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    L'édito de Sonia Arnal: «Les Bronzés VS Game of Thrones»

    Chaque semaine, Sonia Arnal, la rédactrice en chef de Femina, croque dans son édito le quotidien avec humour et ironie. Ce dimanche 12 mai 2019, une rencontre lacustre lui remémore des souvenirs adolescents.

    Publié le 
    12 Mai 2019
     par 
    Sonia Arnal

    Lundi je suis tombée sur Gérard Jugnot. Ça m’a fait tout bizarre. Enfin, tombée... moi, je courais au bord du lac, lui pédalait, et je vous rassure, personne ne s’est fait mal dans l’opération. Mais, à la seconde où je l’ai croisé, je ne l’ai pas reconnu. J’ai vu dans ma tête un type en combi de ski bleu et jaune, faisant des virages maladroits, et Thierry Lhermitte en prof de ski versé dans la pédagogie par l’exemple analysant les performances techniques de chacun et demandant à son propos: «Quel est le défaut principal de Bernard?» et la réponse fusant: «Il est égoïste.» C’est là que j’ai compris qui je venais de voir.

    C’est que pour ma génération, «Les Bronzés» sont une référence suprême. Dans ma classe de gymnase, certains étaient capables de rejouer des scènes entières et nombre de répliques cultes étaient fréquemment citées. Personne ne pouvait se faire battre au ping-pong sans sortir au moins une fois: «Habile, le macaroni!» ni boire un alcool qui arrache sans dire: «Ah, il a du retour!» en tapant du poing sur la table. Ça n’était pas toujours très drôle ni très fin, mais avoir ces films en commun, ça vous soudait diablement une classe.

    Non mais allô quoi, t'as pas vu la série «You»?

    C’était mieux avant

    Je me demande souvent comment font les enfants et les adolescents, aujourd’hui que chacun regarde en streaming ce qui lui chante à l’heure qui lui chante. Y a-t-il encore des films que tout le monde a vus, qu’on peut se rejouer parmi, détourner pour les intégrer à la vie du groupe, ou chacun a-t-il ses références personnelles?

    Parce qu’on a beau tartiner sur «Game of Thrones», je connais plus de gens qui ne sont pas fans que de gens qui ont tout vu et, en dehors de: «Winter is coming», très de saison en ce moment, pas grand monde n’arrive à sortir de phrase culte.

    Sans vouloir la jouer c’était mieux avant, c’est un peu dommage, surtout maintenant que l’avion est honni pour les sorties scolaires. Dans un trajet interminable en train qui nous menait à Prague en voyage d’études, on avait ainsi démarré l’écriture parodique d’une autre série culte, «Fame», qu’on avait rebaptisée «Shame». Je jouais la rigolote Doris Schwartz car, déjà, j’étais très drôle, le pianiste de service jouait Bruno Martelli (aujourd’hui il est pianiste pour de vrai) et un ami très blond, limite albinos, jouait le danseur afro-américain Leroy. Ça nous a fait les 19 heures de voyage, cette plaisanterie. Après tout, peut-être que c’était quand même un peu mieux avant.

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