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    Contraception en 2015: l’avis d’un spécialiste

    A l’occasion de la journée mondiale de la contraception, nous avons voulu dresser un état des lieux des méthodes contraceptives existantes. Avez-vous choisi la bonne contraception? Cet éclairage va vous permettre d’y voir plus clair. 

    Publié le 
    26 Septembre 2015
     par 
    Loreleï Michel

    Vous ne le savez peut-être pas, mais ce 26 septembre 2015 est la journée mondiale de la contraception. L’objectif de cette journée: sensibiliser la population a l’importance de l’utilisation d’une méthode de contraception par toute personne sexuellement active et en periode de fertilité afin de reduire le nombre de grossesses non désirées qui donnent souvent lieu à des avortements. De quelle manière? En offrant une information des plus complètes.

    Vous vous posez encore des questions quant au choix de votre contraceptif? Pour y voir plus clair, nous avons rencontré le Dr Olivier Julen, spécialiste FMH en gynécologie et obstétrique. Anciennement chef de clinique pendant 10 ans aux Hôpitaux universitaires de Genève, notre expert de la contraception est à présent installé en ville de Genève.

    Quelle contraception me correspond le mieux?

    Comme l’explique le Dr Olivier Julen, il n’existe pas de contraception type. Le choix d’une méthode contraceptive doit être individualisé et vous appartient, en fonction de vos souhaits, de votre âge, de votre état de santé général, de vos habitudes de vie, de vos antécédents médicaux, etc. Afin de choisir le contraceptif idéal pour vous, il est essentiel de demander à votre médecin ou centre de planning familial une consultation «contraception», uniquement dediée a ce sujet, dans laquelle votre praticien vous aidera à choisir la méthode la plus adaptée à vos besoins. Avant la prescription de la plupart des méthodes contraceptives, seul un examen général est requis, avec documentation du poids et de la tension artérielle. De quoi rassurer bon nombre d’adolescentes qui redoutent l’examen gynécologique. Après tout changement de méthode de contraception, un rendez-vous de contrôle visant à évaluer l’adéquation et votre satisfaction de la méthode choisie doit être considéré. Sachez également que votre méthode de contraception utilisée doit être réévaluée à intervalles réguliers.

    Quelle est la tendance?

    Suite à la médiatisation des complications liés aux contraceptifs oestroprogestatifs (notamment les risques thromboemboliques), on se tourne de moins en moins vers la contraception hormonale. La tendance est aux «contraceptions réversibles de longue durée», à savoir le stérilet ou Dispositif Intra-Utérin DIU (hormonal ou au cuivre) et l’implant sous cutané.

    Le DIU est d’ailleurs la méthode de contraception la plus utilisée dans le monde mais cependant pas en Suisse. Selon notre spécialiste le Dr Olivier Julen, cela s’explique par la diversité des méthodes de contraception existantes, le recours systématisé à la contraception hormonale orale et le manque d’informations du corps médical à l’égard des DIU. En effet, selon une étude récente, 68% des gynécologues et 85% des médecins généralistes interrogés ne recommandent pas l’utilisation d’un DIU chez les jeunes femmes. En raison de ces réticences (infondées) du corps médical, la promotion de ces méthodes de contraception plus simples d’utilisation, réversibles et plus efficaces n’est pas suffisante. Il existe encore une multitude d’à-prioris à l’utilisation du DIU, en particulier chez les jeunes femmes. Selon l’expertise du Dr Olivier Julen, il n’y a pas plus de grossesses extra-utérines ni d’impact délétère sur la fertilité avec cette méthode de contraception. Le léger surcroît de risques infectieux est circonscrit aux conditions de mise en place du DIU et n’est pas dû au mode de contraception. Le risque infectieux est intimement lié au comportement sexuel: tout rapport sexuel non protégé par le préservatif expose les individus à un risque de contamination infectieuse sexuellement transmissible avec ou sans DIU.

    Malgré qu’une majorité de praticiens ne recommanderaient pas le stérilet pour les femmes qui n’ont pas encore eu de grossesse, il serait à privilégier selon le Dr Olivier Julen, car le risque d’échec d’autres méthodes de contraception tels que l’oubli de pilules est bien plus élevé chez les adolescentes, qui présentent un indice de fertilité élevé. Depuis de nombreuses années, les hôpitaux universitaires et centres de planning familial font la promotion du stérilet, car il présente peu d’effets indésirables, est très bien toléré, facile d’utilisation et surtout plus efficace que la pilule. On compte 22 fois moins de grossesses non désirées chez les utilisatrices de stérilets qu’avec les autres moyens contraceptifs! Son efficacité est équivalente aux méthodes de stérilisation et à l’avantage d’être immédiatement réversible après retrait du dispositif. L’existence de différents modèles et tailles de stérilets leur permet d’être adaptés à la majorité des femmes sexuellement actives.

