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Pour son prochain périple à pieds, de Mongolie en Australie, l’aventurière Sarah Marquis s’apprête à partir seule. Le fameux D’joe, icône et ami, restera au chalet. Séparés, mais toujours reliés.
Tous ceux qui ont eu le plaisir d’assister à une conférence de Sarah Marquis savent que D’joe, son chien, est plutôt du genre participatif. Pendant que l’aventurière montre, sur une carte mondiale, le trajet qu’elle entend parcourir, dès juin et sur deux ans, pendant qu’elle trace la ligne sinueuse qui contourne le lac Baïkal, traverse le désert de Gobie, grimpe sur la barrière himalayenne, avant de descendre sur la jungle laotienne et piquer vers le bas, vers l’Australie, D’joe écoute, queue posée, oreilles pointées, fasciné. Un peu comme s’il vérifiait que voilà ça y est, sa dingue de maîtresse repart vraiment. Quand les applaudissements crépitent, il y met aussi du sien, à coups d’aboiements sonores – pas question de faire bande à part. Sauf que pour cette épopée-ci, lui ne marchera pas. Trop vieux, trop fatigué. Nom d’un sac à dos trop plein, comment Sarah et son chien vont-ils parvenir à se séparer?
L’histoire complice qui les unit se noue en 2002, dans le bush australien. La marcheuse de l’extrême arrive en vue d’une ferme juste au moment où l’éleveur, un gros malotru en colère, s’apprête à battre son chien. Elle réagit au quart de tour, sans avoir le temps de réfléchir, se précipite pour détacher l’animal et tous deux détalent à grandes enjambées. Au loin, Sarah Marquis entend tout juste les cris du fermier, qui invective l’animal (tiens, il s’appelle Joe? Ce sera D’joe pour garantir la prononciation) et promet les pires misères à la voleuse de cette «sale bête». Les enfants romands connaissent d’ailleurs bien cette histoire, qui est parue sous la forme d’un joli livre illustré.
Jadis, 10 000 km à pattes...
La suite? Hé bien, D’joe s’est farci 4000 kilomètres à pattes, soit le restant prévu de l’épopée. Il a eu faim, il a eu chaud, il a porté un sac à dos avec l’eau qu’il consommait, il a même dû se coller des chaussons improvisés avec des pansements et de la bande adhésive, quand le sol s’est avéré couvert d’épines. Tant d’épreuves partagées créent des liens: «Je l’ai sauvé, il est donc passé sous ma responsabilité, sourit Sarah Marquis. Notre relation s’est bâtie sur ce fondement et aujourd’hui, nous nous comprenons d’un regard. Nous sommes pareils: sous le vernis social, nous gardons tous les deux une âme sauvage!»
Dans la marche quotidienne, la présence de l’animal s’est avérée d’un réconfort précieux, même s’il a fallu galérer un peu pour l’empêcher de chasser: «Il était hors de question qu’il file et revienne avec une cuisse de kangourou entre les dents, raconte Sarah. Jamais je n’aurais toléré qu’il interfère ainsi dans l’équilibre des lieux. Il gardait le camp pendant que je cherchais de la nourriture et il nous arrivait de jeûner durant trois jours.» Pour tromper sa faim, D’joe mâchait du bois mort, mais voilà une astuce que sa maîtresse ne lui a pas empruntée. En revanche, disposer d’un chien dingo robustement bâti, dressé devant soi à l’approche d’un inconnu, avait quelques avantages.
Au retour en Suisse, il s’est avéré que le transport aérien d’un chien, avec contrôles vétérinaire et quarantaine, revenait dans les 5000 francs – une somme dont Sarah Marquis ne disposait pas. Ce sont donc les fans romands de l’aventurière qui, à coups de 5 francs ici, 10 francs là, ont financé l’opération. «Je tiens à les en remercier encore» s’émeut Sarah par-delà les années. D’joe a donc fini par atterrir en Suisse, découvrir ce drôle de sable blanc et froid qui s’appelle neige et s’installer dans le mayen de Verbier. Mais chut, son retour rocambolesque fait l’objet d’un prochain livre pour enfants, toujours avec la même dessinatrice, Lydie Bernet, prévu pour juin.
Liaison téléphonique
Quand Sarah Marquis est en Suisse, tous deux vivent collés serrés, jusqu’à partager le même lit et le même menu: hormis les croquettes, D’joe est ravi de se la jouer végétarien. Il mange des olives, adore les bananes et montre un faible pour les saveurs vinaigrées. «Pour mes proches et ma famille, nous sommes un package, rit l’heureuse maîtresse du quadrupède. Ceux qui m’aiment et me comprennent savent la magie intense de cette relation.» Mais le chien a aujourd’hui près de 14 ans (c’est l’examen de dentition qui l’affirme) et son arthrose l’empêche de crapahuter dans les steppes – ni même d’ailleurs dans les alpages tout proches. Tout juste aime-t-il se faire peur en guettant les oiseaux sur le pas de la porte ou en observant, tapi dans l’herbe avec Sarah, les chevreuils pas farouches de Verbier.
