dans les cantons romands.

    L’atout principal de ce site est son service de conseil en ligne, gratuit et anonyme, qui permet aux internautes de poser les questions qui les préoccupent et de recevoir des réponses personnalisées de la part de spécialistes. De plus, à travers des informations détaillées, des tests et des témoignages, les internautes peuvent en apprendre plus sur la violence et réfléchir à leur propre situation.

    Cette plateforme vise en particulier les personnes qui sont confrontées aux premiers épisodes de violence, qui ne s’identifie peut-être pas comme des «victimes» et ne font donc pas le pas d’aller voir un service de consultation spécifique. Mais notre site s’adresse aussi à celles qui vivent depuis longtemps des situations de violence graves et qui par peur et par honte, n’ont pas encore eu le courage de chercher de l’aide auprès de professionnel-le-s.

    Une des particularités de notre service est qu’il s’adresse aussi bien aux victimes, qu’aux auteurs et aux proches. Une section du site est spécialement destinée aux jeunes concernées par la violence dans leurs relations amoureuses.

    Avez-vous un message à faire passer aux femmes maltraitées, à nos internautes?
    J’ai travaillé plusieurs années dans un foyer d’accueil pour femmes victimes de violence et j’ai pu accompagner de nombreuses personnes dans leur cheminement pour sortir de la violence. Et il m’arrive encore parfois de croiser certaines de ces femmes. Elles sont concentrées devant leur ordinateur pour préparer des examens, souriantes derrière un comptoir ou marchent d’un pas rapide pour accompagner leurs enfants à l’école. A les voir ainsi, on ne pourrait jamais imaginer ce qu’elles ont traversé, pourtant elles ont été confrontées à de graves violences.

    C’est dans ces moments que je réalise toute la force dont ces femmes font preuves dans leur quotidien et tout le courage qui a été le leur pour sortir de la violence. Je crois que toutes les victimes ont quelque part des ressources extraordinaires. 

    La vidéo «Mr Nice Guy» a été conçue par l’agence de communication Campbell Ewald et réalisée par Angus Wall (lauréat de nombreuses récompenses à Hollywood dont deux Oscars pour le travail codirigé avec David Fincher).

    Sur les réseaux sociaux: #campagneMrNiceGuy, page Facebook de Violence Que Faire


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