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    Interview: Virginia Markus, résistante par amour

    Parce qu’elle estime que la vie des animaux mérite autant de respect que celle des humains, l’antispéciste genevoise est entrée en résistance contre un système qui la révolte. Son second livre, «Désobéir par amour», sortira le 5 septembre.

    Publié le 
    27 Août 2018
     par 
    Jennifer Segui

    C’est gravé sur sa peau mate, comme un message à ceux qui douteraient de la fermeté de son engagement:

    «Il vient une heure où protester ne suffit plus. Après la philosophie, il faut l’action.»

    Cette citation de Victor Hugo, tatouée d’une petite écriture fine dans la chair de son bras droit, n’est pas un mantra de midinette en quête de sens, une pensée à obsolescence programmée.



    © Page Facebook de l'association Co&xister

    L’engagement, Virginia l’incarne, parfois à ses dépens, dans une cause qui lui tient à cœur par-dessus tout: la défense des droits fondamentaux des animaux. Sous ces quelques mots issus du roman «Les Misérables», une tête de veau aux volutes stylisées vient aussi raconter une histoire. Son histoire. Faite de rencontres bovines, porcines et même pachydermiques, qui ont creusé le sillon de ses convictions:

    «Mes tatouages sont des messages. Tous les animaux, cochon, cabri, éléphant, que j’ai dessinés sur le corps sont des êtres qui ont pesé dans mon engagement. Avec ce veau, par exemple, j’ai passé deux heures et j’ai compris qu’en continuant à consommer des produits laitiers, je le condamnais à l’abattoir. C’est pour cela que j’ai arrêté d’en manger, moi qui adorais le fromage.»

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    Nécessité de désobéir

    Végétarienne, puis végane, Virginia ne limite pourtant pas son combat au contenu de ses assiettes. Ses réflexions profondes, ses lectures nombreuses, la poussent bien au-delà. Jusqu’à devenir militante désobéissante antispéciste. Ce mot, beaucoup l’ont découvert à la une des journaux relatant les opérations coup-de-poing ou les déclarations chocs de ceux qui s’en revendiquent. Nombreux le font également rimer avec extrémiste.

    Son deuxième livre, «Désobéir avec amour», constitue dès lors un manifeste antispéciste, écrit pour

    «dépasser le scoop des attaques de boucheries, étayer le débat de fond qui touche des milliards de victimes animales et affirmer la nécessité de désobéir pour elles».

    La jeune femme de 28 ans y rappelle la définition de l’antispécisme,

    cette «posture philosophique et politique prenant acte du fait que le critère de l’espèce ne peut pas en soi constituer un critère pertinent de discrimination».

    Elle s’élève également contre le paradoxe de la plupart des êtres humains qui «disent de pas supporter la souffrance animale mais cautionnent la mise à mort de certains d’entre eux sous prétexte qu’ils sont des animaux d’élevage».

    La discrimination et l’injustice, deux maux que la Genevoise a toujours combattus de toutes ses forces. Née d’un papa suisse et d’une maman italo-chinoise, la jolie Virginia aux yeux délicatement ourlés et aux traits fins, grandit entre le quartier populaire et multiculturel de la Jonction et la campagne nyonnaise, entourée d’animaux, chiens, chats, cochons d’Inde. Fille unique, elle est sensibilisée très tôt au respect de ces êtres vivants qui l’entourent. Très tôt aussi, son caractère s’affirme:

    «Je suis née avec cette sensibilité aux animaux mais aussi avec ce rejet de toute forme d’injustice. Je me souviens, petite, avoir riposté physiquement à des enfants de mon âge qui maltraitaient les animaux. Adulte, j’ai pris la défense d’enfants négligés et violentés physiquement par leurs parents.»

    Antispéciste dans l’âme depuis toujours, l’éducatrice HES de formation ne détourne pas les yeux de la souffrance humaine pour autant et continue à aider ces jeunes en difficulté, même depuis que son militantisme et ses actions entravent sa carrière. Posée, réfléchie, Virginia, dont on sent la pensée nourrie de mille lectures, accepte les conséquences de son engagement:

    «Je me bats justement pour que le genre de prise de position qui est la mienne ne puisse plus aboutir à un licenciement.»

     

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    Une conscience écologique

    Libre, Virginia a adapté son mode de vie à ses nouvelles contingences:

    «J’aspire toujours plus à une vie décroissante et, depuis dix ans, je consomme bio et local. L’antispécisme va aussi de pair avec la conscience environnementale, contrairement aux idées reçues.»

    A la campagne, entourée de trois chiens et de chats, Virginia partage depuis un an la vie du très rock’n’roll Pierrick Destraz, désormais acquis à sa cause. Avec lui, elle vient de fonder une association, Co & xister, qui veut contribuer à sortir l’humain et l’animal du rapport de domination. La jeune femme a rencontré l’artiste vaudois, lorsque celui-ci a adopté L’Ami, l’un des trois chiens qu’elle a ramenés du Qatar, où elle a vécu.

    «Pierrick est végétarien depuis vingt ans… l’autre jour, on a même retrouvé une photo de lui plus jeune avec un T-shirt «Fur is not fair»…», dit-elle en rigolant.


    © Page Facebook de l'association Co&xister

    Amoureuse de celui qui partage sa vie comme de ces animaux pour lesquels elle lutte, la militante martèle qu’elle ne se bat pas contre des individus en particulier: «Je ne suis pas anti-éleveurs ou anti-bouchers, je suis contre le système qui fait souffrir les animaux.»

    Le risque physique lors des manifestations, la violence verbale, notamment sur les réseaux sociaux ou sa condition d’anti-spéciste et de femme lui valent parfois des propos très durs, Virginia les encaisse sans les cautionner, consciente de ce que cette philosophie de vie peut avoir de déroutant.

    Lorsqu’on l’interroge sur les limites de son combat, elle n’y voit que celles que lui dictent son cœur, car pour la militante, c’est bien d’amour dont il s’agit.

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    Son actu Son livre, «Désobéir par amour», sort le 5 septembre (Ed. Labor et Fides). Son association, créée en juin.


    © Page Facebook de Virginia Markus

    Ce qui la dope «Croiser le regard d’un animal et me dire que ce que je fais est juste. Et l’amour… la relation que j’ai avec Pierrick est porteuse.»

    Son dernier fou rire «En regardant mes chiens jouer ensemble.»

    Son don inattendu «Ma connexion avec les animaux. Je peux percevoir quand un animal est en détresse.»

    Sur sa shamelist «Ah! Enfin l’occasion de parler de quelque chose d’inédit! Je rote à merveille et sur commande.»

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