Quand la marcheuse a arpenté l’Amérique du Sud durant huit mois, en 2006, elle avait déjà confié D’joe à ses parents… tous en prenant soin de maintenir le contact en lui parlant au téléphone – toujours en anglais comme chez lui. «Je sais qu’il reconnaît ma voix, raconte-t-elle, et il a une sacrée mémoire: s’il voit un sac à dos, il se rue dessus pour le couvrir de son corps et m’empêcher de partir. Il sait comment les choses se passent…» Sa mémoire de chien, Sarah a déjà eu l’occasion de la tester plus d’une fois: un jour, D’joe est accouru devant le poste de télévision d’une chambre d’hôtel (il n’y en a pas, au mayen de Verbier) et il est resté vissé sur son arrière-train, attentif comme jamais. Sur l’écran? Un documentaire sur le désert australien, avec tous les chants d’oiseaux, tous les bruissements d’arbres de son ancienne vie. Pareil pour la moto: dès qu’un copain parque son engin devant le mayen, le chien se précipite et s’aplatit sur le réservoir à essence. Sarah Marquis a fini par apprendre que c’est ainsi, juchés sur la bécane, que les éleveurs de bétail australien déplacent leurs bêtes.
N'empêche, les deux années de séparation risquent d’être longues. Cette fois, hommage au grand âge, Sarah Marquis a prévu une garde alternée chez elle, pour que l’animal de son cœur puisse garder ses repères et continuer à dormir dans le lit habituel, entouré des odeurs familières: «je ne veux pas qu’il soit trimballé!». L’assistante de Sarah Marquis, Jerry, viendra donc s’installer à demeure et ses parents prendront parfois le relais. Rien que des proches, que D’joe connaît bien. Il pourra ainsi continuer à chiper des miches dans la boîte à pain, sans que personne ne comprenne comment il parvient à l’ouvrir. Il pourra aussi fourrer encore son museau dans le réfrigérateur en réclamant sa carotte quotidienne.
Et si jamais cette douce vie de chien s’éteignait ainsi, pendant que sa maîtresse marche au loin? Sarah Marquis y a naturellement pensé. Elle a même pris quelques dispositions parfaitement secrètes. Mais elle croit dur comme fer à la bonne étoile qui les protège tous les deux. «Je vis chaque jour avec la conscience de la mort, dit-elle. La mienne, comme celle de ceux que j’aime. Je sais que je pourrais ne pas revenir. Je sais que je pourrais ne pas retrouver mon monde tel qu’il est aujourd’hui. Mais la seule manière d’accepter la mort, c’est d’aimer la vie, de savourer chaque instant avec intensité». Et en la matière, avec l’incroyable énergie positive qu’elle dégage, la belle sauvage est une experte. Chaque goutte de thé vert sur sa langue, chaque frisson du printemps sur sa peau, elle les vit comme s’ils étaient les derniers. La recette du bonheur?

Un chien aux petits soins
Au quotidien, D’joe est un vrai coq en pâte. Pour adoucir les rigueurs de l’âge, Sarah Marquis propose une série de stratégies:
1. Le massage: Séance quotidienne, dès le premier jour de leur rencontre. Pour elle-même, la marcheuse rêve de disposer d’une masseuse à domicile. A défaut, elle dispense à son chien ce qu’elle ne reçoit pas toujours elle-même. Pas de technique particulière (éviter tout de même l’huile de massage…), l’important est de détendre l’animal.
2. L’ostéopathie: Pour soulager les douleurs d’arthrose, D’joe fréquente régulièrement Mireille Piguet, ostéopathe canine. «Il a trouvé une seconde jeunesse, se réjouit Sarah Marquis, on le sent beaucoup plus réactif». Le même cabinet, à Saint-Prex, dans le canton de Vaud, propose aussi de l’acupuncture pour animaux, chacune des thérapies étant adaptée à des troubles différents. D’joe jappe d’aise dès qu’il approche de la porte et se pose sur le support en bois sans plus bouger un poil de toute la séance.
3. La carotte quotidienne: De joe va pratiquement la chercher tout seul dans le réfrigérateur et la grignote de haut en bas en la tenant entre ses pattes. Un jeu, mais aussi un soin raffermissant pour les dents et les gencives.
4. La recette contre les maux de ventre: Quand D’joe ballonne, Sarah remplace son repas habituel par une sorte de riz au lait canin: du riz complet servi dans du jus de riz (en boutique bio), de la cannelle et de l’argile verte en poudre. Radical.



























2 commentaires
Depuis que je t'ai embrassé près de ta jeep,à Vez,je ne te quitte plus.L'article de la coop m'a déjà mouillé les yeux,mais continue et bonne route.(Le vieux renard du Vs.)
superbe...me réjouis de vous rencontrer et de vous écouter sur votre expérience personnelle et sportive Meilleures salutations
Willy
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