«Le sexe c’est de l’émotionnel»

Par Sophie Evard

 

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Par Sophie Evard

 

Alain Héril, sexo thérapeute et écrivain. Il a notamment écrit Les continents féminins qui explorent la question du plaisir des femmes.

«Selon vous, de quoi rêvent les femmes?»

«Ce que je peux constater au fil de mes expériences, c’est que les femmes ont avant tout besoin et envie de qualité. Les femmes interprètent ce qu’elles lisent dans les magazines et elles ont l’impression qu’elles ne correspondent pas à cette femme active, contemporaine et libérée, elles veulent autre chose. La qualité repose sur deux choses, l’écoute la tendresse et aussi arriver à avoir une sexualité conforme à leur désir à elles. La qualité passe par le temps, pour pouvoir être à l’écoute de soi, pour être dans l’apprentissage, pour redonner sa place au corps. Lorsqu’on a une sexualité planifiée, on passe alors à côté de la qualité.»

«Chacun a un quotidien bien rempli, n’y a-t-il pas un risque de ne plus avoir beaucoup de relations?»

«Si on est dans un rapport quantitatif de la sexualité, on est dans la tête, pas dans le corps. C’est une vision économique de la sexualité, alors que ce qui est en jeu, c’est l’émotionnel, ce qui est le contraire de l’hygiénique. Pouvoir être dans l’émotionnel oblige à hiérarchiser les choses, à mettre en place un minimum de ce temps d’écoute de soi. Cela peut sembler difficile à réaliser parce qu’il y a un vrai manque de temps dans la vie contemporaine, mais c’est nécessaire.»

«Vous dites que se «pousser» à faire l’amour tue le désir. Mais si la libido est en panne, que faut-il faire?»

«Quand il y a une «panne» dans la vie sexuelle, il ne faut pas interroger la sexualité, mais la relation à l’autre. On a tendance à percevoir le sexe comme une mécanique, mais les choses ne fonctionnent pas à tous les coups. Il faut savoir qu’on ne va pas mettre son couple en péril si on n’a pas fait l’amour de la semaine. Cette vision économique de l’amour conduit à la culpabilité. Si on est en accord avec son rythme et ses émotions, il n’y a aucun souci. D’ailleurs dans la pratique millénaire du tantra, on apprend à prendre le temps, à respirer, à se détendre et à se raconter. Car il faut savoir à quoi sert le sexe. Si le sexe sert à décharger les tensions, on peut programmer et placer ça au même niveau que le cours de gym, mais on est dans une vision mécanique et volontariste qui oublie le regard sur la qualité de la rencontre.»

«La plupart des hommes se plaignent qu’ils ne font pas assez l’amour. Le coup de la tendresse, ça ne va pas un peu les frustrer?»

«Un homme a avant tout besoin de vérifier qu’il est toujours viril et pénétrant, mais quand on arrive à lâcher avec l’idée de la pénétration, on explore d’autres univers, le partage, la tendresse, les confidences, ce qui permet de dédramatiser la sexualité. Il faut apprendre à parler de sexualité, de fantasmes, de manière ludique et joyeuse. C’est le travail du couple d’apprendre à échanger, il faut que les femmes parlent de leurs envies, de leurs fantasmes, ce qui ne veut pas dire qu’elles veulent les réaliser. Il y a nécessité de féminiser la relation sexuelle. Mon parti pris aujourd’hui est que la sexualité contemporaine ne peut avancer que si elle se féminise. On a beaucoup à apprendre, car cela ne fait que depuis 1969 qu’on découvre la sexualité des femmes.»

 

A lire

Les continents féminins,
Alain Héril,
Ed. Jean-Claude Gawsewitch,
303 p., 2008.

 

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