«Vouloir me marier à 20 ans a déchaîné la tempête»

Pour Deborah et Guillaume, se marier était une évidence. Pour les autres, beaucoup moins…

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Par Anne-Sophie Dubosson

 

Pour Deborah et Guillaume, se marier était une évidence. Pour les autres, beaucoup moins… Il leur a fallu lutter contre les préjugés afin d’assumer leur choix, à 21 ans pour elle, 26 ans pour lui.

J’ai de la peine à comprendre ces couples qui vivent des années ensemble sans envisager de se marier.

Le mariage représente beaucoup à mes yeux. C’est la preuve suprême de l’attachement et de l’amour dans un couple. Cela veut dire passer sa vie ensemble pour, à la fin, mourir ensemble. J’ai fait un mariage, je n’en ferai pas deux. C’est un symbole très fort qui va bien au-delà d’un simple papier. D’ailleurs, le mariage civil n’a eu pour nous aucune importance, c’est sa signification religieuse qui a compté. Je me souviens de la cérémonie à l’église, moi en robe blanche. Ça a été un moment magnifique. Ainsi, nous entrions officiellement chacun dans la famille de l’autre.

J’ai rencontré Guillaume un samedi d’été à la piscine, et trois jours après nous habitions ensemble!

Ça a été particulier dès le départ. Je me sentais tellement bien avec lui. Il y avait une complicité incroyable entre nous, j’avais l’impression de le connaître depuis des années. Il m’a donc fait une place dans son appartement, et j’ai pu installer mes affaires sans sentir la moindre hésitation de sa part. Dans la foulée, il m’a présentée à sa mère. Un moment important. Puis nous avons discuté vacances… Je n’ai pas eu de doutes en partant avec lui à Rimini, en Italie. Je savais que ça allait bien se passer.

Quand je l’ai connu, j’étais en stand-by professionnellement

J’avais arrêté l’Ecole de culture générale pour travailler dans un centre commercial, où je souhaitais faire un apprentissage de vendeuse. Je n’ai malheureusement pas pu continuer, je n’ai pas été retenue. Celle qui allait devenir ma future belle-mère m’a aidée à trouver une place d’apprentissage dans une entreprise. Mais ça ne me convenait pas du tout, c’était difficile. L’ambiance était vraiment mauvaise, je ne me sentais pas du tout à l’aise. Guillaume est pratiquement devenu mon coach, il m’a soutenue pour que je trouve autre chose ailleurs, et j’ai fini par obtenir une place comme apprentie employée de commerce. En décembre 2006, c’était six mois après notre première rencontre, il m’a demandée en mariage. Nous étions en train de préparer le souper, et il m’a dit qu’il voulait qu’on se fiance… Il m’a donc offert la bague ce soir-là. Je n’étais pas vraiment surprise, juste heureuse de la situation. Nous avions parfois abordé le sujet, mais c’était un vague projet. Et maintenant il allait se concrétiser! Une semaine plus tard, mes parents étaient mis au courant. Ils savaient que c’était sérieux entre nous. Pour la date de mariage, nous avons choisi l’été, mais pas celui de l’année en cours, celui de l’année d’après, en 2008, pour nous laisser le temps de tout bien préparer.

Mon apprentissage me plaisait

J’avais enfin trouvé une stabilité qui m’avait manqué durant les deux années précédentes. Pourtant, les choses allaient changer. L’annonce de mon mariage a provoqué des réactions que je n’avais pas imaginées. Dès que mes collègues ont été mis au courant, les soucis ont commencé. Bon, ça a été plutôt calme jusqu’en février 2008, c’est ensuite que les gens se sont montrés curieux, presque agressifs. Ils n’arrêtaient pas de me faire des remarques du genre: «T’es trop jeune, t’as toute la vie devant toi, de toute manière, ça va te mener au divorce.» Ça a instillé le doute en moi, et je me suis mise à réfléchir: est-ce que je faisais le bon choix? Avant, tout me paraissait si simple, si naturel. Mes idées se sont brouillées à ce moment-là. Au travail, on continuait à me juger: «Tu te rends compte, tu vas faire ta vie avec un seul mec! Après tu auras des gamins et tu seras complètement coincée.» Certains m’ont même demandé si je sortais avec un Portugais, car c’est leur tradition de se marier jeune… Je crois qu’on ne peut pas faire plus cliché. Pour beaucoup de personnes, soit tu te maries parce que tu es enceinte, et donc ce n’est pas un mariage d’amour, soit c’est un mariage d’amour, mais, si tu es trop jeune, tu es idéaliste, et ça se termine forcément par un divorce!

Deux mois avant le mariage, j’étais envahie par le doute

J’ai exprimé à Guillaume mes angoisses: «C’est fini, je ne veux plus, j’ai envie de tout annuler.» Nous avons traversé une période très tendue. On se parlait peu, ça n’allait pas. A un certain moment, je lui ai déclaré qu’il valait peut-être mieux que je parte une semaine chez mes parents. Alors, on s’est assis pour discuter vraiment. Cette conversation m’a libérée. Nous avons pu mettre des mots sur ce qui n’allait pas. Nous avons l’habitude de discuter beaucoup ensemble et c’est ce qui nous a sauvés dans cette situation-là. J’ai beaucoup apprécié qu’il ne me juge pas. Je lui ai dit que les propos de mon entourage me poursuivaient, que c’était insupportable. Il m’a demandé si j’avais des choses à lui reprocher, si la situation serait différente avec quelqu’un d’autre. J’ai réalisé que je ne remettais pas en cause notre relation mais les gens qui m’avaient fait perdre confiance en mes projets. Après notre discussion, je me suis sentie délivrée du regard des gens. Ce mariage était mon choix, et j’avais envie de l’assumer complètement.

Pour mes parents non plus, ça n’a pas été évident

Je quittais la famille, je changeais de nom. Tout allait trop vite pour eux. Ma mère avait l’impression de laisser partir son bébé, c’était dur pour elle de me voir vivre ailleurs. Je crois qu’il lui a bien fallu une année pour admettre la situation. Maintenant, je pense qu’elle a accepté mon choix parce qu’elle apprécie beaucoup Guillaume et que ça se passe bien.

Aujourd’hui, quand je repense à toutes ces critiques envers mon mariage, ça me paraît toujours aussi triste et décevant. Etre jeune n’implique pas forcément l’irresponsabilité. Pas besoin d’avoir 30 ans et plus pour prendre la bonne décision. Mon mariage a maintenant un an, et nous sommes tout à fait heureux. Bien sûr il y a toujours des gens suffisamment mesquins pour me demander si je suis encore mariée, mais je continue mon chemin sans m’en préoccuper. Et j’espère continuer à l’avenir de faire mes choix en toute liberté.»

 

Six mois après notre première rencontre, il m’a demandée en mariage.
Nous étions en train de préparer le souper, et il m’a dit qu’il voulait qu’on se fiance…

 

 

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