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    «Dear Daddy»: vidéo poignante pour dire stop au sexisme ordinaire

    La campagne «Dear Daddy» interpelle les pères quant aux violences subies par les femmes au quotidien.

    Publié le 
    22 Décembre 2015
     par 
    Muriel Risse

    Le sexisme ordinaire se glisse partout, sans que l’on y prête forcément attention. Nos amis, frères et parents parlent parfois des «meufs» en les associant aux mots «salopes», «connasses», «putes» ou «bitch». Même nous, en tant que femmes, utilisons ces termes pour qualifier nos amies, collègues ou simples passantes. Mais ce n’est pas grave, ce n’est que pour rire, bien sûr. Nous ne pensons à aucun moment que ces termes les définissent réellement. Pourtant, certains y croient, certains garçons grandissent en entendant ces blagues à longueur de journée. Et petit à petit, «femme» devient un synonyme de «salope».

    C’est ce que cherche à mettre en avant la campagne «Dear Daddy» réalisée par l’ONG Care en Norvège. Publiée sur YouTube le 4 décembre, la vidéo est devenue virale et comptabilise plus de 6 millions de vues. Dans cette dernière, une fille à naître s’adresse à son futur père. Le site Madmoizelle a retranscrit et traduit l'intégralité du texte de la vidéo:

    «Mon cher papa,

    Je voulais juste te remercier de t’être si bien occupé de moi, même si je ne suis pas encore née. Je sais que tu fais déjà plus d’efforts que Superman, tu ne laisses même pas maman manger des sushis!

    Mais je dois te demander une faveur. Attention: ça concerne les garçons.

    Parce que moi, je vais naître fille. Ce qui veut dire qu’avant mes 14 ans, les garçons de ma classe m’auront déjà traitée de salope, de pute, de connasse, de plein d’autres choses. C’est juste pour rire, bien sûr! C’est typique des garçons, alors tu ne t’inquiéteras pas. Et je peux le comprendre.

    Peut-être que tu faisais la même chose quand tu étais jeune, en voulant impressionner d’autres garçons. Je suis sûre que tu ne pensais pas vraiment ces mots que tu employais. Mais voilà, peut-être que tout le monde ne comprendra pas «la blague»: ce ne seront pas les filles… Ce seront certains des garçons.

    Avant mes 16 ans, certains de ces garçons auront mis leur main dans mon pantalon, un soir où j’aurai tellement bu que je ne tiendrai plus debout. Et même si je dis «non», ils rigoleront. Parce que c’est drôle, non?

    Si tu me voyais ainsi papa, tu aurais tellement honte. Parce que je suis ivre. Pas étonnant que je sois violée à 21 ans. 21 ans, et sur le chemin de la maison, à l’arrière d’un taxi conduit par le fils d’un mec avec qui tu allais à la piscine tous les mercredis. Qui faisait tout le temps des blagues insultantes. Mais ce n’était que des blagues, alors tu riais.

    Si tu avais su que son fils deviendrait mon violeur, tu lui aurais dit de changer de disque. Mais comment aurais-tu pu savoir? Ce n’était qu’un garçon qui racontait des blagues bizarres, et dans tous les cas, ce n’était pas ton problème. Tu étais juste poli. Mais son fils, élevé dans ces blagues, est devenu mon problème.

    Et puis, finalement, je rencontre Monsieur Perfection. Et tu es si heureux pour moi, papa, parce qu’il m’adore vraiment. Il est intelligent, il a un bon travail, va faire du ski de fond trois fois par semaine pendant tout l’hiver, exactement comme toi.

    Mais un jour, il arrête d’être Monsieur Perfection, et je ne sais pas pourquoi. Attends, est-ce que je suis en train d’exagérer? Une chose est sûre, je ne suis pas «une victime». J’ai été élevée en tant que femme forte et indépendante. Mais un soir, c’est juste trop pour lui: entre le travail, la belle-famille, le mariage qui approche… alors il me traite de pute, exactement comme toi tu as traité une fille de pute, au collège, une fois.

    Il me frappe. Je veux dire, j’ai vraiment dépassé les bornes, je peux être une vraie connasse parfois, mais nous sommes toujours le meilleur couple du monde, et je ne sais plus où j’en suis parce que je l’aime, et je le hais, je ne suis pas sûre d’avoir vraiment fait quelque chose de mal? Et un jour, il manque de me tuer. Tout devient noir.

    J’ai un doctorat, je suis aimée à la folie par ma famille et mes amis, je suis bien élevée, et personne n’a rien vu venir.

    Mon cher papa, voici la faveur que je dois te demander: une chose en entraîne toujours une autre, alors arrête ce cercle vicieux, avant qu’il ne recommence. Ne laisse pas mes frères traiter les filles de pute. Parce que ce n’est pas vrai. Et qu’un jour, un petit garçon pourra penser que c’est vrai. N’accepte pas les blagues insultantes de mecs bizarres à la piscine, ni celles de tes amis, parce que derrière chaque blague, il y a toujours une part de vérité.

    Mon cher papa, je sais que tu me protégeras contre les lions, les tigres, les armes, les voitures et même les sushis, sans y réfléchir à deux fois, sans même réfléchir au danger pour ta propre vie.

    Mais mon cher papa, je vais naître fille. Je t’en prie, fais tout ce qui est en ton pouvoir pour que ça ne reste pas la plus grande des menaces pour moi.»

     

     

    Comme l’explique Clémence Bodoc, auteure de l’article, «la meilleure façon de lutter contre toutes les menaces qui pèsent sur les filles aujourd’hui, c’est de déconstruire le sexisme à la racine de toutes ces violences.» Espérons que le message sera entendu et que, chaque jour, nous serons plus nombreux à dénoncer systématiquement les manifestations du sexisme ordinaire. Car ce n’est jamais «juste pour rire» que l’on traite une femme de «salope». Il est de notre devoir à toutes et tous de créer un monde meilleur pour nos filles et nos sœurs.

     

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