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    En 2018, les femmes sont-elles (encore) soumises?

    Dans «On ne naît pas soumise on le devient», la philosophe Manon Garcia affirme que le patriarcat ne pourrait prospérer sans l’aide des femmes.

    Publié le 
    1 Novembre 2018
     par 
    Nicolas Poinsot

    Pavé dans la mare de cet automne, «On ne naît pas soumise, on le devient» (Ed. Climats), livre de la jeune philosophe française Manon Garcia, parle frontalement de la soumission féminine. Un sujet délicat à l’ère de MeToo. Mais reconsidérer les notions de coupables et de victimes est indispensable pour mieux combattre la domination masculine, selon l’auteure.

    FEMINA En pleine ère post-Weinstein, le titre de votre ouvrage ose associer les mots femmes et soumises. Pensez-vous qu’elles participent toujours à la domination masculine?
    Manon Garcia Un des problèmes du concept omniprésent de domination des hommes, c’est qu’il nie les femmes. Quand on parle de domination masculine, c’est un peu comme si les femmes n’avaient pas voix au chapitre, n’avaient rien à voir là-dedans, et n’étaient que des choses dont les hommes décidaient du sort. Or, il faut aussi s’intéresser à ce que les femmes font dans ce contexte-là. Comment elles peuvent être complices de cette domination en adoptant des comportements qui arrivent à la pérenniser.

    Prenons l’exemple de cette tribune signée par Catherine Deneuve ou Peggy Sastre au début de l’année: je les ai adorées d’être un si bon exemple de ces femmes qui sont soumises. Ce texte était une véritable revendication à être des objets sexuels pour les hommes. Leur vision en vient à légitimer des actes pourtant inacceptables.

    Croyez-vous qu’il existe une sorte de coresponsabilité dans les affaires #MeToo?
    Attention, pour une femme, être soumise à la domination masculine, cela ne veut pas dire se laisser violer ou agresser. Là, il y a clairement des coupables, les agresseurs, et des victimes, celles qui subissent ces actes. Etre soumise, ce n’est pas obéir à un ordre, une envie. Mais hors de ces contextes, il faut admettre que c’est plus compliqué. La soumission est une attitude composée d’une multitude de comportements.

    Vouloir rentrer dans du 36, c’est perpétuer soi-même ce stéréotype d’une féminité plus fragile, car lorsqu’on s’affame ainsi, difficile d’être énergique, de disposer d’une certaine force physique. Stéréotypes qui nuisent en premier lieu aux femmes.

    Ce qui m’interpelle, ce sont tous ces cas de la vie quotidienne où des femmes ont l’air de trouver leur compte à la domination masculine, ou de la pérenniser.

    Comment des milliers de femmes en viennent-elles à voter Trump ou Bolsonaro, dont les programmes sont sexistes, parfois dangereux pour les droits fondamentaux?
    Je crois qu’on touche là à la spécificité de la domination masculine. Ainsi, à la différence d’autres formes de domination sociale, telle la domination de classe, la domination masculine vient se mêler à la question de l’amour. Pour beaucoup de femmes, cela coûte plus cher de se fâcher avec son mari, son père ou son frère, et d’avoir une divergence d’opinion avec eux, au nom d’une solidarité féminine, que le contraire.

    Les 53% de femmes blanches qui ont accordé leur voix à Donald Trump sont toutes dans des familles où les hommes ont voté pour lui. Il n’existe pas de femmes qui ont voté toutes seules pour Trump. Elles évoluent dans des contextes où les hommes se sentent fragilisés par la société actuelle. Elles votent ainsi pour réconforter ceux avec qui elles vivent. Et c’est ce genre de dynamique qui rend si ardu le combat féministe.

    Les femmes hétéros préféreront toujours les hommes de leur vie aux femmes féministes. La soumission se fait dans des logiques individuelles.

    A quel âge commence ce formatage?
    Dès la naissance. Une étude montre par exemple que lorsqu’une maman allaite, elle rationne plus facilement sa fille que son garçon. Ce comportement intègre nombre de stéréotypes de genre, selon lesquels les garçons ont plus de besoins car ils seront plus forts, ne doivent pas être frustrés, alors que les filles doivent apprendre qu’elles ne peuvent pas toujours avoir ce qu’elles veulent. Il y a déjà un traitement différentiel même chez les nourrissons, auquel participent donc de plein gré les femmes elles-mêmes.

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    Quel outil utiliser en premier pour arrêter ça?
    Il faut avant tout prendre conscience qu’elles sont soumises. Beaucoup ont l’impression que leur attitude est personnelle et qu’elles sont dans ce mode seulement par rapport à tel conjoint, mais en réalité, ces schémas se retrouvent d’une femme à l’autre. Le fait qu’elles se sentent coupables quand elles accèdent à un poste élevé, ou quand elles ne sont pas aux petits soins avec leurs enfants, alors que monsieur n’a pas ces sentiments, c’est politique.

    En analysant ses propres comportements au prisme de la soumission, qui est le résultat d’un système de domination masculine, lorsqu’on comprend qu’on est partie prenante d’une relation de domination, on se rend compte qu’on peut agir. C’est une étape nécessaire pour mettre fin à cette situation étrange de l’égalité de droit mais de la permanence des inégalités, ce qui est proprement incompréhensible sans cette variable de la soumission. Il y a, à mes yeux, un potentiel émancipateur dans le fait d’admettre l’existence de ce phénomène.


    «On ne naît pas soumise, on le devient» de Manon Garcia (Editions Climats) © Claire Simon

     

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