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    Etre nu, est-ce une nouvelle religion?

    Entre quête d’un langage universel et rébellion en pente douce, nous sommes devenus des Adam et Eve en puissance. Visite d’un jardin d’Eden géant où se mettre à poil face objectif est le dogme.

    Publié le 
    13 Septembre 2015
     par 
    Nicolas Poinsot

    L’avenir appartient à ceux qui enlèvent tout. Et qui n’oublient pas d’en faire profiter les mirettes aux alentours. C’est le constat qui s’impose en découvrant la production photographique un brin monomaniaque de Kim Kardashian sur Internet. Le 25 août 2015, l’épouse et muse du rappeur Kanye West est devenue la personne la plus suivie sur Instagram: 44 millions de followers, l’équivalent de la population d’un pays, obtenus de haute lutte en ôtant le bas.

    L’Américaine doit en effet une bonne part de son audience mondiale aux «selfesses» qu’elle livre sur les réseaux sociaux. Le popotin de Kim à la plage. La chute de reins de Kim sur le lit. Kim en «full frontal» sortant de la douche… Idem pour le mannequin Emily Ratajkowski, dont la plastique virale fait, à chaque carte postale de vacances, s’emballer le pouls du Web comme après un shoot addictif. Des pratiques isolées? Plutôt la pointe d’un énorme iceberg, tant la liste de tous ceux qui s’effeuillent comme d’autres disent bonjour est inépuisable.

    Car arpenter la planète en mode strip-tease, aujourd’hui, s’est juste imposé comme un trend. «Je crois qu’aucune époque n’a été autant bombardée de nudité que la nôtre, lance Agnès Vannouvong, professeur en études genre à l’Université de Genève et spécialiste des rapports entre art et sexualité. Ce type de représentation s’est clairement démocratisé.»

    Le selfie dans la peau

    De Miley Cyrus, présentant les MTV Video Music Awards version «je m’exhibe-mais-je-cache-l’essentiel» aux Femen, en passant par les nouvelles téléréalités naturistes ou les groupes de touristes à poil sur les hauteurs de Machu Picchu, la nudité s’expose. Et elle est loin de ne concerner que les VIP allergiques aux vêtements. Tandis qu’amants et autres candidats au flirt «sextent» par smartphones interposés, les filles viennent d’inventer une nouvelle discipline: le «frexting», carambolage des mots friend et sexting. Ou comment partager entre amies des clichés sexy de son corps pour être prise dans une avalanche de «like» et de commentaires admiratifs…

    Etre nu? Au-delà de l’habituel désir de provoquer et d’émoustiller, l’exhibitionnisme moderne aurait surtout des allures d’émancipation. «La nudité est de plus en plus synonyme de vérité, d’authenticité et de liberté, note Christophe Colera, sociologue à l’Université de Strasbourg et auteur du livre «La nudité, pratiques et significations» paru aux Editions du Cygne. Les gens considèrent le corps et son apparence comme une sorte de rocher dans lequel ils trouvent leur sécurité, leur identité, et à travers lequel ils expriment ce qu’ils sont.» Dis-moi comment tu te désapes, je te dirai qui tu es.

    Le chercheur a d’ailleurs planché sur le phénomène des selfies coquins chez les jeunes dès le début des années 2010, curieux de comprendre les motivations de ces anatomies vagabondes. Bilan? Le sexting est le fait soit d’individus introvertis, assez discrets, qui sortent peu, parlent peu, soit pratiqué par des gens extravertis au-delà de la moyenne. «Malgré la dimension explicite des images, il s’agit moins d’érotisme que d’exposition de soi, rebondit Pascal Roman, psychologue et professeur de psychologie clinique, psychopathologie clinique et psychanalyse à l’Université de Lausanne. J’y vois un mouvement de quête narcissique des individus: être nu, c’est l’assurance d’être regardé par les autres.»