    Le Stérilet (DIU) fait partie de la liste des contraceptifs de première intention à proposer à toutes les femmes demandant une contraception indépendamment de l’âge et de l’existence de grossesses antérieures, tel que le recommandent les diverses sociétés médicales internationales de gynécologues-obstétriciens et pédiatres, ainsi que l’OMS depuis 2005.

    Une tendance bio?

    Le choix du stérilet est à mettre en relation avec le fort regain du bio et naturel. On préfère davantage les préservatifs et le stérilet, qui n’ont aucune influence sur notre cycle menstruel. Surfant sur cette nouvelle mode, les firmes pharmaceutiques n’ont d’ailleurs pas hésité à proposer des pilule contenant des hormones dites naturelles, sans gluten et sans lactose. Cependant, ces pilules gardent les mêmes indications et contre-indications médicales, notamment cardiovasculaires que les autres pilules.

    Les méthodes de contraception naturelles suscitent elles aussi actuellement un fort intérêt, mais le Dr Olivier Julen précise que ce genre de moyen contraceptif est peu approprié chez les femmes jeunes en raison de l’irrégularité de leur cycle, de leur indice de fertilité élevé et du risque d’échec plus important. Il nécéssite une attention, une écoute de son corps particulière et quotidienne, relativement astreignante, ainsi qu’une certaine phase d’apprentissage et serait à privilégier chez les femmes pour qui la survenue d’une grossesse serait acceptable et sans contre-indication médicale.

    Quelles sont les méthodes les plus fiables?

    Le stérilet et l’implant ont le meilleur taux d’efficacité contraceptive, équivalent aux méthodes de stérilisation avec l’avantage d’être réversibles. Leur efficacité théorique et pratique en utilisation courante est identique et ne change pas non plus avec l’âge comme pour la pilule dont l’efficacité théorique est remise en question par l’efficacité réelle en pratique quotidienne en raison du risque d’oublis. En moyenne une femme sur cinq oublie sa pilule une fois par mois. Aucune grossesse n’a été documentée à ce jour sous implant contraceptif sous-cutané. Précisons tout de même que ce contraceptif provoque des répercussions sur le cycle menstruel, manifestées soit par l’absence totale de règles, soit par des menstruations régulières de faible abondance, soit par des saignements plus légers mais irréguliers. Des effets secondaires mineurs tels que l’acné peuvent aussi survenir. 

    La double contraception permet elle aussi de renforcer toute méthode contraceptive. Elle consiste en l’utilisation d’un préservatif masculin parallèllement à toute autre méthode de contraception. La participation des conjoints aux consultations de contraception leur permet de se sensibiliser aux risques réels de grossesse. De ce point de vue, il est important de souligner que pour l’homme, sa seule garantie contraceptive est l’utilisation du préservatif à chaque rapport sexuel compte tenu des oublis fréquents de pilules documentés. On a peut-être aussi tendance à l’oublier mais le préservatif est le seul contraceptif à protéger des infections sexuellement transmissibles et devrait à ce titre être utilisé lors de chaque rapport sexuel en association avec toute autre méthode de contraception

    Les contraceptions hormonales, à bannir?

    Non, les contraceptions hormonales ne sont pas à bannir (pilule ou stérilet hormonal). Elles contiennent de nombreux avantages tant contraceptifs que non-contraceptifs. Rappelons qu’en apportant des hormones, elles permettent à nos ovaires d’être au repos et d’éviter ainsi l’apparition ou le développement de problèmes tels que des kystes ou ruptures hémorragiques de follicules ovariens ou encore la progression de maladies telles que l’endométriose. Aussi, elles peuvent réguler nos menstruations, notamment pour les femmes qui ont des règles abondantes, et diminuer les douleurs menstruelles. Elles permettent également de diminuer, voire supprimer l’acné, en régulant les fluctuations hormonales qui en sont la cause.

    Des marques de pilule à éviter?

    La réponse du Dr Olivier Julen: aucune marque n’est à déconseiller. Toutefois, les pilules doivent être prescrites selon leurs indications spécifiques, en cas d’intolérance aux oestro-progestatifs de 2ème génération.

