À lire aussi
Dossiers

Les anti-IVG contre-attaquent partout dans le monde. En Suisse, certains voudraient que l’intervention ne soit plus prise en charge par les caisses maladie.
FEMINA Dépénalisé en 2002, l’avortement refait débat. Cela ne finira donc jamais?
ELIANE PERRIN En matière de mœurs, il y a deux types de loi. Celles qui ne font que légaliser un consensus social existant (la loi sur le divorce, par exemple), et celles qui sont sans cesse remises en cause parce qu’elles touchent à la vie ou à la mort: l’euthanasie, Exit, les cellules souche ou l’avortement. A-t-on le droit de choisir quand mourir et quand donner naissance? Pour la plupart des religions, la réponse est non. Mais ce qui complique les choses, ce sont les progrès de la science qui ont fait reculer les limites de ces deux extrêmes. Quand est-ce que l’on peut dire que l’on est vraiment mort? Et déjà vivant?
L’initiative ne porte pas sur l’avortement (un des taux les plus bas d’Europe) mais sur son coût. Un prétexte?
On en revient au: «Tu as péché, tu paies!». Ce qui est remis en cause, c’est la liberté des femmes et des couples à décider de faire ou pas des enfants, en prenant toutes leurs responsabilités. Au lieu de poser la question frontalement, on la pose par le biais de l’économie. L’ordre moral touche toujours la sexualité en premier.
Et ce sont les femmes qui en paieraient encore une fois le prix fort…
Des experts se sont déjà prononcés là-dessus: les économies produites seraient insignifiantes pour la collectivité et nos primes d’assurance ne baisseront pas. En revanche, si elle devait être validée, cette initiative pénaliserait fortement les femmes qui n’ont pas les moyens. De plus, elle cache un fond de xénophobie puisque la moitié des femmes qui avortent sont des étrangères, dont une bonne partie de migrantes en situation de grande précarité.
N’est-ce pas non plus glorifier la mère au détriment de la femme?
On assiste, il est vrai, à une glorification de la maternité comme aboutissement et épanouissement de la féminité. Si vous n’avez pas d’enfant, vous n’êtes pas tout à fait une femme. On peut néanmoins se rattraper par l’adoption, et cette initiative vise clairement à rouvrir le «marché» de l’adoption de «proximité». Elle réjouit tous les natalistes qui rêvent de faire d’une pierre deux coups: plus d’enfants et donc plus d’argent pour l’AVS.
En privatisant l’avortement, cette initiative ne menace-t-elle pas notre système de santé, basé sur la solidarité?
Si. En ce sens que celui qui est contre l’avortement décide qu’il n’est pas normal de payer pour un acte médical qu’il réprouve. Mais il y a d’autres possibilités thérapeutiques auxquelles on a droit aujourd’hui et qui ne font pas l’unanimité: les greffes d’organes, la trithérapie, la procréation assistée. Cette initiative non seulement moralise la santé, mais ouvre la porte à la contestation de toutes sortes de prestations qui créent des vies ou les prolongent.
Bio Express
La sociologue Eliane Perrin enseigne à la Haute Ecole de Santé Genève. Elle vient de publier avec quatre autres chercheurs «Contrôle de fécondité, avortement et contraception: la situation suisse» aux Editions du Remue-Ménage, Montréal.
























5 commentaires
Et fumer quand on sait pertinemment que ça tue... C'est la même chose. L'assurance de base est la même pour tout le monde, elle nous couvre tous en tant que communauté, alors si on commence par ne plus rembourser les IVG alors les non-fumeurs ne devraient pas payer pour les cancers des poumons des fumeurs, les sportifs pour les non-sportifs etc... On irait où???
Les partisans de l’initiative contre le remboursement de l’IVG sont restés tragiquement bloqués entre le mythe de l’immaculée conception et la chanson de Goldman des années 90 : les « femmes font des bébés toute seules » ! C’est sûr, lorsqu’elles tombent enceinte, point d’intervention d’un compagnon mâle…! Quelle belle leçon de responsabilisation du genre humain ! Pour cette affaire mineure qu’est le fait de donner la vie, une seule moitié de l’humanité responsable est bien suffisante ! Et comme, c’est bien connu aussi, les femmes sont économiquement au sommet, elles n’ont qu’à payer si tout à coup, si lors d’un mauvais coup, les choses dérapent…
Mesdames, Messieurs, partisans de cette initiative, un bref rappel d’éducation sexuelle basique : lorsqu’il y a embryon, il y a forcément eu un membre fièrement érigé qui était invité, d’une façon plus ou moins consentie, à la conception. Un membre VIP, qui se donne parfois des libertés royales : comme celle de ne pas se renseigner sur la politique de contraception de son hôte, comme celle de ne pas mettre de préservatif, ou plus vicieux, de le retirer, comme celle de promettre à son hôtesse qu’on désire que la fête se poursuive en créant un nouvel être, puis de décider que finalement non, c’est bien trop de responsabilités, et de s’en aller guincher ailleurs…laissant à chaque fois le soin à la maîtresse de maison de mettre de l’ordre dans sa propre demeure, après tout, c’était lui l’invité. Et puis, c’est vrai, c’est vulgaire de demander une participation à ses invités, surtout lorsqu’ils sont de marque ; il ne faudrait pas qu’ils gardent un mauvais souvenir de la soirée, ils ne reviendraient plus…
Si l’initiative contre le remboursement devait passer, je proposerais alors une initiative visant à obliger tous les hommes à contracter une assurance RMD : responsabilité Membre dur, qui leur ferait endosser toute la responsabilité financière lors d’un comportement sexuel irresponsable qui mène au dénouement pénible de l’avortement.
A.F
je suis infiniment choquée. a l'époque de la pillule, de l'information, du préservatif, on a encore l'immaturité et l'irresponsabilité de faire des enfants pour ensuite les tuer dans le ventre de leur mère .
et on voudrait encore que nous payeurs d'assurances maladie prenions en charge les frais de ces crimes.
car ce sont des crimes ne nous leurrons pas.
Et si l'assurance de base ne rembourserait plus non plus les frais d'hopitaux pour toutes les sortes d'addictions. Moi je ne bois pas alors pourquoi je devrais payer pour les autres, on va ou comme ça???
pour "pécher", il faut être deux que je sache!
.... où est "l'autre" dans ce discours de la responsabilité individuelle? je n'ai entendu nommer l'homme nulle part.
Publier un nouveau commentaire