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La vie n’était pas tendre pour Sandrine qui a tenté de noyer ses problèmes dans l’alcool. A 48 ans, après avoir connu l’échec des amours et l’enfer de la dépendance affective, la Sédunoise a su redonner un sens à son existence.
Mon premier déclic «alcool» remonte à mes sept ans
Je vivais dans le sud de la France et j’étais la bête noire de mon père. Je me suis rendu compte qu’en vidant les fonds d’apéritifs des adultes, je devenais moins perméable aux insultes et aux coups. Toute mon enfance, j’étais mal dans ma peau. Si bien qu’à 13 ans, j’ai tenté de me suicider en avalant des médicaments. Je me suis réveillée après une semaine de coma, de mort clinique et, alors que je me rétablissais péniblement, mes parents m’ont placée dans un pensionnat. Plus tard, mon certificat de boulangère-pâtissière en poche, je suis partie à l’aventure… C’était l’époque des copains faciles, de l’alcool sans modération et des drogues dures. Je suis allée traîner, pendant une année, ma détresse jusqu’en Amérique du Sud, à Cayenne. J’étais jeune et belle mais j’avais besoin d’alcool tous les jours pour garder mon équilibre et briser mon agressivité. De retour en France, un copain m’a emmenée découvrir le Valais et j’y suis restée. J’ai trouvé un boulot dans un bistrot. Cette occupation a clairement favorisé mon alcoolisme. En permanence, je planais au seuil de l’ivresse.
Yvan est entré dans ma vie en 1988, et je me suis immédiatement retrouvée enceinte
Cette grossesse imprévue m’a momentanément transformée. Je n’avais plus besoin d’alcool ou de drogue, tellement j’étais heureuse à l’idée de me marier, d’arrêter ma vie de patachon et d’accueillir ce bébé. Une fois que Sylvie est née, j’ai vite déchanté car j’ai découvert que mon mari avait une âme de cavaleur. Un an après, on a divorcé. Vu mon état dépressif et ma tendance à ingurgiter quotidiennement vins et bières en grande quantité, Sylvie a été provisoirement confiée, par la chambre pupillaire, à ses grands-parents paternels. On m’a jugée irresponsable et dangereuse pour mon enfant…
Devant mon impuissance à récupérer Sylvie, j’ai fui en France
J’ai connu la mendicité, vivant comme une clocharde pendant un an. Dans ces conditions difficiles, je me suis toutefois refait une santé! Faute d’argent, je n’avais plus de possibilité de me ravitailler en alcool. La nourriture était devenue ma seule priorité. Quand j’ai retrouvé la force de me battre, j’ai décroché un travail de sommelière à Sion. J’étais complaisante avec les hommes pour arrondir mes fins de mois… Mais j’avais de plus en plus besoin de boire pour accepter leurs attouchements. Mes salaires florissants m’ont toutefois permis de régler en six mois tous les arriérés pour la pension alimentaire de ma fille.
Et puis, j’ai rencontré Pascal en 1997
Une crème d’homme! Mais au bout de deux ans de ce mariage si «confortable», le constat était clair: je buvais comme un trou pour noyer mon ennui. Le vin anesthésiait mes angoisses et me maintenait dans une euphorie artificielle. En peu de temps, je me suis écroulée. Je ne pesais plus que 49 kg, j’avais honte à mourir, je culpabilisais, je ne voyais plus personne, je me sentais comme un déchet. Comas éthyliques et crises de tachycardie à répétition m’ont démantelée. Je n’étais plus capable de tenir trois heures sans avaler de l’alcool. J’ai dit à mon mari que j’avais un «petit» problème d’alcool. Il a répondu «enfin!» Puis il a pris le bottin et cherché les coordonnées des alcooliques anonymes.
J’ai appris avec soulagement que l’alcoolisme était une maladie et qu’il était possible d’en sortir. Déterminée, j’ai suivi avec assiduité les programmes de travail sur soi, les réunions et, pendant un an et demi, je n’ai plus touché la moindre goutte d’alcool. J’étais sauvée! J’avais retrouvé ma joie de vivre et j’étais convaincue qu’il était temps pour moi de renouer avec ma liberté et avec ma fille. Mais en 2002, à peine divorcée, j’ai eu un coup de foudre pour un moniteur d’auto-école. Quand notre histoire a capoté au bout de huit mois, l’alcool a été mon refuge jusqu’à ce que j’accepte une nouvelle fois l’aide des alcooliques anonymes.
«Je suis gravement malade mais je me soigne.»
C’est ce que j’ai dit à Marc la première fois que je l’ai vu! Il m’a accompagnée, encouragée, se révélant un compagnon divertissant mais très indépendant. J’ai recherché ma fille, désormais majeure, et nous nous sommes apprivoisées. Tout semblait rentrer dans l’ordre… Mais un simple dessert à base de Calva a ranimé la flamme alcoolique. J’ai replongé dans mon enfer pendant deux ans. Sans les AA, je pense que je serais morte aujourd’hui. Grâce à eux, j’ai redécroché de l’alcool mais j’ai immédiatement, et sans m’en rendre compte, reporté cette dépendance sur Marc. Je suis devenue complètement accro à cet homme. Il était le centre de mon existence entière. Je me dévouais pour satisfaire le moindre de ses désirs, comme j’avais toujours vu ma mère le faire avec mon père. J’étais d’une soumission totale et d’une dépendance complète.
Au printemps dernier, Marc, étouffé par mon comportement, m’a quittée pour une autre femme
Le sentiment d’abandon, l’humiliation, la trahison m’ont traumatisée à tel point que je ne parvenais plus à m’alimenter, ni même à parler. Dans cet état extrême d’hébétude, j’ai ressenti plus violemment que jamais la menace de l’alcool. Mais pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment eu peur et j’ai appelé «au secours». Entre les AA, des psychothérapeutes, des massages bioénergétiques, des activités sportives, des lectures ciblées et des rencontres, j’ai réussi progressivement à tourner la page sans trop de dommages.
J’ai le sentiment de renaître depuis quelques mois
Je travaille, j’ai des contacts complices avec ma fille, je commence doucement à pardonner à mon père, et puis surtout j’ai transformé ma relation dépendante à Marc en une amitié béton. Je médite beaucoup, je ne bois plus. Je me regarde désormais avec bienveillance, je me fais confiance. Grâce à une hygiène de vie rigoureuse et une autodiscipline de chaque instant, je peux sans conteste dire aujourd’hui que la vie est belle. Et d’ailleurs cela se voit sur mon visage…»
Je buvais comme un trou pour noyer mon ennui.
Le vin anesthésiait mes angoisses et me maintenait dans une euphorie artificielle.

























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