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Isabelle Erard a un don pour soigner les autres. Elle a développé une méthode pour aider les personnes en fin de vie. Rencontre.
Par Julien BurriLes chagrins qu’Isabelle Erard a vécus ne sont peut-être pas étrangers à sa vocation. A 57 ans, cette thérapeute de Delémont a développé une technique d’effleurement et de pressions légères pour communiquer avec des personnes malade, en fin de vie ou dans le coma. Une méthode qu’elle veut ouverte à tous, pour mieux vivre le deuil. Car si la mort fait peur et repousse, c’est justement à ce moment-là que les proches ont besoin de dire à la personne qui s’en va: «Je suis avec toi, je t’accompagne jusqu’au bout. Je t’aime.» Si les mots ne sont plus entendus, il reste le toucher. D’où le développement d’une méthode, le Sweet Touch (le «toucher doux» en anglais), expliquée dans un livre qu’Isabelle Erard a publié à compte d’auteur cette année, un défi lancé après la guérison de son cancer du sein.
La thérapeute nous reçoit dans sa cuisine, autour d’un menu tunisien. Elle rayonne et son rire ponctue chacune de ses phrases. De qui la maîtresse de maison tient-elle ses recettes orientales? «A l’époque, ma famille a vécu en Tunisie. J’ai des origines juives séfarades du côté de ma mère, avec du sang musulman. Du côté de mon père, on est protestant.» Au salon, une perruche australienne chante et vole en liberté, se pose sur la tête d’un chat blanc. C’est dans cette maison au centre de Delémont, dans les combles, qu’Isabelle Erard a installé son cabinet, «Le Coup de Pouce». La thérapeute ne s’occupe pas que de cas graves. Une clientèle variée vient pour des séances de réflexologie, de Reiki, de drainage lymphatique et de relation d’aide. Et aussi pour ses dons un peu particuliers. «Mon voisin m’appelle «le scanner» parce que j’ai détecté une maladie non encore déclarée.» Des médecins lui envoient des patients, d’autres la soupçonnent de sorcellerie. Tant pis pour eux. Habile, Isabelle Erard dénoue les nœuds émotionnels. «Tout ce que l’on n’arrive pas à gérer, on le renvoie dans le corps. On somatise. De temps en temps, il faut avoir la sagesse de vider ses poubelles. Les gens croient qu’ils sont en dépression, mais c’est souvent plus simple. On ne sait pas hurler notre souffrance, on préfère ne rien dire et l’enfouir dans notre corps.»

Bosseuse et perfectionniste, la thérapeute ne prend jamais de jours de congé. Comment fait-elle pour ne pas s’épuiser? «Je suis en meilleure forme après une journée de travail qu’après une journée passée à ne rien faire. Aider les autres me régénèrent!»
Enfant, Isabelle Erard découvre qu’elle a un don, «Je pouvais fixer quelqu’un dans la foule et lui chauffer le dos à distance! La personne se retournait surprise en se frottant le dos.» Elle passe son enfance dans la région parisienne puis s’engage, à 14 ans, comme secouriste à la Croix-Rouge pour aider les malades dans les hôpitaux. C’est à ce moment qu’elle prend pleinement conscience de son «don»: guérir et communiquer par le toucher. «Je vois avec les mains» explique-t-elle. Dans sa vie, elle n’a pas toujours pu dire au revoir à ceux qu’elle aimait. A 22 ans, elle a perdu subitement son fiancé. «Il était en parfaite santé, la famille n’a pas pensé à me prévenir. Quand j’ai appelé, inquiète, c’est un employé des pompes funèbres qui m’a répondu. Il m’a appris qu’on enterrait Didier le jour même». La réaction de son père met du sel sur la blessure: «Il a eu cette phrase, qui m’a broyée: «Un de perdu, dix de retrouvés.» Je ne lui ai plus parlé jusqu’à son décès». On en revint au toucher comme palliatif: «Si on ne sait pas quoi dire, dans un cas comme ça, on ne dit rien, on prend dans ses bras. Il faut être tactile.» Plus tard, Isabelle aura une fille qu’elle élèvera seule, puis se mariera. Elle renouera avec son père au moment de sa mort. Il y a quelques mois, avec sa mère qu’elle ne voyait peu. «Le dernier jour de sa vie, j’ai enfin pu la prendre dans mes bras et elle a accepté.»
Comment gérer la peur de la mort quand on est régulièrement confronté à elle? «C’est la peur de la mort, c’est la peur de soi, de sa propre mort. Si on pense qu’on n’est qu’un morceau de chair, alors c’est la grosse angoisse. Mais si on a la prémonition ou la conviction qu’il y a quelque chose d’impérissable dans le corps, alors la mort devient un passage.» La thérapeute insiste pour qu’on n’oublie jamais la dignité humaine. Dans son livre, elle cite la phrase écrite par un malade du cancer au visage ravagé et qui ne pouvait plus parler: «Ça devient moche à l’extérieur, mais qu’est-ce que ça devient beau à l’intérieur.» C’est dans cet esprit qu’elle a créé une technique d’effleurement, le Sweet Touch, pas pour guérir, mais pour favoriser le lien et la dignité jusqu’au dernier souffle, lorsque la réflexologie est devenue inutile et que le corps du patient est un «sac de douleurs». «On peut toucher la personne jusqu’au dernier souffle. Le but n’est pas de soigner, mais de communiquer, de calmer. Une personne peut ressentir du chagrin ou de la colère au moment de sa mort. Mais on a la possibilité de lui apporter du réconfort.»
Une communication non verbale
Isabelle Erard aimerait convaincre les familles qu’elles ont la possibilité d’aider leurs proches très malades ou en fin de vie, simplement par le toucher. Sa méthode s’inspire de la réflexologie, du drainage, du massage californien et de la technique métamorphique. Ses gestes simples ont été élaborés dans le souci de ne pas blesser la personne et obéissent à deux règles fondamentales: ne rien imposer à l’autre et de ne pas contrevenir à sa santé. Sweet Touch , L’accompagnement doux par le toucher , accompagné d’un DVD de démonstration en quatre langues, est édité par l’auteure, rue du Stand 40, Delémont. Avec une préface de Rosette Poletti.
Un exemple concret
– Marquez un temps d’arrêt avant d’entrer dans la chambre du malade. Prenez conscience de vos émotions. Si vous êtes stressée ou agitée, respirer profondément, lentement.
– Ne portez pas de parfums, ils peuvent provoquer des nausées.
– Veillez à avoir les mains chaudes et parfaitement propres.
– Prenez la main du malade dans vos mains.
– Caressez sa paume depuis le poignet jusqu’aux doigts. Répéter ce geste le plus harmonieusement possible.
– Même chose sur le dos de la main, caressez cette fois des doigts jusqu’au poignet.
– N’imposez rien. Soyez attentif aux signes de refus (retraits léger de la main, crispation).
– N’appuyez pas trop fort, effleurez mais sans chatouiller.













2 commentaires
Correction de l'adresse et du Mail après la nouvelle mise en ligne du site internet Sweet Touch
Nouveau:
Lien : http://www.sweet-touch.com
Mail : info@sweet-touch.com
Après la parution de l'article, le magazine a reçu plein de demande d'information. Pour préserver leur tranquillité je me permet d'ajouter le lien du site internet ainsi que le mail.
Lien : http://www.aucoupdepouce.netii.net
E-mail : aucoupdepouce@bluewin.ch
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