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Sarah, 18 ans, est arrivée du Maroc il y a un an pour rejoindre son père. Depuis, on lui refuse un permis et elle a dû renoncer à la place d’apprentissage qu’elle avait trouvée. Se sentant victime d’une injustice, elle se désespère.
Je suis née en 1991 à Meknès, une ville du Maroc
J’ai étudié là-bas jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire. Mes parents ont divorcé quand je devais avoir 5 ans. Mon père s’est remarié avec une Suissesse et il a quitté le pays. Ma mère nous a abandonnés, mon frère et moi, et ce sont nos grands-parents qui nous ont élevés. Ils étaient gentils avec nous, mais nous ne nous comprenions pas toujours, parce qu’ils sont d’une autre génération. Devenus trop âgés, ils ont dû déménager chez mon oncle. Moi, je ne pouvais pas vivre avec mon oncle, c’était impossible! Nous ne nous entendions pas et, de toute façon, il n’y avait pas de place chez lui pour nous accueillir, moi et mon frère, vu qu’il avait déjà quatre enfants. Et puis, il voulait contrôler comment je m’habillais, m’interdire d’avoir un petit copain, m’empêcher de sortir… Curieusement, il n’était pas aussi intransigeant avec ses propres enfants. Je ne voulais pas le laisser diriger ma vie, j’allais sur mes dix-huit ans et il n’était pas mon père! Je souhaitais vivre avec mon papa. A l’âge de seize ans déjà, j’ai fait des demandes à l’Etat suisse, pour un regroupement familial. Mais les mois ont passé sans qu’on me l’accorde. J’ai l’impression que la Suisse voulait gagner du temps pour m’empêcher de venir. Quand la situation est devenue trop tendue avec mon oncle, j’ai décidé de rejoindre mon père coûte que coûte, sans même lui en demander la permission.
Mon oncle a accepté de m’emmener en Suisse
Je n’ai rien dit à personne de mon projet de voyage. C’était un secret. Ce qui était très dur, c’est que je n’ai pas pu faire mes adieux aux amis et aux gens que j’aime. J’ai pris un petit sac contenant seulement quelques vêtements. Aucune photo, aucun souvenir. Heureusement, plus tard, mon père est redescendu faire un voyage au Maroc et m’a ramené mes albums. C’était la première fois que je quittais le pays. Je suis venue en voiture et à la frontière, je suis restée cachée à l’intérieur. J’avais très peur. Arrivée en Suisse, je suis allée sonner à la porte de mon père. Il était très surpris, et mécontent, mais nous avons eu une discussion et il a compris mon point de vue. Il est au bénéfice d’un permis C, marié depuis six ans avec une Suissesse, et il a un travail: il s’occupe de l’emballage de la viande pour les magasins. Quant à mon frère, lui non plus n’a pas supporté de rester avec mon oncle, il nous a rejoints lors d’un second voyage. Il a 17 ans aujourd’hui et il se retrouve dans la même situation que moi. Mais, au moins, nous vivons tous ensemble.
Cela fait deux moi que mon père et ma belle-mère se sont séparés
Elle a décidé de partir habiter seule. Je ne sais pas pourquoi, peut-être à cause de nous, parce que nous sommes venus vivre à la maison. Pourtant, elle est gentille avec nous. Cela fait maintenant une année et trois mois que je suis là. J’avais appris le français à l’école, au Maroc, mais je l’ai perfectionné ici, à l’Opti (l’office vaudois de perfectionnement scolaire, de transition et d’insertion, ndlr). Au bout d’un an, j’ai obtenu un certificat. Mais on me fait tout le temps sentir que je suis étrangère, que je n’ai pas de permis. Je croyais que ma vie serait plus facile qu’avant, mais ce n’est pas le cas. Pourtant, je ne regrette pas d’être venue, c’était le bon choix.
Je suis scandalisée qu’on nous refuse un permis, mais qu’on l’octroie à des gens qui profitent du système. Nous nous sommes déclarés dès que nous sommes arrivés sur le territoire suisse. Nous n’avons pas travaillé au noir. Nous avons joué franc-jeu, et pourtant je n’ai reçu qu’une autorisation de séjour, aucun permis. Par conséquent, je ne peux ni gagner ma vie, ni faire de formation. Je n’ai aucune perspective. C’est comme si on voulait me pousser à bout. L’an passé, j’avais pourtant trouvé une place d’apprentissage à la Coop, mais je n’ai pas pu y aller, faute de permis. Des amies qui sont dans le même cas de figure ont commencé le gymnase. Moi, je n’ai pas envie parce que j’ai toujours souhaité travailler dans la santé. Cette année, je peux encore rester à l’Opti. Mais après, je ne sais pas quoi faire.
Je vais aux cours de 8 heures 30 à 17 heures
Puis je rentre chez moi. Je m’ennuie parce que je n’ai pas les moyens de sortir et de voir des amis. J’étudie et je vais sur MSN (service de messagerie via internet, ndlr). Parfois, rarement, des copines viennent à la maison. J’avais un petit copain récemment, mais plus maintenant. Pour m’aider, j’écoute de la musique. Je suis fan d’Enrique Iglesias… Je pleure un bon coup et puis j’arrête. De toute façon, personne ne m’entend, personne ne m’écoute. Je pourrais me confier à mon père, mais je n’y tiens pas, parce que je ne veux pas le gêner. Nous lui causons déjà assez de soucis. Il essaie de nous changer les idées, de faire des promenades, des pique-niques ou de la luge. Mais, à la fin, c’est la même chose: on vit toujours ce qu’on vit.
Je progresse pour m’intégrer, pour faire une formation, trouver du travail
Pour moi et pour la Suisse. Mais mes efforts ne sont pas reconnus. S’il y avait une autre alternative, je serai restée au Maroc. Mais je n’avais pas le choix, si je ne voulais pas vivre sous la coupe de mon oncle. J’ai un sentiment d’injustice. Je connais des gens à qui on a donné un permis B rapidement. Pourquoi? Alors qu’ils ne sont même pas intéressés à faire un apprentissage. Si je rentre chez moi, où est-ce que je vivrai et avec qui? Dans la rue? Je n’ose même pas l’imaginer.
Je crois en Dieu, je suis musulmane mais je ne porte pas le voile. Je prie parfois et je fais le ramadan. Ce n’est pas parce que je suis musulmane que je suis une mauvaise personne. Je vous veux du bien et j’ai de bonnes intentions. Construire des minarets ici, je ne suis ni pour ni contre, nous sommes en Suisse et nous faisons ce que les Suisses décident. Tant qu’il y a un lieu pour prier… Mais je ne veux pas qu’on associe l’islam aux extrémistes. Est-ce que c’est à cause de ma religion qu’on me refuse l’entrée? Je ne comprends vraiment pas pourquoi on m’empêche d’avoir une vie.
Quand la situation est devenue trop tendue avec mon oncle, j’ai décidé de rejoindre mon père en Suisse
coûte que coûte, sans même lui en demander la permission.
























1 commentaire
bonjour moi c'est druid jeune ivoirien de 18ans.je fait des recherches depuis quelques mois sur internet pour pouvoir avoir une famille d'aceuil en suisse.je veut m'y rendre mais je n'est pas de parent vivant la bas alors je ne sait pas coment faire et j'aimerais solicité votre aide.
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