
On ne les appelle plus surdoués mais personnes HP, pour haut potentiel. Qui sont ces adultes qui se découvrent une intelligence hors norme sur le tard? Un livre tente de brosser le portrait de ces drôles de zèbres, qui représentent 5% de la population. Mais à quoi bon se savoir autrement intelligent que les autres, une fois adulte?
Intelligente, moi? Pensez donc
On peut se découvrir HP sur le tard. Par hasard, ou par ses enfants. «Lorsqu’on leur annonce que leur petit est surdoué, certains parents disent: «Ah oui, je me souviens, moi aussi j’étais comme ça à son âge», souligne Nathalie Addor Gailland, psychologue spécialisée à Martigny. Comme si cette intelligence si particulière était une maladie d’enfance, qui se résorbait avec le temps. Eh bien, non, on naît HP, on le reste et même on le transmet. «Selon une étude récente de Franz E. Weinert (2000), rapporte Doris Perrodin Carlen, personne ressource pour les familles d’enfants surdoués à La Tour-de-Peilz, l’intelligence dépend à 50% de dispositions génétiques, à 25% de facteurs environnementaux et à 25% de facteurs liés à la personnalité. Il y a donc une forte probabilité qu’un ou les deux parents soient HP aussi si leur enfant l’est.» Ce sont d’ailleurs souvent les pères qui osent questionner. Les mères, elles, ont plus de peine à se projeter dans cette idée, et cherchent l’origine de la surdouance plutôt chez le père.
Parce que enfants, au contraire de beaucoup de garçons (82% des enfants précoces dépistés dans le canton de Vaud), les filles n’ont pas manifesté de difficultés ou de signes particuliers. «Appliquées» (on dira moins «intelligentes»), créatives, sociables, «elles ont mis beaucoup d’énergie à dissimuler leur différence, de peur de mettre en danger leurs relations. Elles se sont suradaptées, ont fait pile ce que l’on attendait d’elles. Une mise en sourdine de leur potentiel, qui se poursuit à l’âge adulte, jusqu’à ce que, parfois, tout explose, aux abords de la quarantaine», ajoute Doris Perrodin Carlen, auteure du livre Et si elle était surdouée? (Ed. SZH/CSPS, Lucerne).
HP: un cerveau qui fonctionne autrement
L’intelligence reste un tabou. «Prétendre» être plus, ou plutôt autrement intelligent que la moyenne, passe au pire pour de la vantardise, au mieux pour une chance dont il serait malvenu de se plaindre. Alors qu’en réalité les caractéristiques du cerveau HP ne s’arrêtent pas à un QI supérieur à 130. Tête «trop» remplie, un perpétuel sentiment de décalage, des émotions démultipliées, l’impossibilité de déconnecter, des difficultés de sommeil. Autant de facteurs qui, s’ils ne sont pas pathologiques en soi, mènent parfois dans l’impasse. D’autres troubles, plus graves ceux-là, accompagnent en outre la surdouance chez certains enfants: hyperactivité, troubles de l’apprentissage… A l’échec scolaire, assez fréquent chez les HP, succèdent alors déprimes et dépendances à l’âge adulte.
«On est loin de l’image du gosse à lunettes qui sait tout et agace un peu tant il est brillant pour son âge, ou de l’adulte qui réussit tout ce qu’il entreprend», témoigne Geneviève LB Robert, HP tardivement dépistée et mère d’un jeune homme HP, cofondatrice du Collectif HP-IM (pour haut potentiel-intelligence multiple) et thérapeute dans le canton de Neuchâtel. «Au-delà de leurs capacités intellectuelles élevées, parfois difficiles à détecter tant elles ont été étouffées des années durant, les HP sont de vraies éponges, qui absorbent tout, tout le temps, très fortement, y compris les émotions des autres. Disons pour résumer que, au lieu de voir en dix couleurs, ils voient en cent, et qu’à chacune de ces couleurs est associée une odeur, une émotion, et surtout une, deux, cinquante questions, qui en appellent sans cesse d’autres. Pour vivre avec ça sans le subir et tomber dans la victimisation – réaction fréquente chez les HP, il faut apprendre à dompter ce flux, à le canaliser pour bien l’exploiter. Cela exige un effort important, mot honni entre tous par les HP! Mais on y arrive, à force de bon sens et de connaissance de soi.»
Vous reconnaissez-vous?
Un adulte HP…
… pense et ressent comme les autres, mais de façon beaucoup plus intense et plus rapide.
… réfléchit en images, en odeurs, en goûts…
… ne sait pas toujours aller à l’essentiel, a le don de «se perdre en route».
… a horreur de l’effort et est capable d’immenses efforts pour éviter un effort.
… est hypersensible, surtout à l’injustice.
… ressent les émotions des autres et se sent tenu de les aider (empathie).
… se met parfois dans des situations extrêmes, mais dispose de moyens à la hauteur pour s’en sortir.
… semble avoir une force de travail illimitée.
… a parfois le cerveau qui «déconnecte» pour cause de surcharge (absences).
… sollicite plus que la moyenne son cerveau droit, celui de l’intuition.
N. B.: Cette liste n’est pas exhaustive: on peut se reconnaître dans tous ces points et ne pas être HP, ou dans aucun et l’être! Seul un bilan complet permet un diagnostic.
Les tests à faire pour être sûr
QI La procédure est complexe… Il s’agit notamment d’évaluer le QI. Sachant que 70% des gens ont un QI compris entre 85 et 115, à plus de 130, c’est la surdouance (entre 2% et 5% de la population). Entre 115 et 130, (2%), on parle de «zone grise», pas encore la surdouance, mais une sorte d’entre deux assez difficile à interpréter et surtout à faire comprendre. Le test de QI le plus utilisé pour les adultes est la WAIS III, révisée en 2000 dans le sens d’une approche plus globale de l’intelligence ou plutôt des intelligences: compréhension verbale, organisation perceptive, vitesse de traitement des informations, mémoire de travail.
Les intelligences Il existe d’autres approches du HP, comme celle de Howard Gardner: outre les trois intelligences «rationnelles» (linguistique, logico-mathématique et spatiale), Gardner ajoute l’intelligence musicale, kinesthésique (apprentissages liés au mouvement), interpersonnelle (capacités relationnelles ou sociales), intrapersonnelle, etc. Enfin l’idée d’une intelligence émotionnelle, supérieure ou égale en «valeur» à l’intelligence rationnelle, a connu un grand succès médiatique avant d’être très relativisée par le milieu médico-psy. En clair: chaque praticien a ses propres références, mais il bâtit son diagnostic autour de la pierre angulaire du bilan qui reste l’évaluation du QI.
Prix Un bilan complet, non remboursé par l’assurance maladie de base, coûte entre 800 et 1400 francs. En Suisse, seuls les psychologues autorisés à la passation des tests sont habilités à le faire.
En savoir plus
Des livres
Trop intelligent pour être heureux? L’adulte surdoué, Jeanne Siaud-Facchin, 2008, Ed. Odile Jacob
Et si elle était surdouée? Doris Perrodin Carlen, 2006-2007 (Ed. SZH/CSPS, Lucerne)
LE site web
Un très bon site, riche, drôle et avec des descriptifs de caractéristiques HP assez larges, avec un volet adultes: www.douance.be
Des associations
Sur le site du Collectif neuchâtelois HP-IM, tous les liens vers les autres sites cantonaux et nationaux en relation avec le haut potentiel sur la page www.libro-koncept.ch






















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