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    Être médium, ça s’apprend!

    Nous sommes toujours plus nombreux à chercher la preuve de l’immortalité de l’âme ailleurs que dans les Eglises.

    Publié le 
    24 Avril 2014
     par 
    Anne Kauffmann

    Certains mots créent d ’emblée une atmosphère. Prenez «médium». Il y a de fortes chances que cela vous évoque de lourdes draperies sombres, un guéridon prêt à sautiller et un certain malaise à l’idée de voir surgir des revenants. Quant à la personne en question, pour autant que vous croyiez à la survie de l’âme, vous lui prêterez un don particulier. Tout faux! En ce début de XXIe siècle, à entendre celles et ceux qui la pratiquent, non seulement la médiumnité se vit joyeusement, mais elle est à la portée de chacun. «C’est une faculté que nous possédons tous. Elle s’apprend et se travaille, explique tranquillement Hannes Jakob, le directeur de Fréquences, à Neuchâtel, une école qui propose depuis 2005 des formations sur deux ans, le week-end. Il y a des gens simplement plus doués que d’autres, comme pour la musique.» Conséquence de cette démocratisation du surnaturel, stages et ateliers de formation se multiplient en Suisse romande.

    Mais pourquoi une telle envie de converser avec des morts? «Il ne faut pas limiter la médiumnité à ces contacts-là, c’est un phénomène beaucoup plus vaste, précise Moniq Clerc, une Valaisanne établie désormais dans le Jura, qui enseigne cette «discipline» depuis onze ans. Le médium est un intermédiaire, il canalise l’énergie spirituelle invisible qui s’exprime de diverses manières. Par les messages des défunts, mais aussi par la communication d’âme à âme entre vivants. Elle peut réveiller le potentiel de guérison d’une personne, nous encourager à vivre pleinement notre vie avec toutes ses responsabilités éthiques, face à nous-même et aux autres.» A Lausanne, Denise Gilliand, qui a cofondé l’Atelier Infini il y a un an et demi, y voit en plus une manière de stimuler > > sa créativité artistique. Réalisatrice de documentaires – c’est elle qui a tourné en 2011 «Médiums, du monde à l’autre», un film qui a rencontré un grand succès – elle assure avoir souvent ressenti cette manifestation énergétique. Bien avant sa propre formation en médiumnité, acquise notamment à Fréquences.

    Vocation féminine

    Qui sont ces Harry Potter désireux «d’aiguiser leurs antennes intérieures», comme le formule Hannes Jakob? Eh bien, plutôt des Hermione! L’immense majorité des pratiquants sont des femmes, plus à l’aise, semble-t-il, que les hommes avec le monde de la «sensivité». Ces expériences, affirment les médiums formateurs, sont accessibles à tout âge, mais certains fixent des limites: 18 ou 21 ans minimum. Les parcours qui mènent à la médiumnité sont très variés. Il y a des personnes qui entreprennent cette démarche pour accéder à des messages de disparus (une minorité), d’autres viennent en quête de spiritualité ou dans une logique de développement personnel. Sans oublier celles et ceux qui ont vécu des expériences inexplicables. «Aux gens qui les ont mal vécues, j’apprends à maîtriser ces phénomènes. La médiumnité ouvre une porte, mais on peut aussi la fermer quand on le souhaite», affirme Denise Gilliand. La diversité est tout aussi grande en ce qui concerne l’âge et les activités professionnelles des élèves. Avec toutefois une prédominance des métiers du domaine des soins (physios, ostéos, infirmiers, collaborateurs d’EMS, etc.) ou de ceux où le contact avec autrui est primordial (assistants sociaux, enseignants). Mais, dans les cours et les stages, on peut tout aussi bien côtoyer des policiers, des avocats, des mères de famille au foyer, des spécialistes en RH, des artistes ou des comptables.

    Combien de ces apprentis médiums en font-ils ensuite leur profession? «Ils sont plutôt minoritaires, estime Hannes Jakob. Aux débuts de l’école, dans chaque volée d’une vingtaine de personnes, un grand nombre d’entre elles venait pour ensuite ouvrir un cabinet. Désormais, il n’y en a plus que deux ou trois.» Pour Moniq Clerc, le savoir qu’elle partage avec ses élèves n’a pas pour but d’en faire des professionnels: «Je le vois comme un long cheminement qui contribue à spiritualiser sa vie et à se mettre au service des autres.» Quant à Denise Gilliand, elle aimerait encourager des vocations de médiums guérisseurs soumis à un code de conduite strict. Qui interdit notamment de poser un diagnostic ou de se substituer à la médecine.

