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    Agriculture: l'inégalité crasse des étables

    Chaque semaine, Sonia Arnal, la rédactrice en chef de Femina, croque dans son édito le quotidien, avec humour et ironie. Ce 28 octobre 2018, elle décortique les petites annonces agricoles... et enrage de constater que les inégalités entre boucs et chèvres sont monnaie courante.

    Publié le 
    28 Octobre 2018
     par 
    Sonia Arnal

    Il y a parmi eux des sans-papiers. Lui il était blanc, mais les autres étaient parfois bruns ou noirs. J’étais l’autre jour dans un bistrot à Martigny, attendant que l’heure de l’apéro chez des amis sonne. J’ai lu tous les journaux disponibles, ceux pour bobos (y compris le «Courrier international») et les autres, dont «Terre & Nature». Pour finir, je me suis attaquée aux petites annonces de cette publication – c’est vous dire si vraiment j’avais tout lu.

    C’est là que j’ai appris qu’un bouc blanc sans papiers était à vendre – avec des chèvres, mais on ne sait pas si elles ont des papiers, ni combien elles sont, ni de quelle couleur. Je ne voudrais pas faire ma féministe primaire, mais dans le monde des annonces agricoles, il y a nettement discrimination. L’histoire du bouc et de ses chèvres est représentative du phénomène. Le type qui essaie de refourguer un taureau précise toujours qu’il est «de bonne qualité» et «garanti pour la saillie» (et comment tu garantis ça, mmm?). Quand ce sont des femelles, aucun adjectif flatteur. Pire, on ne te dit même pas combien il y en a.

    C’est genre «jeunes vaches fraîches vêlées à vendre», «environ six génisses pour hivernage» – ça doit un rien compliquer les négociations sur le prix, de ne pas savoir de combien de bêtes on parle.

    Toujours est-il que ces pages, c’est instructif. Saviez-vous que placer une vache tarie en hivernage, ça coûte six francs par jour? C’est aussi plein de mystères. Un éleveur cherche des places pour l’engraissement de vaches et de génisses (comme d’hab, on ne sait pas combien), et il précise «silo de maïs indispensable». Mais pourquoi? Du maïs ailleurs que dans un silo, ça n’irait pas? Ces questions me taraudent depuis dix jours, personne ne peut me répondre, voilà ce que c’est que d’habiter en ville.

    Fantasmes agricoles

    Bref, j’ai passé un moment de vraie poésie, plein de boucs mottes avec CAP (je présume qu’on ne parle pas là de l’équivalent français du CFC, mais va savoir de quoi un bouc est capable), de carottes pour l’encavage – mais c’est minimum 10 kg la commande (et l’emballage n’est pas fourni, est-il précisé pour ceux qui douteraient), de tourteaux de colza. Tout ça a réveillé des fantasmes agricoles en moi. J’ai failli craquer pour «deux chevrettes chamoisées de l’année avec papiers», que je voyais bien paître en toute légalité, puisqu’elles ont des papiers, dans mon bout de jardin. Je ne suis pas sûre que le chat, de l’année aussi mais sans papiers, eût apprécié cette concurrence déloyale.

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