    C’est peut-être avec un tel prisme qu’on peut lire le geste de Sharon Stone, s’affichant en tenue d’Eve intégrale dans les pages du dernier «Harper’s Bazaar», à… 57 ans! Ou encore toutes les photos postées autour du hashtag #1001fesses, lancé au début de l’été au Québec, et invitant les femmes à se réconcilier avec les courbes de leur postérieur en leur offrant une gloire 2.0…

    Le corps dénudé, ce message si facile à décrypter. Presque un alphabet à part entière, comme le souligne Christophe Colera: «La nudité est devenue un véritable moyen de communication, plus physique, moins verbalisé, qui crée des sensations immédiates et fait gagner du temps. Sa valorisation est possible parce que l’image remplace de plus en plus les mots et le corps compte plus que l’esprit. Le langage est désormais réputé infidèle à la vérité suprême des émotions.»

    Retour vers le beatnik

    Prendre de vitesse le verbe par la force de frappe supersonique du nu, certains y ont déjà songé. Quand il ne sert pas l’ego, le lever de rideau vestimentaire s’inscrit dans un discours beaucoup plus engagé, parfois politique, souvent contestataire. Les Femen sont en quelque sorte les pionnières du genre, talonnées par les militantes improvisées du hashtag #freethenipple sur Internet, qui s’insurgeaient récemment contre l’inégalité de traitement entre topless féminin et masculin dans la société.

    Sauf que voilà: brandir un téton n’est-il pas le low cost intellectuel de l’attirail révolutionnaire? «Dans certains domaines la nudité peut effectivement être le signe d’un manque d’imagination, admet le sociologue français, comme lorsqu’une revue fait sa Une sexy pour booster les ventes. C’est ce qui a été reproché au petit écran, qui s’est servi du nu ces dernières années.» Mais son usage n’est pas toujours le signe d’un manque d’idées. Elle peut parfois, au contraire, «promouvoir une humanité en harmonie avec son environnement naturel, en paix avec elle-même, dans une façon de prolonger les utopies hippies d’il y a 50 ans.»

    Tiens, les hippies, parlons-en! Il suffit de rembobiner pour revenir aux photos d’un événement tel que Woodstock, en 1969. On y croisait de nombreux spectateurs sans un seul fil sur eux, décomplexés, bien dans leur peau. Un peu comme les candidats de ces téléréalités naturistes venues des contrées anglo-saxonnes. «Une nouvelle expérience sociale», loin des «masques de la société moderne», se résume par exemple l’émission «Dating Naked», diffusée aux Etats-Unis sur la chaîne VH1, puis déclinée à la sauce hexagonale sur D8 en France. Le concept? Des inconnus se présentent à poil à des rencards. Une absence de fringues censée permettre d’aller à l’essentiel, de gommer les apparences et les clivages socioculturels. Une certaine philosophie du «less is more». «On assiste ici à la remise en cause d’un système de normes comme dans les années 70, confirme Pascal Roman, avec cette libération sexuelle qui avait fait exploser la monstration de la nudité.» Le yoga nu, apparu durant les années 60 puis tombé en disgrâce, est d’ailleurs de retour à New York, preuve du parallèle entre l’esprit de notre époque et celui de l’ère hippie.

    L’exhibitionnisme pudique

    Reste un bémol de taille: les babas cool, eux, ne planquaient pas leurs organes génitaux. Une grande partie de ces programmes télévisés soi-disant libérés s’escrime ainsi à cacher tous les sexes à l’air libre, par un floutage post-prod ou une disposition opportune d’objets éclipsant les entrejambes durant le tournage. Gros paradoxe dans le paysage, dixit Christophe Colera: «Le côté voyeur que favorise la démultiplication des images sur les supports contemporains pousse à resexualiser le corps. Il y a d’un côté ce besoin chez beaucoup de gens de se montrer nus ou de voir du nu, et puis, il y a le sentiment de pudeur, qui augmente aujourd’hui, les gens voulant notamment protéger l’enfance – ce qui était moins le cas dans l’idéologie libertaire des années 70 – ou encore respecter les convictions des minorités religieuses.»

