minceur & forme

    Tendance régime: ma balance, je m’en balance!

    A chaque printemps, on nous rabâche le même commandement: si tu veux pouvoir crâner en maillot sur les plages, au régime tu te mettras.

    Publié le 
    23 Mars 2015
     par 
    Anne-Laure Gannac

    C’est décidé: on ne passera plus par la case régime amincissant. A la poubelle, les sachets hyperprotéinés! Par la fenêtre, la balance avec calcul IMC! Au diable, les obsessionnels comptages de calories! La guerre aux magazines invitant à perdre 5 kilos avant l’été est déclarée.

    Facile à dire, mais bien moins à mettre en œuvre. Car cela suppose de se détacher d’un idéal de beauté solidement ancré dans notre société… Comme l’explique Andrea Wyssen, du Département de psychologie de l’Université de Fribourg, «les médias, la famille et nos pairs sont les trois principales influences qui contribuent à l’internalisation de l’idéal de minceur, et tous concourent à accroître la pression ressentie par chaque individu pour s’y conformer». Et cette pression est d’autant plus forte que, ajoute la psychologue, «cet idéal n’est pas seulement associé à la beauté, mais au succès, à la réussite, à la popularité, à la richesse, à la santé et autres attributs tous positifs.»

    Ne pas vouloir être gros n’est pas le problème, au contraire: le surpoids est un facteur avéré de pathologies. Le hic, c’est qu’on cherche à être très vite beaucoup plus mince. Pour y parvenir, des méthodes farfelues sont proposées depuis l’Antiquité (car non, notre époque n’a pas inventé le culte du corps mince): manger une fois par jour, rester nu le plus souvent possible, ne pas dormir, ou encore s’acidifier. En 1825, le gastronome français Brillat-Savarin écrit ainsi: «Il circule parmi les femmes une doctrine funeste, et qui fait périr chaque année bien des jeunes personnes, à savoir que les acides, et surtout le vinaigre, sont des préservatifs contre l’obésité.» Entre le régime et nous, c’est donc une longue histoire. Ce qui laisse à croire qu’elle a encore de longs jours devant elle. Sauf si, plutôt que l’intérêt des marchands de maigreur, nous décidions enfin de suivre notre raison qui, études à l’appui, fournit de solides arguments pour dire définitivement «non» aux régimes. En voici cinq.

    Raison N° 1: ça ne marche pas

    «La plupart des obèses ne poursuivent pas leur programme amincissant. Parmi ceux qui le font, la plus grande part ne maigrit pas et parmi ceux qui maigrissent, la plupart reprennent leur poids.» C’est le premier grand spécialiste du surpoids qui parle: l’Américain Albert Stunkard, en… 1959! Depuis? Les centaines d’études menées à travers le monde confirment l’inefficacité de la restriction alimentaire, de l’exclusion de certains aliments, de la prise de coupe-faim, de la substitution de repas par des préparations… Bref, de l’ensemble des régimes proposés aujourd’hui. «Tous les tests d’évaluation révèlent que leur taux d’échec se situe au-delà de 90% dans un délai de trois à cinq ans», précise Jean-Philippe Zermati, médecin nutritionniste et auteur, entre autres, de «Maigrir sans régime» (Ed. Odile Jacob, 2011). «Quelle maladie continuerait-on de soigner avec un médicament ayant un tel taux d’échec?»

    «Non seulement on sait que ça ne marche pas, mais on sait aussi pourquoi!», poursuit la doctoresse Lucie Favre, de la consultation de prévention et de traitement de l’obésité du CHUV, à Lausanne. «Au cours de l’évolution, l’homme ayant bien plus été sujet au manque de nourriture qu’à l’excès, notre corps est programmé pour nous protéger des dangers d’une perte pondérale.» Comment? En stockant tout ce qu’après une période de disette (fût-elle de 8 heures ou de 3 semaines) on finit par lui accorder, afin de prévenir une éventuelle prochaine pénurie. Inutile, donc, d’envisager de sauter un repas par jour d’ici à juin pour se préparer un été en taille 36… «Un régime est toujours une posture de contrôle de l’alimentation, poursuit le Dr Zermati. Or le contrôle est indissociable de la perte de contrôle. Tous les gens qui font un régime le sentent: ils avancent sur un fil dont ils savent bien qu’ils peuvent, à tout instant, basculer.»

    Raison N° 2: ça me fait grossir

    Pourquoi, alors, continuer à s’infliger ces restrictions si l’on sait d’expérience qu’elles sont vaines? D’abord, parce que, d’après la psychanalyste Catherine Grangeard, auteure de «Comprendre l’obésité» (Ed. Albin Michel, 2012) «il est très difficile de renoncer à un idéal de soi qu’on a façonné souvent depuis l’enfance, sous les influences multiples de notre environnement, et en lui associant toutes sortes de fantasmes: «Le jour où je serai mince, je serai plus heureuse, on m’aimera plus, je ferai carrière…» C’est un long travail pour prendre conscience de ces illusions.» Autre raison de cet éternel recommencement: le fait que «tous les régimes marchent, ajoute Jean-Philippe Zermati. Mais sur le court terme, soit 6 mois à 2 ans. C’est sur le long terme que tous échouent.» Et, c’est une banalité de le dire, nous vivons à l’ère du «courttermisme». Un corps de rêve? Oui, tout de suite, parce que je le vaux bien! Ça ne durera pas? Tant pis, je recommencerai dans un an. Tel est, peu ou prou, le raisonnement de la femme pressée du XXIe siècle.

