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    Béa Johnson, la grande prêtresse du zéro déchet

    Frigos XXL, 4x4 et shopping. La Française, devenue Californienne d’adoption, a savouré le rêve américain avant de s’ériger en héroïne de l’antigaspi.

    Publié le 
    18 Janvier 2016
     par 
    Jacques Poget

    Le destin est facétieux. Partie aux Etats-Unis à 17 ans comme fille au pair, histoire de fuir une atmosphère familiale plombée par le divorce de ses parents, la jeune Française séduite par l’American way of life est revenue célèbre… en proclamant l’évangile de la sobriété volontaire. Son livre «Zéro déchet» (Ed. J’ai Lu) connaît un succès mondial qui l’a d’abord étonnée. Comme elle s’étonne encore en regardant d’où elle vient, et par quels chemins.

    Ses vingt années en Californie ne lui ont pas volé l’accent chantant de son enfance au Pontet, près d’Avignon: elle a écrit son ouvrage en anglais mais gardé sa prononciation «frenchy». A cheval sur les cultures (elle sait l’allemand), Béa Johnson se meut avec aisance de Californie à Pully en passant par la France, l’Allemagne et la Belgique pour propager la bonne parole écologique issue de sa propre expérience.

    Rien n’y préparait, dit-elle, cette fille d’un employé des PTT issu d’une famille paysanne. A la réflexion, néanmoins, les astuces de sa mère pour nouer les deux bouts ont pu planter la graine de sa vocation tardive. N’empêche qu’elle garde un piètre souvenir de la sobriété – bien involontaire – de son enfance: habits «achetés à la fripe», manteau confectionné par sa maman, qui découpait des patrons dans les magazines «Burda» et faisait ses conserves et confitures. «Je me moquais d’elle… mais j’ai repris le fil!»

    D’une foi à l’autre

    Aujourd’hui, Béa est fière de cette mère qui avait renoncé à son rêve de médecine pour s’occuper de ses trois enfants. Fille d’un officier belge, elle se retrouva au Pontet avec son mari. Tous deux piliers de la paroisse et de sa chorale, amis du curé. «Mais, après le divorce, le prêtre l’a laissée tomber; elle est devenue athée!» Et aussi militante convaincue. Elue, elle a bataillé au Conseil municipal pour imposer la pratique du compostage dans sa commune. «Pas encore zéro déchet, mais sur la bonne voie.»

    Son sujet fétiche revient à chaque moment du récit que livre Béa, vive, joyeuse, mêlant humour et ironie avec un sens percutant de la repartie. On la sent très rodée au jeu médiatique? «Après le grand article du «New York Times», j’ai eu chez moi quarante chaînes de TV!» Elle rigole mais ne lâche pas le fil de son plaidoyer antigaspi: «Je suis émue de l’honneur qu’on me fait. Des milliers de personnes ont adopté ce mode de vie. J’ai choisi: ma vocation, c’est de casser les a priori liés au zéro déchet. Nous ne sommes pas des hippies hirsutes et mal lavés!»

    Elle a pourtant connu ce style, sans grand plaisir. Années 90, dans l’Oregon, avec un boyfriend qui se révèle alcoolique, la Française s’enfuit, sans rien d’autre en poche que les sept dollars des bouteilles consignées. «Premier recyclage», note-t-elle en riant.

    De retour à San Francisco, le destin facétieux l’attend. Dans un parc, en tenue de sport, elle et sa logeuse discutent avec deux garçons qui cherchent une colocataire. Un mois plus tard, dans une soirée, Béa, «haut moulant et pattes d’eph», répond à sa copine que non, elle n’a vu personne d’intéressant. Apparaît alors l’un des inconnus du parc. «Si, j’ai vu quelqu’un», corrige Béa. «Ça a été carrément un éclair. Scott Johnson n’avait aucun souvenir de m’avoir déjà vue, mais ce dont on se souvient tous les deux, c’est de ce coup de foudre.» Cette fois, elle sera sa colocataire!

