Qui sont vraiment les migrantes en Suisse?

Un immigré sur deux est une femme. Et parmi celles qui travaillent, presque une sur trois est universitaire! Ces chiffres sont issus d’une étude toute récente qui renverse les préjugés.

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Par Valérie Hoffmeyer

 

Un immigré sur deux est une femme. Et parmi celles qui travaillent, presque une sur trois est universitaire! Ces chiffres sont issus d’une étude toute récente qui renverse les préjugés.

 

FEMINA En Suisse, près d’un immigré sur deux est une femme, souvent qualifiée et Européenne. Or on croyait qu’il s’agissait d’hommes sous-qualifiés venus de pays pauvres. Quel décalage!

BRIGITTE SCHNEGG Le fait n’est peut-être pas si nouveau, mais les chercheurs le découvrent avec retard. Depuis dix ans, on parle beaucoup de féminisation de la migration, mais les femmes ont toujours migré. Ce qui est nouveau, c’est le pourquoi de leur migration, en relation directe avec leur pays d’origine. Par exemple, les Philippines exportent massivement leurs nurses, tandis que d’autres pays exportent leurs ouvriers du bâtiment.

Et d’autres leurs cerveaux: 28% des migrantes en Suisse sont universitaires, cette proportion n’étant «que» de 24% chez les Suissesses. Une tendance nouvelle?

Difficile à dire. Il y a toujours eu une tradition d’accueil des femmes venues se former chez nous, les premières ayant été les Russes au début du XXe siècle. Dans nos universités, on compte une bonne moitié de professeurs étrangers, dont des femmes qui rentrent chez elles l e week-end ou une fois par mois. On parle alors d’existence transnationale: ces personnes vivent dans deux cultures différentes, gardant un lien serré avec leur pays tout en faisant carrière dans un autre.

Les hommes ne rentrent-ils pas aussi chez eux?

Moins! Même professeurs d’université, les hommes vivent selon des modèles familiaux plus traditionnels que leurs consœurs. Femme et enfants sont avec eux, ils ont moins de raisons de rentrer au pays. Les femmes, elles, travaillent ici, mais ont gardé leur famille et/ou leur vie sociale dans leur pays d’origine.

Cette existence transnationale reste réservée à une certaine classe sociale, non?

Oui et non. Même issues de classes moins favorisées, les femmes gardent une relation d’aide et de soins avec leur pays. Par exemple: cette femme de ménage italienne employée en Suisse qui rentre chaque mois s’occuper de sa mère âgée. Les moyens de transports et de communication sont devenus abordables et permettent à de plus en plus de migrantes d’entretenir leurs liens avec leur pays d’origine. Cela va du vol en avion low-cost à la téléphonie par Internet ou le chat.

La migrante parlant mal le français et vivant cloîtrée dans sa communauté reste-t-elle une réalité?

Bien entendu, en particulier dans certains milieux qui ont tendance à renforcer leurs traditions une fois qu’ils sont confrontés à d’autres cultures. Mais attention à ce que nous, avec nos préjugés, renvoyons à ces femmes, qui ne fait que renforcer cette attitude. Des études ont montré que les Romands ont moins de clichés sur l’immigration que les Alémaniques: cultivez cette  attitude! Elle correspond à la réalité multiple de l’immigration en Suisse.

 

Bio Express

Brigitte Schnegg est la directrice du Centre interdisciplinaire pour la recherche en Etudes Genre à l’Université de Berne. Elle a dirigé l’étude «Femmes en migration», publiée en décembre 2009. A lire en français sur www. gendercampus.ch

 

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