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    Les cougars ont-elles une vie rêvée?

    On croyait, à l’image des stars, pouvoir exhiber une douce moitié de quinze à vingt ans notre cadet sans chahuter l’ordre public.

    Publié le 
    5 Octobre 2014
     par 
    Enquête: Sylvie Ulmann/Texte: Laurence Vidal Lucia

    On les appelle «cougars». Reflet de l’interdit culturel qu’il pointe, le terme est peu valorisant, lorsque employé au féminin. D’où peut-être la rareté des femmes se revendiquant telles. Ou se reconnaissant dans le rôle. Dans les rôles, plutôt. Car des cougars, on recenserait deux «espèces» distinctes: les amazones, qui se lancent dans des aventures avec plus jeunes qu’elles pour le meilleur, pas pour le pire; et les amoureuses, qui s’engagent dans une relation (presque) comme les autres, malgré et non à cause de la jeunesse de leur partenaire.

    Le plaisir avant tout

    Laurence, 41 ans, enseignante, divorcée, revendique son appartenance à la première catégorie. «Oui, ça m’est arrivé de faire la cougar, d’avoir des aventures avec des hommes beaucoup plus jeunes que moi», évoque-t-elle. «Aventures sans lendemain», aussi plaisantes et libres que celles des hommes, qui «ne se gênent pas, eux, pour sortir avec des femmes de dix, quinze ou vingt ans plus jeunes qu’eux…» Comme l’exprime Juliette Buffat, médecin psychiatre, thérapeute de couple et sexologue: ces femmes sortent «avec des hommes plus jeunes pour s’amuser, faire du sport, se faire plaisir. Elles n’ont aucune envie de jouer les bobonnes à la maison». Ce que Laurence confirme: le plaisir passe avant tout; il s’agit surtout d’histoires de sexe. Pas question de se mettre en couple avec un objet de désir, délicieux, certes, mais qui pour le rester doit être soigneusement consigné dans son rôle de «toy boy» (ou «mec jouet»).

    A l’autre extrémité du spectre sentimental, on trouve la deuxième «espèce» de félidé à visage humain: celle qui s’engage dans une histoire d’amour, passant outre l’écart hors norme parce que, comme le dit Justine, bientôt quinqua et dont le compagnon depuis dix ans a treize ans de moins qu’elle: «L’amour n’a pas d’âge. On ne choisit pas qui on va aimer: on rencontre quelqu’un, on pourrait tout lâcher pour le suivre, cela ne s’explique pas.» Ainsi d’Agathe, 37 ans, en couple depuis quatre ans avec un homme d’une douzaine d’années son cadet. Lorsqu’elle a commencé à le présenter à ses proches, la plupart n’y ont d’abord vu qu’une passade. «Certains plaisantaient: «Alors, t’es une cougar?» Au début, ça m’agaçait. Et puis j’ai fini par répondre que oui.» Sans pour autant se reconnaître dans l’appellation agressive. D’autant qu’elle avait été la première à se censurer, lors de leur rencontre dans une boîte de nuit. A fuir cette histoire a priori impossible avec un «trop jeune. Mais il a tellement insisté que j’ai fini par lui donner mon numéro.» Non sans lui lancer un «je pourrais être ta mère» préventif. Peine perdue: le soir même, par SMS, il lui écrivait: «Treize ans c’est pas grand-chose.» Début d’une belle relation avec, à la clé, l’enfant qu’aujourd’hui ils attendent ensemble.

    Treize ans, pas grand-chose

    Tout irait donc pour le mieux pour ces audacieuses qui se lancent passionnément dans leurs amours à fort écart d’âge ajouté? Qu’en disent les experts? D’un côté, on pondère: «Madonna et Sharon Stone ont 50 ans, mais elles en font vingt de moins», commente Mirela Fry, psychologue, psychothérapeute, thérapeute de couple et sexologue; sans compter que «l’argent et le succès augmentent leur pouvoir de séduction». De l’autre, on analyse: «Pour les femmes, se former, faire carrière, être indépendantes peut amener à repousser l’âge de se marier et de faire des enfants au point de se retrouver hors du marché matrimonial «normal», avance Jacques-Antoine Gauthier, maître d’enseignement et de recherche au Centre de recherche sur les parcours de vie et les inégalités (LINES) à l’Université de Lausanne. Elles ont alors plus de chances de se mettre en couple avec un homme plus âgé… ou plus jeune.»

    Des chances encore (?) rarement réalisées, comme en témoignent les dernières estimations de l’Office fédéral de la statistique (mai dernier) relatives aux couples mariés. Dans 20% des cas seulement, la femme se trouve être plus mûre que l’homme (contre 70% pour l’inverse et 10% à âge égal). Un chiffre, déjà minoritaire, qui tombe à 9% quand la différence d’âge dépasse les dix ans et dégringole à 1% pour les vingt ans d’écart et plus. C’est dire le caractère marginal, chez Mme Tout-le-monde, de la mode et du mode «cougar». Ce que confirme, d’expérience, Laurence: «On a l’impression que ces relations sont parfaitement acceptées par la société, mais c’est faux: chaque fois que je me suis affichée avec un amoureux plus jeune, on me regardait de travers.» Autre approche mais même son de cloche chez Jacques-Antoine Gauthier: «De nos jours, un couple où la femme a dix ans de plus que l’homme ou davantage reste perçu comme hors norme et suscite l’étonnement.»