    Son visa échu, l’ex-fille au pair ne veut pas se marier pour la carte verte, rentre en France, passe son bac, abandonnant la filière artistique pour maths et français «afin d’avoir un métier». Scott la rejoint. «Il a fait sa demande en français!» Mariage en 1995. Lui travaille à Londres – Béa y conquiert un diplôme en «fashion design» – puis à Amsterdam. Elle y ouvre pour Unisys une hotline de dépannage informatique trilingue. Pas d’antigaspi en vue, au contraire.

    Muté en Californie, Scott, de onze ans son aîné, veut des enfants, «pour pouvoir faire du vélo et jouer au foot avec eux»; 2000, 2001: voici Max et Leo. Béa Johnson met entre parenthèses ses désirs artistiques – sept galeries ont exposé ses peintures – et se délecte du «rêve californien». Vaste maison en banlieue résidentielle, deux voitures, frigos et dressing débordants, un équipement pour chaque sport, virées shopping. Elle ne décrit avec emphase ce paradis consumériste que pour rehausser la dégrisante révélation: une vie dépourvue de sens! «Finirai-je coincée là?»

    Chasse au superflu

    Les Johnson déménagent dans une petite ville; les enfants vont à l’école à pied ou à vélo, on fait ses courses sans voiture, on trouve cafés, cinémas et théâtre. Provisoirement logés dans un meublé, ils constatent que rien de ce qu’ils ont entreposé en garde-meuble ne leur manque. Amorce d’un allégement progressif mais radical: ils vivent aujourd’hui dans une maison minimaliste. «Bien plus heureux qu’avant!»

    Car la prise de conscience de Béa les a conduits plus loin qu’ils ne pouvaient l’imaginer au début de leur résistance à l’envahissement du matériel superflu. A commencer par les emballages délirants imposés par la grande consommation. Dans «Zéro déchet», l’auteure raconte comment elle en vint à pousser l’exercice jusqu’à l’extrême. Une dérive obsessionnelle? «Malsaine! Je jugeais, je me coupais des autres, je me retrouvais seule.»

    Depuis lors, sans concession majeure, elle a trouvé un équilibre viable. Et annonce fièrement non seulement une économie de 40% sur le budget du ménage et une meilleure santé, mais: «Surtout, j’ai trouvé un sens et un but à ma vie.»

    Questions d’enfance

    Une odeur d’enfance Les sachets de lavande qu’on glisse dans le linge.

    Mon premier amour Olivier. J’avais 7 ans, j’ai eu la varicelle, j’ai gratté les croûtes pour lui plaire quand même – il m’en reste des cicatrices!

    Mon jouet fétiche Mon kiki. En vacances avec mes grands-parents, j’ai trouvé ce singe en peluche dans un tiroir d’hôtel. Je lui ai enlevé les sourcils au dissolvant.

    Mon bonbon favori Haribo! Ma mère habite près de l’usine, je peux en acheter en vrac.

    Mon légume détesté Plus aucun. Gosse, la betterave, je lui trouvais l’odeur du grenier.

    La phrase qu’on me répétait et qui m’agaçait «Béa, mange!» Je détestais le poisson du vendredi, je le cachais sous les meubles, en été je le balançais dans la haie.

    Mon dessert favori Je ne suis pas dessert… des chips!

    Mes premières vacances A La Plagne. On les passait toutes dans les villages de vacances des PTT.

    Le héros qui me faisait rêver Laura, héroïne de «La petite maison dans la prairie».

     

    Jour de fête, «bien avant que mes parents divorcent».
    Avec son parrain.
    «Essai de photo de mode, dû à ma meilleure amie de lycée, Laura.»
    Vacances à la mer. Béa se rappelle aussi de la ferme grand-paternelle, près de Carpentras. Et de La Plagne, dans les maisons PTT.

     

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