    Effet de mode

    La plupart des pratiquants en médiumnité l’utilisent donc pour «nourrir leur âme», comme le dit Denise Gilliand. Reste qu’un effet de mode conduit certains à «consommer» du lien avec l’infini, comme ils font du yoga uniquement pour maigrir ou de la méditation pour être plus performant au travail. Des coaches mettent même la médiumnité à leur catalogue comme n’importe quelle technique. Une dérive que dénoncent ceux des médiums pour qui leur pratique ne peut se faire que dans une approche spirituelle.

    Preuve que la médiumnité pourrait s’apprendre, aucun de nos interlocuteurs ne revendique un don. Hannes Jakob était un adolescent appenzellois passionné de foot et de judo avant de commencer à pratiquer la méditation «par hasard», puis à ressentir «des énergies incroyables». Ce n’est qu’à la trentaine qu’il a tourné le dos à une carrière dans le marketing et changé d’orientation. Pour Denise Gilliand, qui dit que la mort a toujours fait partie de son questionnement, c’ est donner la vie à ses deux enfants qui l’a conduite à explorer cet univers, tandis que la quête de Moniq Clerc remonte à une enfance difficile. «A cette période, j’ai rencontré une éducatrice qui a fait preuve d’une telle empathie que cela m’a bouleversée. C’était donc possible d’entrer si profondément en bienveillance avec quelqu’un. En découvrant la médiumnité, j’ai retrouvé cette compassion.» Un point commun toutefois: quelles que soient les nombreuses autres formations qu’ils ont suivies, ces médiums ont passé par la Mecque des médiums modernes, l’Arthur Findley College dans la région de Londres (voir ci-dessous), et entretiennent des liens avec cet établissement et ses enseignants.

    Pratique non réglementée

    Mettre dans les mains de ceux qui le souhaitent la capacité de canaliser eux-mêmes une force bénéfique, selon le credo de la médiumnité, et la diffuser largement comporte tout de même quelques écueils. Notamment parce que n’importe qui peut se proclamer médium; ce n’est pas une pratique réglementée! D’où le risque de rencontrer un praticien incompétent, voire malveillant. «Dans toutes les professions, il y a des incompétents», relativise Denise Gilliand. Qui rassure: «Il n’y a pas de négativité dans le monde invisible.» Moniq Clerc en est, elle aussi, convaincue, mais elle redoute les blessures psychologiques que des médiums trop peu à l’écoute pourraient causer. Raison pour laquelle, outre une charte éthique en médiumnité, elle a aussi élaboré avec des collègues le premier journal romand consacré à cet univers. Accessible sur son site, il propose entre autres des conseils et des questions à se poser si l’on envisage une consultation. Utile aussi à celles et ceux qui voudraient apprendre à ce que la Force soit avec eux.

    Pour en savoir plus:

    Ecole de médiumnité à Neuchâtel: www.frequences.ch

    L’Atelier Infini à Lausanne: www.atelier-infini.com

    Site de Moniq Clerc: www.lavoixdelame.ch

     

     

    «Cela fait partie de ma vie, tout simplement»

    Cécile Umbria, 37 ans, assistante en gestion administrative et comptable, Val-de-Travers

    «Pour moi, tout ce qui est lié à l’énergie, comme le secret, par exemple, n’a rien de surprenant. Dans ma famille, il y a des liens avec ce genre de choses. Mais quand ma petite sœur m’a proposé de participer à un cours de médiumnité, j’ai été très étonnée. Pour moi, parler avec des défunts, cela ne s’apprenait pas, c’était un don. Et puis, à l’époque, je n’avais pas encore perdu quelqu’un de proche. L’idée en elle-même ne me faisait pas peur. Pendant notre enfance, ma sœur a reçu, durant un certain temps, la «visite» de personnes décédées. Elle n’était pas toujours très rassurée, mais, moi, qu’est-ce que je l’enviais! Finalement, je suis allée à ce cours. Et, avec Moniq Clerc, j’ai découvert que la médiumnité consiste surtout à entrer en contact avec le monde spirituel. Recevoir des messages de personnes disparues n’en est qu’une manifestation. Tout le monde peut y arriver, ce n’est pas très difficile. Ce qui l’est, c’est d’apprendre à trouver les bons mots, s’adapter à la sensibilité des gens auxquels ils sont destinés, pouvoir apporter un réconfort. Tout cela demande un grand travail sur soi, un long cheminement. Je suis sur cette voie depuis quatre ans; elle fait désormais totalement partie de ma vie même si, professionnellement, je continue à évoluer dans un domaine des plus rationnels! Moi qui étais plutôt timide et réservée, j’ai pris confiance en moi et je communique beaucoup mieux avec les autres. J’aborde mieux les petits conflits relationnels. Sans pratiquer une religion, je pensais déjà qu’il y a une force qui nous dépasse. Pouvoir l’expérimenter, c’est fantastique, cela me rend très joyeuse. Mon compagnon, lui, ne croit absolument pas à tout cela. Il reconnaît pourtant que je suis plus épanouie, alors il me taquine en me disant que tant que je ne dessine pas des pentagrammes sur les murs et qu’il ne trouve pas des poulets égorgés chez nous, mes activités médiumniques ne le gênent pas!»