    Le regard des autres

    Outre le regard des autres, trois types d’obstacles, internes au couple, menacent la durée de ces relations à géométrie temporelle variable: le manque de bagage culturel commun, le désir d’enfants et… le temps qui passe, rendant flagrant un écart d’âge au début imperceptible. Du premier, Jacques-Antoine Gauthier précise que «lorsque les référents culturels sont différents et que l’on n’a pas fréquenté les mêmes cercles aux mêmes moments, certains contextes particuliers peuvent aider à recréer la nécessaire homogamie». Autrement dit: fréquenter le même milieu, celui du show-biz par exemple, peut reconstituer ce bagage qu’une différence d’âge importante avait par trop allégé… Plus cruciale est la question des enfants. Ou, comme le dit Dominik Schöbi, professeur à l’Institut de recherche et de conseil dans le domaine de la famille de l’Université de Fribourg: «Lorsque l’écart dépasse dix ans, les plans de vie peuvent être très différents. Monsieur risque de vouloir des enfants lorsque madame ne pourra ou ne voudra plus en avoir...» Si Agathe, à 37 ans, est enceinte pour la première fois, Justine, elle, a une fille d’un premier mariage et n’a jamais envisagé cette option avec son compagnon: «Je ne voulais pas d’autre enfant. Lui, si. Il a donc toujours été clair que nous ne ferions qu’un bout de chemin ensemble.»

    C’est là évidemment que, pour beaucoup qui rêvent d’amour toujours, le bât blesse. D’autant que, comme l’explique Juliette Buffat, «même lorsque le compagnon affirme ne pas souhaiter d’enfant, ces femmes vivent la peur qu’un jour il change d’avis». Et les quitte pour une plus jeune… A moins que de cette épée de Damoclès la cougar pleine de sagesse sache se servir pour attiser la flamme. «Cette relation est la plus longue que j’ai connue, raconte ainsi Justine. Précisément parce qu’il n’y avait aucune promesse sur le futur. Avec une garantie du type mariage, on a tendance à se laisser aller. Là: pas question!» Qu’elle soit de corps, d’esprit ou des deux à la fois, la jeunesse, parfois, est une maladie amoureusement transmissible…

     

    Claude-Inga Barbey: «une telle relation est une promesse de vie extraordinaire»

    Lorsque la comédienne a rencontré l’homme qui allait chambouler sa vie, elle avait 38 ans, lui 27. «Une relation comme celle-ci, même si on la sait vouée à l’échec, c’est une promesse de vie extraordinaire», considère-t-elle. Elle s’y est lancée, divorçant du père de ses trois enfants, embarqués dans l’aventure. «Mon nouveau compagnon nous a acceptés tous les quatre. Or, se retrouver beau-père de trois ados devait être lourd. Et, surtout, très loin de ce dont il pouvait rêver à son âge – fonder sa propre famille, par exemple.» Le couple aura même un enfant ensemble, le quatrième pour Claude Inga. Rétrospectivement lucide, la comédienne admet que l’arrivée de ce bébé a profondément ébranlé la relation. «En apportant le «défusionnement», cette naissance a certainement créé la rupture.»

    Davantage que le décalage physique, estime-t-elle. Même si elle refuse de se voiler la face: «Passé la cinquantaine et surtout quand la femme est plus âgée, la question du corps se pose très durement.» Bien sûr, elle a toujours été consciente que les autres remarquaient leur différence d’âge, mais avait pris le parti de passer outre. «Une fois, alors que je venais d’accoucher, une femme a regardé notre fils en lui disant : «Alors, on est sorti avec sa grand-maman?...»

    Pour elle, quoi qu’il en soit, homme, femme, âge, «tout ça n’a pas vraiment de sens»; on tombe amoureux, point. Et tomber amoureux de cette façon-là, «cela n’arrive qu’une fois dans une vie»!

    Si c’était à refaire, elle n’hésiterait donc pas. A un détail près: «Je ne me marierais pas le jour du premier anniversaire de mon fils. C’est comme se faire tatouer le prénom de son amoureux sur les fesses. C’est idiot, et cela vous poursuit toute votre vie.»

    De cette histoire elle a fait un livre, «comme un cri», en 2007. Puis un spectacle. Deux «actes de résilience tristes» qu’elle regrette aujourd’hui: «Je me dis que j’aurais mieux fait d’attendre que la douleur se calme. De dormir dessus quelques années... Par manque de distance, j’ai dit trop de choses blessantes. Un cri, ça fait du bien, mais ça ne guérit pas. D’autres événements nous guérissent.»

     

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