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    Femmes pionnières: Stacey Cunningham ou Madame et les Golden Boys

    L’américaine vient de briser un plafond de verre particulièrement résistant en prenant la tête de la très virile Bourse de New York.

    Publié le 
    22 Août 2018
     par 
    Geneviève Comby

    Sa nomination au sommet de la meute des «loups» de Wall Street a fait le tour du monde. Enfin une femme aux commandes du temple de la finance américaine et mondiale. Intronisée le 25 mai, Stacey Cunningham, 43 ans, dirige désormais la Bourse de New York. Un événement en soi dans cet univers ultra-masculin, pour ne pas dire macho.

    Trois mois plus tôt, on apprenait que la «Fearless Girl», cette statue de bronze représentant une fillette, mains sur les hanches et tête haute face au fameux taureau de Wall Street, serait déplacée quelques mètres plus loin, exactement devant la Bourse de New York. Un signe pour certains, qui ont voulu y voir plus qu’une coïncidence. Centre névralgique de la finance américaine, le New York Stock Exchange concentre encore 22% des échanges d’actions aux États-Unis. L’institution, vieille de 226 ans, reste la première place boursière au monde, et son indice phare, le Dow Jones, une référence familière même pour les non-initiés.

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    Une matheuse en stage

    Stacey Cunningham, elle, est une femme du sérail. Avant d’être aspirée vers le haut de ce sanctuaire capitaliste, l’Américaine y occupait déjà le poste de directrice des opérations. Elle rejoint désormais la petite poignée de femmes ayant gravi les échelons qui mènent au sommet d’une institution financière majeure, à l’image de ses compatriotes Adena Friedman, à la tête du Nasdaq (la bourse des valeurs technologiques) depuis 2017, de Janet Yellen, qui fut la présidente de la Banque centrale entre 2014 et 2017 ou de la Française Christine Lagarde, qui pilote le FMI.

    «Nous devons passer à l’action, tout particulièrement en tant que femmes, pour ne pas rester en retrait», affirmait récemment Stacey Cunningham au quotidien britannique «The Guardian», tout en se gardant de donner trop d’importance à son statut d’exception.


    © Brendan McDermid/Reuters

    Les biotopes masculins, elle connaît. Cette «matheuse» a suivi un cursus d’ingénierie industrielle à l’Université de Lehigh, en Pennsylvanie. C’est durant ses études qu’elle décroche un stage d’été à la Bourse de New York, grâce à son père alors employé dans une firme de courtage. Nous sommes en 1994. Stacey Cunningham n’a que 19 ans, mais elle se laisse happer par l’énergie qui se dégage de cette ruche fébrile.

    Deux ans plus tard, elle intègre la salle des marchés où une poignée de femmes côtoient des milliers d’hommes. D’ailleurs, à cette époque, comme elle le rappelle volontiers, les toilettes des femmes étaient installées sur un autre étage, dans une cabine téléphonique reconvertie en lieu d’aisance, alors que les hommes, eux, n’avaient que quelques pas à faire pour se soulager dans un espace démesurément luxueux.

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    De la capitalisation boursière à... la cuisine!

    C’est dans cet environnement qu’elle démarre une carrière fulgurante et un brin singulière aussi. Après quelques années, Stacey Cunningham plaque en effet la bourse pour rejoindre une école de cuisine, l’Institute of Culinary Education, où elle se forme durant neuf mois. Un enseignement couronné par un stage dans un restaurant new-yorkais. La cuisine? Ce n’est pas si différent de la bourse, selon elle. Dans les deux cas, pour être efficace, il faut savoir être multitâches. Mais la jeune femme se lasse du monde de la gastronomie et retrouve celui de la capitalisation boursière. Elle passe par le Nasdaq, de 2007 à 2012, avant de revenir au New York Stock Exchange.

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    Un parcours exceptionnel (malheureusement)

    Faut-il voir dans sa récente nomination le symbole d’une féminisation tardive mais réelle d’un secteur économique à la virilité anachronique? Directrice de recherche en histoire économique au CNRS, Laure Quennouëlle-Corre y voit plutôt «une étape dans une évolution très lente». Cette chercheuse, qui se consacre notamment à un projet de recherche sur les femmes qui comptent dans la banque et la finance, souligne le «parcours exceptionnel» de Stacey Cunningham, trader à 21 ans seulement:

    «Elle a dû montrer des capacités hors normes pour être nommée à ce poste aujourd’hui. C’est une pionnière, oui, mais peut-être qu’elle le restera longtemps.»

    Et de rappeler que, si le secteur bancaire traditionnel – banques commerciales, de détails, etc. – a évolué vers une plus grande parité hommes-femmes ces dernières décennies, le monde de la bourse reste très en retard.

    Le milieu apparaît comme une jungle impitoyable où seuls les plus féroces survivent, un biotope sous l’emprise d’une mythologie qui relie, encore et encore, testostérone et prise de risque. Comme s’il existait une prédisposition masculine à la gestion de placements financiers. Or les «hedge funds» gérés par des femmes aux États-Unis ont, sur les sept premiers mois de 2017, généré un rendement de 9,95%, soit près de deux fois plus que les performances de l’ensemble de ces fonds.

    N’empêche, Wall Street ne semble pas près de tourner le dos à cette culture profondément misogyne, où le sexisme s’impose encore par les «bro talks», ces conversations entre mecs qui attisent l’irrespect et l’exclusion, rendant «incroyablement difficile pour une femme de grimper les échelons», selon les mots de Sam Polk, trader repenti, évoquant son ancienne vie dans une chronique parue dans le «New York Times» en 2016.

    «La misogynie vient souvent des chefs, ajoute-t-il. Dénigrer les femmes est un mécanisme par lequel ils se lient à leurs subordonnés».

    Reste à voir si le genre de la nouvelle «boss» y changera quelque chose.

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    Christine Lagarde, cheffe du FMI

    Elle n’est pas avare de sourires. Une façade? Peut-être un réflexe qui remonte à ses années de natation synchronisée, au lycée. Christine Lagarde a délaissé le pince-nez, mais pas les bassins où celle que l’on range parmi les femmes les plus influentes du monde continue à enchaîner les longueurs. Avocate d’affaires, la «reine Christine» s’est fait une place de choix dans le monde impitoyable de la finance.


    © Denis Balibouse/Reuters

    Elle fut la première femme ministre des Finances, en France, puis la première femme à diriger le Fonds monétaire international. Nommée en 2001, après avoir été interrogée durant trois heures par les vingt-quatre administrateurs de la vénérable institution, tous des hommes, elle dira simplement:

    «C’était bien que les choses changent un peu».

    Critiquée depuis pour sa gestion de la crise grecque, cette bosseuse n’a pas perdu son aura pour autant. Certains la verraient bien à la tête de la Commission européenne, et peut-être un jour à la présidence de la République.

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