    Selon un sondage IFOP-TENA mené en 2010, la majorité de femmes ne supporte plus la nudité des autres dans les vestiaires, ou même celle d’une voisine dans son jardin. Et un rapide coup d’œil sur les plages cet été suffit pour s’en convaincre: les amatrices du topless ont quasi déserté les serviettes, à la fois par peur de la tumeur et de la rumeur. «Le regard sur elles a changé, car montrer ses seins est redevenu érotique», constate Olivier Halfon, psychiatre aux CHUV, à Lausanne Et le sociologue Christophe Colera d’élargir le diagnostic: «Même en Europe du Nord, plus habituée aux pratiques naturistes, la nudité est en train de se resexualiser, de sorte qu’il y a de moins en moins de femmes nues dans les parcs publics des grandes villes.» Nuance, donc. Oui la nudité s’étale de plus en plus, mais les espaces d’effeuillage jugés légitimes par la morale se sont réduits.

    Tout cela finit même par virer schizo- phrénique dans certaines situations, comme le relate l’éditeur du magazine «Purple» dans Grazia, fin juin: «J’ai voulu photographier une fille qui a refusé, alors qu’elle se prend elle-même en photo nue sur Instagram en regrettant d’avoir à masquer les zones intimes de son corps (…) Ce qu’elle veut, c’est pouvoir contrôler son image. Et elle croit la contrôler si elle la fabrique elle-même. C’est dire si elle a peur du fantasme de l’autre.»

    Se nourrir de la censure

    Face à ce tsunami de quidams déshabillés, les géants du Web, inspirés par la pudibonderie régnant sur l’autre rive de l’Atlantique, partent d’ailleurs en croisade contre les fesses et les tétons. Précédés par Apple, le sniper de contenu explicite le plus rapide de l’Ouest, Google, Snapchat et Instagram ont décidé, en 2015, de chasser le nu sauvage sur leurs plates-formes sociales. Une censure souhaitant calmer l’exhibitionniste numérique. Mais qui pourrait finalement lui donner envie de transgresser davantage…

    Quand le nudisme s’invite sur les plateaux télé

    Adrien Bouchet/D8

    Réunir des candidats tout nus, et voir ce qui se passe entre eux. C’est le dernier concept à la mode chez les faiseurs de téléréalités, en provenance des écrans anglo-saxons. Dans «Dating Naked», des gens se draguent dans le plus simple appareil sur une plage. Dans «Naked and Afraid», un couple doit survivre seul et sans vêtements dans la nature hostile. La recette a fini par s’inviter en Europe, via «Adam recherche Eve», en France ou «Vilo Vilag» en Hongrie. «Je ne pense pas que ces situations aient grand-chose à voir avec le naturisme, qui a ses propres codes, ses lieux très sectorisés et identifiés, analyse Pascal Roman, psychologue à l’UNIL. Ces cas semblent plutôt s’inscrire dans un mouvement plus large, qui essaie d’intégrer des messages contradictoires sur les notions de public et d’intime, de permission et d’interdit, envoyés par notre société.»

    La diva de la provoc en met plein la vue Qu’il est loin le temps de la gentille starlette «made in Disney». La chrysalide Hannah Montana a donné naissance à un ouragan incontrôlable, et forcément ça détonne chez nos très prudes amis américains. Après avoir fait ses armes dans des shootings et des clips dénudés, Miley Cyrus abreuve presque chaque jour son compte Instagram de selfies licencieux, voire carrément trash. Et il faut croire que la formule marche. Selon «Forbes», l’amazone des réseaux sociaux aurait déjà amassé plus de 150 millions de dollars…

    Coup de chaud sur la ville Des gens tout nus dans la rue, les musées, sur les toits… Les 21 et 22 août 2015, la ville de Bienne accueillait le festival Body and Freedom. Une autre manière de faire de l’art. Et de faire jaser.

    Des globe-trotters au grand air Nouvelle lubie des voyageurs, se prendre en photo in naturalibus sur des sites comme Machu Picchu, Angkor ou le Mont Kinabalu en Malaisie... Avec quelques arrestations à la clef. L’Israélien Amichay Rab s’est même fait le spécialiste de ce sport via son blog Mynakedtrip.

    Etre nu crée du lien social Parachutés à poil dans un coin de brousse, Nans et Mouts vont frapper à la porte des locaux, histoire de se reconstituer une garde-robe. Poétique et optimiste sur le genre humain, «Nus et Culottés», diffusé sur France 5, a été reconduit pour une troisième saison.

     

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