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    «A 21 ans, j’ai créé le premier Pressing écologique de Suisse»

    Serhat Açig n’est qu’un enfant lorsque sa famille quitte la Turquie pour se réfugier en Suisse. A ce moment-là, il est déjà certain de ce qu’il voudra être, lorsqu’il sera plus grand: entrepreneur. Créer un concept qui lui appartient, et qui soit utile aux autres. C’est désormais chose faite. 

    Publié le 
    19 Décembre 2017
     par 
    Ellen De Meester

    Je suis arrivé en Suisse le 1er octobre 2003. Je n’avais que neuf ans, mais je savais déjà que travailler dans un bureau ne me conviendrait jamais: mes parents étaient indépendants, mon père était musicien. Je sentais que ce qui m’importait véritablement était de créer quelque chose qui serve aux autres, et de parvenir à en vivre. C’était très clair dans ma tête: il fallait que ce soit l’entreprenariat. J’avais beaucoup d’ambition, mais j’étais totalement convaincu qu’il me faudrait toujours me débrouiller seul: il me semble que les choses que nous avons vécues durant l’enfance, déterminent et orientent tout notre futur.

    Dès l’âge de 14 ans, j’ai enchaîné un nombre hallucinant de petits boulots: je promenais des chiens, je rafistolais des jardins, je faisais un peu tout ce qui me tombait sous la main, et cela jusqu’à ma toute dernière année d’apprentissage. Vers mes 16 ans, je me suis retrouvé en CFC d’informaticien, au sein d’une start-up qui s’était lancée dans le développement de systèmes de navigation destinés aux avions. Aujourd’hui, cette entreprise connaît un succès énorme, et la voir s’épanouir m’a ouvert les yeux. Pour un apprenti, j’avais assisté à des choses incroyables: je savais qu’un jour, ce serait mon tour.

    Le «perchloroéthylène», un ennemi caché

    La suite s’inscrivait dans la stratégie que j’avais mise en place très jeune: je suivrais un second apprentissage, en tant qu’employé de commerce cette fois, qui m’aiderait à mieux me préparer au futur. J’ai décroché un stage au sein d’une entreprise chargée de revaloriser des déchets «spéciaux», c’est-à-dire, les déchets d’industrie. Comme je travaillais à l’accueil, je réceptionnais les détritus entrants… et c’est là que j’ai entendu parler du «perchloroéthylène».

    Moi, je n’avais jamais mis les pieds dans un pressing, mais il m’a suffi de me renseigner un peu pour comprendre à quel point ce produit peut être nocif: utilisé comme nettoyant pour les textiles qui ne supportent pas la machine à laver, il s’agit d’un solvant chloré susceptible de provoquer des maladies telles que la leucémie ou le cancer de la vessie. Dans des pays comme la France, des mesures visant à l’interdire totalement d’ici 2022 ont été prises. En Suisse, il ne se passe absolument rien. Je voulais proposer une alternative efficace aux gens, une façon de faire nettoyer ses vêtements sans être exposé à cette substance nocive. Donc je me suis lancé.


    © Egen

    La naissance de «Egen»

    Le 1er octobre 2016, exactement 13 ans après mon arrivée dans le pays, je faisais l’acquisition d’un pressing, à Yverdon-les-Bains. J’avais alors 22 ans. Pour rendre possible cet achat, je me suis vu contraint de vider mes poches, d’en sortir tout l’argent mis de côté. Et lorsque j’ai demandé le soutien des organisations payées pour financer les start-ups, personne n’a répondu à l’appel. Je n’ai reçu aucune aide, rien du tout! Heureusement, mes parents m’aidaient à arrondir mes fins de mois. Au début, c’était vraiment la galère totale.

    Mais je croyais en la technique que j’avais élaborée, en ces machines uniques en Suisse, en cette idée que j’avais conçue majoritairement tout seul. Et petit à petit, grâce au bouche-à-oreille, le projet a timidement décollé. Je pensais que mon âge réduirait la confiance des clients; c’est tout le contraire qui s’est produit! Ma jeunesse a étonnés, et de la surprise est née la curiosité. Et j’ai fini par sortir 7 personnes du chômage, en développant cette activité.

    La technique du «Wet cleaning» est en constante évolution depuis 2001. La technique a toutefois des défauts, dans la mesure où elle peut rétrécir ou feutrer certains vêtements délicats, en laine par exemple: je me suis donc lancé le défi de la perfectionner. La machine avec laquelle nous travaillons est unique, elle a été créée spécialement pour nous. J’en suis très fier.

    Par contre, trouver un nom pour ma start-up n’a pas été une mince affaire. J’ai mis plusieurs mois à en choisir un qui me convienne! Je me suis finalement décidé pour le nom «Egen», qui signifie «propre à soi» en romanche. Il fallait un mot qui possède une résonnance suisse, et je pense que j’ai trouvé ce que je cherchais.

    Deux pressings en dix mois

    Les réactions des clients me donnent beaucoup de courage. La première chose qu’ils remarquent est souvent la petite odeur agréable que nous laissons sur leurs vêtements. Je fais les 80% du travail tout seul: la seule chose que je ne sais pas faire, c’est le repassage. Ce sont les dames qui travaillent avec moi qui s’en occupent, mais je me suis promis de m’améliorer!

    Je me suis également lancé dans le recyclage de tissus, des habits que nous envoyons aux réfugiés, ou alors à des ONG qui les utiliseront pour fabriquer des peluches, offertes aux enfants défavorisés.

    Le fait d’être jeune est associé à une certaine conscience de ce qui se déroule actuellement dans le monde. Durant ma formation, j’ai toujours regardé mes patrons comme des héros, mais je me dis que tout le monde peut choisir d’être extraordinaire. Cela n’a rien à voir avec la chance; c’est un choix.  Il faut se faire confiance soi-même. Un oiseau qui se pose sur un arbre ne se fie jamais à la branche sur laquelle il est assis: il fait confiance  à ses propres ailes.


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