    Alors que doit-on penser du débat médiatique sur les pilules de 3ème et 4ème génération? Les risques ont toujours été connus et annoncés par les laboratoires pharmaceutiques et les praticiens médicaux et le Dr Olivier Julen nous rappelle que ces risques sont très faibles par rapport aux bénéfices contraceptifs mais qu’ils doivent être identifiés et expliqués aux patientes. Le risque de  souffrir d’une thrombose durant la grossesse est bien plus important que lors de la prise de pilule oestroprogestative. Le risque thromboembolique est prépondérant durant les premiers mois d’utilisation d’une méthode de contraception oestroprogestative et lors de reprise après un arrêt de plus de 4 semaines. Faire une pause pilule pour «ressourcer son corps» est donc vivement déconseillé d’un point de vue des risques vasculaires et de survenue de grossesse durant la pause!

    Les contraceptifs qui stoppent les règles, est-ce sain?

    Ne plus avoir ses règles n’est pas mauvais pour la santé précise le Dr Olivier Julen. Ce mode contraceptif permet de réduire la muqueuse de l’endomètre qui se renouvelle de manière inappercue. Soulageant les patientes de menstruations au préalables de longue durée, abondantes, voire anémiantes ou douloureuses, pouvant avoir un impact défavorable sur leur qualité de vie, un absentéisme professionnel ou scolaire récurrent défavorable. Espacer, voire supprimer les périodes menstruelles peut de ce point de vue être salutaire pour ces patientes. Par contre le désavantage éventuel de ces modes de contraception peut être la perturbation du cycle et l’apparition de petits saignements irréguliers après les premiers mois de la prise du contraceptif en continu. Toutefois, selon le Dr Olivier Julen, ces saignements sont la plupart du temps de plus faible abondance et peuvent être modulés.

    Et les autres méthodes?

    La palette contraceptive est large et il existe d’autres modes de contraception que la pilule, le stérilet, le préservatif masculin ou l’implant. Toutefois, ces méthodes sont moins courantes et souvent moins faciles d’utilisation.

    Le préservatif féminin, par exemple, dont la mise en place rend le geste pas très enthousiasmant, ne remporte pas la palme d’or contraceptive. Il peut être toutefois d’un bon secours si votre conjoint(e) n’utilise pas de préservatif. Aussi, la cape cervicale et le diaphragme sont techniquement difficiles d’utilisation peu fiables et ne protègent pas des infections.

    L’alternative aux pilules afin d’alléger l’astreinte de la prise orale quotidienne d’un médicament est le timbre contraceptif que l’on colle sur la peau et que l’on change chaque semaine ou l’anneau hormonal vaginal très discret que l’on insère soi-même dans le vagin à la manière d’un tampon et qui diffuse une faible quantité d’hormones durant 3 semaines assurant la contraception. Ces derniers moyens ne sont pas des méthodes contraceptives oestroprogestatives de première intention et sont indiqués en cas d’intolérances aux autres méthodes.

    Enfin l’auto-injection sous-cutanée trimestrielle est aussi une alternative contraceptive qui supprime les règles mais comporte des indications bien précises, limitées dans le temps et n’est que lentement réversible.

    Dernières recommandations

    Le Dr Olivier Julen souhaite rappeler que le choix de la méthode contraceptive appartient à la femme, qu’elle puisse faire ce choix à la lumière des informations et explications obtenue par son praticien lors d’une consultation dédiée et que ce choix soit périodiquement réévalué selon son parcours de vie.

    En cas de rapport sexuel non protégé à risque de grossesse, avoir immédiatement recours à une contraception d’urgence telle que le stérilet au cuivre (meilleure efficacité) ou la pilule du lendemain qui existe maintenant sous différentes formes mais doit être prise au plus vite après un rapport sexuel à risque. La prise répétée de pilules du lendemain (par exemple plus de 3 dans sa vie) n’a jamais été un risque d’infertilité ou d’altération de l’organisme. Le principal effet indésirable que pourraient avoir les pilules du lendemain serait de ne pas avoir été efficace pour prévenir une grossesse non désirée.

    Nous espérons que les réponses à ces questions vous auront été utiles. Si vous avez d’autres questions, notre expert de la contraception le Dr Olivier Julen vous recommande de les noter, pour un prochain rendez-vous chez votre praticien, ce qui sera l’opportunité de compléter vos connaissances ou corriger les informations inadéquates d’origines multiples (rumeurs, connaissances, internet). 

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