    Sauf que c’est ignorer les effets délétères de ces mouvements yo-yo pour notre organisme (épuisement, dérèglements hormonaux…), et pour notre courbe de poids. Car à chaque sortie de régime on ne se contente pas de revenir à son poids de départ: on ajoute deux, trois kilos, voire plus, à ce qui devient notre nouveau «poids de forme». C’est naturel, toujours pour cette raison biologique du «stockage», mais aussi parce que les effets yo-yo perturbent nos comportements alimentaires. Céline, 41 ans, confirme: «Quand j’ai arrêté mon régime à base de sachets hyperprotéinés, j’étais perdue! Malgré les conseils du médecin qui me disait quoi manger et quand, je ne ressentais plus rien normalement , ma faim survenait à des moments incohérents, en pleine nuit, par exemple, et je n’avais plus de sensation de satiété.» Le régime nous ayant enseigné à ne plus nous écouter, nos repères naturels sont bouleversés.

    Raison N° 3: ça me plombe le moral

    «Selon une étude parue en 2014, près de 70% des jeunes femmes mais aussi des jeunes hommes se disent insatisfaits de leur corps», affirme Andrea Wyssen, ajoutant que cette insatisfaction est l’un des premiers indicateurs de troubles du comportement alimentaire. Sauf qu’au début du régime tout cela passe inaperçu: fierté de se voir capable de résister aux tentations, joie de pouvoir boutonner un jeans taille 38… Les premiers mois, nous savourons ce que les spécialistes appellent «la période lune de miel». Puis la capacité de résistance s’amenuise, l’envie de choux à la crème monte, la satiété disparaît… et les kilos reviennent. Et l’on se sent nul, honteux d’y avoir encore cru, et coupable d’avoir de nouveau raté. «Ne pas mener à terme un projet qui nous tient à cœur laisse une marque profonde en nous, assure Lucie Favre. Les régimes ratés sont autant d’échecs qui abîment l’estime de soi, avec des répercussions sur tous les domaines de notre vie – sociale, amoureuse et professionnelle.» Annabelle, 39 ans, en a fait les frais. Aujourd’hui, si elle décide d’arrêter d’essayer de maigrir, c’est, entre autres, pour son mari: «Quand je suis au régime, je suis invivable!» ~ «Les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire apaisent leurs émotions par la nourriture, au point de ne pas pouvoir passer à un meilleur état émotionnel sans manger, explique la doctoresse Favre. Chez elles, la restriction alimentaire est donc très éprouvante.» Y compris pour l’entourage…

    Raison N° 4: je ne suis pas qu’un numéro

    «On n’est pas qu’un poids!», lance la spécialiste du CHUV. Selon elle, c’est surtout sur ce point que les régimes se distinguent d’une véritable prise en charge par un expert, où «l’on travaillera avec le patient dans sa globalité: en tenant compte de sa santé, de son hygiène de vie, mais aussi de ses goûts»! Car, quoi que nous rabâchent les publicités, le plaisir est le grand oublié des régimes qui, dans leur logique de restriction, laissent entendre que les aliments n’ont qu’une fonction nutritive. Et le plaisir des sens? Et la sociabilité associée aux repas? Se priver de ces aspects c’est faire fi d’une part essentielle de notre identité.

    Raison N° 5: je ne m’appelle pas Kate Moss

    «Il faut s’ôter de l’esprit qu’on peut faire le poids qu’on veut!, affirme le Dr Jean-Philippe Zermati. Le corps a une volonté propre qui l’incite à revenir à un certain poids. Dès que l’on s’efforce de s’en éloigner, on déclenche une bataille avec son corps.» Et dans ce genre de combat contre la nature, l’individu sort rarement gagnant. Renoncer au régime, c’est se mettre en chemin d’accepter et d’aimer le corps qu’on a, voie tellement plus gratifiante et réaliste que celle qui nous conduit à vouloir posséder le corps d’une autre qu’on n’est pas. Comme le remarque la psychanalyste Catherine Grangeard, «nos sociétés de l’hyperconsommation nous proposent des milliers de modèles de voitures, de yogourts, de chaussures ou de sacs, mais un seul modèle de corps. C’est délirant! Alors arrêtons de culpabiliser! S’il y a quelque chose qui déconne et qui mérite de changer, ce n’est pas nous, c’est ce modèle unique de corps filiforme qu’on nous met sous le nez.» Andrea Wyssen nous apprend, études à l’appui, que «dès 6 ans les filles savent déjà exactement à quoi une femme «doit» ressembler. Et certaines de ces petites filles se sentent déjà en décalage avec cet idéal.» Cesser de suivre obstinément des régimes n’est donc pas seulement affaire de liberté individuelle: c’est aussi affaire de responsabilité à l’égard de nos enfants!

     

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