«Comment je suis devenue fan absolue de Mylène Farmer»

Pour Béatrice, 23 ans, la musique de la chanteuse a été sa thérapie. A la limite d’une passion dévorante...

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Par Julien Burri

 

Pour Béatrice, 23 ans, la musique de la chanteuse a été sa thérapie. A la limite d’une passion dévorante, elle a passé des jours à l’attendre devant son domicile.

 

La première fois que j’ai entendu une chanson de Mylène Farmer, je devais avoir 12 ans. Ma grande sœur l’écoutait et ça m’énervait, je trouvais ça nul. Mais pour Noël, je lui ai offert un CD. J’ai commencé à le lui piquer et à écouter la chanteuse avec un plaisir grandissant. Au même moment, je suis tombée sur une interview où elle confiait devoir lutter contre un mal de vivre récurrent. Ça m’a beaucoup touchée. Sa tournée passait justement par la Suisse: j’ai voulu aller la voir de mes propres yeux. C’était le soir du 9 décembre 1999, je m’en souviendrai toute ma vie. Dès la première note, je me suis mise à pleurer.

En février 2000, j’ai revu son show à Lausanne

J’avais acheté une peluche pour elle. J’avais dormi toute la semaine en la serrant contre moi et je l’ai lancée sur scène, à la fin du spectacle. Mylène l’a ramassée et a joué avec. J’avais mis un mot dessus pour lui dire tout ce que je ressentais. Entre-temps, j’ai acheté tous ses CD. Je les alignais dans mon lit et je dormais à côté. J’avais l’impression qu’elle faisait partie de moi. J’étais fière d’être fan, même si cette obsession était pénible pour mes proches. Mes parents s’inquiétaient. Pourtant, sa musique a été ma thérapie, une catharsis pour mes angoisses. Elle a été à l’origine de la prise de conscience et de l’acceptation de mon homosexualité. Mylène, en somme, c’est mon premier amour.  Dans ma tête, je lui parlais. Je lui écrivais tous les soirs pour lui dire que je l’aimais, lui raconter mes peines. Je ne lui envoyais pas mes messages, mais j’avais un rêve: la rencontrer…

J’ai tout fait pour découvrir son vrai nom et savoir où elle habitait

Heureusement, j’ai rencontré d’autres fans et l’un d’eux m’a donné la bonne adresse. A seize ans, sur le Net, sur un chat consacré à la chanteuse, j’ai aussi fait la connaissance de Marie, une Parisienne qui est devenue ma première petite copine. Je suis allée la voir à Paris et ensemble, nous nous sommes rendues à l’adresse que je gardais précieusement. C’était près du Palais de Tokyo, pas loin des Champs-Elysées. Une vingtaine de fans faisaient le pied de grue au bas de la rue. Avec Marie, nous les avons rejoints. Nous avons commencé à y aller très souvent. Entre fans, on se connaissait tous, on se tolérait. Certains sont devenus des amis. Parfois, nous attendions huit heures de suite. Le matin, on voyait sortir d’une cour intérieure une Mercedes aux vitres teintées. Même chose le soir, en sens inverse. Mylène passait la journée à travailler dans ses bureaux, pour gérer ses affaires, c’est une femme d’affaires si on veut. Elle avait des horaires réguliers, mais parfois, elle rentrait plus tôt. Si on partait quelques minutes aux toilettes, on risquait de rater son passage. C’était le stress! Même si on la voyait peu, Mylène envoyait son chauffeur pour les autographes et pour récolter nos cadeaux. Elle était reconnaissante, savait nous récompenser pour ne pas trop nous décevoir. Le risque de dérapage existait. En 1991, un fan frustré s’était rendu au siège de sa maison de disques et avait tué un réceptionniste.

J’allais à Paris tous les mois ou presque

On essayait de ne pas être trop envahissants, de respecter un minimum son intimité. Par exemple, nous ne sommes jamais rentrées dans l’immeuble, alors que d’autres fans ne se gênaient pas de l’attendre devant sa porte. Un soir, une groupie plus âgée a fait une crise d’hystérie. Lorsque la voiture est arrivée, elle s’est précipitée devant le capot et a insulté la chanteuse. Son amour avait viré à la haine. Deux hommes, le chauffeur et le pygmalion de Mylène, Laurent Boutonnat, sont sortis pour la calmer. Le lendemain, avec Marie, nous avions peur que la chanteuse nous associe à cette fille. Nous lui avons écrit un mot pour lui expliquer que nous étions désolées de cette agression. Nous l’avons collé sur un bouquet de roses transmis au chauffeur.

Plus tard, Mylène est sortie et nous a fait signe d’approcher

J’ai couru vers elle. Elle était habillée de blanc, sa peau très bronzée sentait la noix de coco. C’est étonnant, elle qui cultive la pâleur dans ses clips! Je l’ai trouvée encore plus belle en vrai. Elle m’a remerciée pour ma lettre. J’ai fondu en larmes. Elle essayait de me calmer en me caressant la main. Je lui ai dit qu’elle était très belle. Elle m’a répondu «Vous aussi», mais je pense que c’était par politesse. Le temps s’est arrêté. Elle me demandait de ne plus pleurer, et moi j’étais si étonnée de sentir qu’elle avait les mains chaudes. Elle était faite de chair et de sang! Je la vénérais tellement que j’avais oublié qu’elle était humaine. Je l’ai revue plusieurs fois. Le jour de son anniversaire, elle est sortie sur le pas de la porte. Nous étions une quinzaine. Pendant un quart d’heure j’ai pu manger des yeux les grains de beauté, les taches de rousseur de sa nuque.

Ma passion dévorante laissait peu de place pour une vraie relation

Même Marie était jalouse. Cet amour inconditionnel était difficile à comprendre. Il s’est atténué avec l’âge et j’ai arrêté de me rendre au domicile de la star. D’ailleurs, elle a déménagé et elle est devenue beaucoup moins accessible. Aujourd’hui, à 23 ans, j’ai pris du recul et j’ai une vie épanouie avec ma copine actuelle. Mais il y a quelques semaines, lorsque j’ai assisté à deux concerts de sa nouvelle tournée, j’ai été rattrapée par ma passion.

Un show de Mylène, c’est une expérience prenante

La prestation scénique est impressionnante, et même quelqu’un qui n’aime pas la chanteuse sera conquis. On dirait une déesse. Le dernier concert thématise beaucoup la mort. Depuis que je l’ai vu, j’ai peur que Mylène ne meure. Elle paraît fragile. C’est comme si elle nous préparait à sa disparition, à la nôtre. J’ai eu beaucoup de plaisir, mais aussi une grande tristesse, après coup. Mon fanatisme profond a été réveillé. Le concert me replonge dans l’attente. A Genève, je ferai tout pour être aux premières loges, le 4 septembre prochain.»

 

J’étais fière d’être fan même si cette obsession était pénible pour mes proches.
Mes parents s’inquiétaient.

 

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