Hommes et femmes sont-ils égaux devant le crime?

Les délits commis par les femmes ont passablement augmenté et les victimes ne sont pas toujours où l’on croit...

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Par Sylviane Pittet

 

 


 

Les délits commis par les femmes ont passablement augmenté et les victimes ne sont pas toujours où l’on croit. Véronique Jaquier et Joëlle Vuille, deux chercheuses en criminologie de l’Université de Lausanne, le démontrent dans un livre qui vient de sortir.

FEMINA On a le sentiment que les hommes sont de plus grands criminels que les femmes.

JOËLLE VUILLE Effectivement, les chiffres montrent que 86% des personnes arrêtées pour délits en Suisse sont de sexe masculin. Du coup, la criminalité féminine a été très peu étudiée. Reste que, selon certains criminologues, il y aurait autant de malfaiteurs chez les femmes que chez les hommes. La gent féminine parviendrait simplement à ne pas se faire pincer parce qu’elle serait experte en matière de manipulation.

N’est-ce pas tiré par les cheveux?

VÉRONIQUE JJAQUIER Bien sûr. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons voulu creuser le sujet.

Il y a, pourtant, des femmes qui tuent, agressent ou volent.

JV Jusqu’à l’adolescence, oui. Les délits masculins et féminins se ressemblent. D’ailleurs les vols à l’étalage et les bagarres entre ados concernent de plus en plus de filles. Ensuite, à l’âge adulte, les délits diffèrent. Les femmes continuent à commettre des escroqueries ou des abus de confiance, elles se distinguent moins dans les actes violents comme des meurtres. Et les récidivent sont peu fréquentes

Certains journaux relatent avec fracas les récits de mères infanticides ou les actes d’infirmières meurtrières…

VJ Contrairement à l’homme qui guette longtemps sa proie avant de passer à l’acte, il y a peu de prédatrices. Les femmes agissent là où elles vivent, là où elles travaillent.

Ces cas terribles restent rares, mais leurs auteures semblent vite stigmatisées…

JV C’est clair. Les meurtrières se voient très vite qualifiées de «monstrueuses» ou «de diaboliques». Il y a une forme de mise à distance de ces actes affreux, comme s’il était inconcevable qu'ils soient commis par des mères de familles, des femmes «normales».

Et cela vous choque?

JV Tout autant que la victimisation systématique du sexe faible! Entre d’un côté les femmes monstres et, de l’autre, les victimes, il y a des nuances, et c’est le pourquoi de notre recherche. Les temps changent et les types de délits également. Ainsi des femmes se voient de plus en plus arrêtées pour des problèmes d’alcool au volant ou de vitesse en voiture. Des fautes jusqu’alors typiquement masculines.

Mais les profils à la «Monster», cette serial killeuse incarnée au cinéma par Charlize Theron, ne courent pas les rues?

VJ Non. En Suisse, on n’a pas trouvé trace de serial killeuse. Peut-être y en a-t-il eu mais elles ont été suffisamment malignes pour passer entre les mailles du filet…

Les temps changent, disiez-vous. Y aura-t-il un jour autant de délinquantes que de délinquants?

VJ Sans doute que non. Hommes et femmes ne gèrent pas pareillement les difficultés de la vie. Contrairement aux hommes, les femmes ont tendance à retourner la violence contre elles.

En matière de violence, la force physique des hommes joue aussi en la défaveur des femmes.

JV Bien sûr. Durant leur vie, elles risquent beaucoup plus d’être violentées que les hommes. Les chiffres suisses de 2003 font état de 6 femmes sur 10 confrontées un jour ou l’autre à un acte brutal.

 

Bio Express

Diplômées en criminologie à l’Université de Lausanne,
Véronique Jaquier et Joëlle Vuille viennent de sortir
Les Femmes: jamais criminelles, toujours victimes?
aux Editions de l’Hèbe.
Elles adorent les romans policiers et «Les Experts Las Vegas», exclusivement.

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