     

    «Je pratique la guérison spirituelle»

    Florence (prénom d’emprunt), 51 ans, haut fonctionnaire responsable d’un service social régional romand

    «Je suis de culture chrétienne, croyante, mais non pratiquante. Mes proches savent que je ne suis ni une exaltée ni «une éclatée du violet» fascinée par l’ésotérisme! Ma rencontre avec la médiumnité s’inscrit plutôt dans une quête spirituelle. Une démarche qui m’avait déjà conduite à m’intéresser aux soins alternatifs lors de la maladie de ma nièce. Je suis partie au Brésil voir un guérisseur qui m’a dit de méditer pendant quinze jours. Durant cette période, j’ai ressenti quelque chose d’étrange, la présence d’une puissance particulière. Cet homme m’avait dit que cette enfant guérirait, or elle est morte… Après son décès, j’étais lessivée, j’avais besoin de retrouver une paix intérieure. Je l’ai cherchée dans le silence avec les sœurs de Grandchamp (ndlr: communauté protestante). Puis dans une séance avec un médium qui est entré en contact avec ma nièce. Cela m’a fait du bien, mais j’étais perplexe: des messages peuvent donc venir de l’au-delà? J’ai repris la méditation silencieuse découverte à Grandchamp et je me suis inscrite à un séminaire donné à l’école de médiumnité de Neuchâtel. Là, j’ai compris le lien entre tout ce que j’avais déjà pratiqué et ressenti: cette énergie qui nous dépasse. Pour moi, il n’y a aucune contradiction avec le message chrétien. Maintenant je sais que la mort de ma nièce n’était pas la fin; notre essence poursuit son chemin. Au bout du compte, j’ai suivi l’ensemble de la formation de Fréquences. Je l’applique dans des séances mensuelles de guérison spirituelle, publiques et gratuites. Pour les gens qui y assistent, et pour moi aussi, c’est un moment où l’on se pose, où l’on se retrouve face à soi-même. Une bulle particulière dans laquelle je transmets de l’énergie positive en posant simplement mes mains sur les épaules des gens. Mes proches sont au courant. A ceux qui s’intéressent à mes activités extraprofessionnelles je dis simplement que je fais du reiki, méthode à laquelle je me s uis aussi formée. Cela participe de la mê me énergie et ça «passe» mieux que la médiumnité!»

     

    «Beaucoup de points communs avec la foi»

    Nathalie (prénom d’emprunt), 43 ans, secrétaire, Genève

    «Aussi loin que je m’en souvienne, j’étais une petite fille très intuitive, intéressée par des choses que je ressentais, mais que je ne m’expliquais pas. A 8 ans, j’ai même demandé une boule de cristal au Père Noël! Plus tard, c’est surtout vers le tarot que je me suis tournée. Pendant des séances avec des amies, il m’arrivait d’avoir des flashs qui m’impressionnaient. J’ai eu une éducation catholique tout ce qu’il y a de plus traditionnelle et j’ai toujours cru qu’il y avait une vie après la mort. Mais la certitude de l’immortalité, elle m’est venue avec la médiumnité, pas à l’église. Ce qui m’attire avant tout dans ces relations avec le monde invisible, c’est la possibilité d’entrer en contact avec des personnes décédées. Il y en a de très drôles, vous savez! Auparavant, il m’était déjà arrivé de sentir des présences autour de moi. Même avant le décès de proches. Je n’avais pas peur, mais c’était bizarre et je me demandais si je n’avais pas trop d’imagination. Un jour, j’ai osé en parler à mon prof de reiki. Il ne s’est pas moqué de moi et m’a appris comment faire pour que ces défunts retrouvent la lumière. C’est finalement au cours d’une autre thérapie qu’on m’a guidée vers la médiumnité en me recommandant une conférence de Mme Clerc. Je me suis sentie en confiance et, plus tard, me suis inscrite à un stage. Il avait lieu pendant les vacances scolaires, mais mon mari m’a encouragée et s’est arrangé pour garder notre enfant. Là, ça a été le déclic, comme quand vous trouvez une pièce essentielle d’un puzzle. Tout ce que j’avais cherché ailleurs était là. La médiumnité m’a confirmé la justesse de ce que je ressentais. Je la pratique à côté de mon travail, je la vois comme un cadeau à partager et je n’en ferai jamais un business. Ma vie a été transformée Je n’ai plus peur du lendemain, j’ai même compris, accepté, tout ce qui m’est arrivé jusqu’ici au cours de ma vie. Je me sens accompagnée de la lumière des défunts et j’ai trouvé la paix. Cela ressemble à la foi? Je pense qu’il y a, en effet, beaucoup de points communs.»

     

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