Dossiers

Contrainte à prendre sa préretraite, Françoise commence une nouvelle vie. Ou comment l’optimisme et la générosité peuvent transformer les accidents de parcours de l’existence en nouvelles chances.
Je suis très attachée à l’entreprise qui m’emploie
En trente- huit ans, j’y ai exercé plusieurs métiers. De la saisie de texte, de la mise en page, je suis passée par le service salaires et, depuis cinq ans, je m’occupe de la réception où je suis très heureuse. Grâce à cette fonction, j’ai rencontré des gens de tous horizons avec qui j’ai souvent noué des relations très privilégiées. Le seul fait de les accueillir avec un sourire ou d’en appeler certains par leur prénom finit par dérider les plus bougons! La bonne humeur est communicative. Si on regarde les gens sous leur meilleur jour, on est sûr de susciter la réciprocité.
Lorsque j’ai appris que le bâtiment où je travaillais avait été vendu, j’ai tout de suite pensé qu’on allait me proposer de partir. Je venais d’avoir 61 ans. J’étais tranquille jusqu’au déménagement, mais étant donné que dans la nouvelle construction, il n’y avait plus de réception, j’étais sûre que je n’en serais pas! J’en ai parlé à ma responsable qui m’a rassurée. Rien n’était encore décidé. Mais quand elle m’a convoquée, quelques mois plus tard, je savais que l’heure était venue. Et, je l’avoue, cela a été un petit choc.
Mais j’ai très vite réagi
Je suis en bonne santé, je continuerai à toucher 70% de mon dernier salaire, je pourrai même me trouver une nouvelle activité. En 2008, j’avais commencé, avec mon amie Patricia, à suivre des cours de massage. Pour en avoir moi-même ressenti les bienfaits dans les moments difficiles, je sais à quel point le massage peut avoir des vertus reconstituantes et apaisantes. A ce moment-là, il ne s’agissait pas d’en faire un métier, je n’avais donc pas passé les examens. Je voulais juste faire du bien autour de moi. Mes petits-enfants, par exemple, adorent ça, surtout les plus jeunes. Mais une fois que ma préretraite me fut annoncée, je me suis dit qu’après tout cela pouvait devenir une nouvelle activité professionnelle. En quelques mois, j’ai passé deux épreuves. Mes spécialités sont les massages pour la détente du corps, le reiki, ainsi que le massage métamorphique qui agit de manière globale sur la personne parce qu’il remonte à l’être profond, jusqu’à l’histoire intra-utérine. Il est étonnant de voir comment on arrive à débloquer certaines choses très enfouies!
Mais je crois beaucoup au massage assis, en particulier en entreprise
Il se pratique sur le lieu de travail, par-dessus les vêtements. Je lui prédis un bel avenir, d’ailleurs j’ai déjà fait des offres à mon employeur actuel. Ce serait formidable qu’une ou deux fois par mois la société puisse mettre une salle à notre disposition et accepte d’«offrir» le temps du massage (une demi-heure maximum) à l’employé(e) qui prendrait en charge le coût du traitement. L’idéal serait deux fois par mois, c’est la fréquence nécessaire pour obtenir un vrai bénéfice. Je suis aussi en train d’aménager une pièce chez moi pour pratiquer des massages, cela à des tarifs très abordables afin de permettre à un maxi um de personnes d’avoir accès à ce soin. Ce qui est formidable, avec le reiki ou le massage métamorphique, c’est qu’on ne peut faire que du bien. Il n’y a aucun risque de se blesser. Au contraire, ils contribuent non seulement à produire de l’énergie mais aussi à libérer les émotions. Fatiguant de masser? Non. Il suffit de s’aider du poids du corps. Et en pratiquant le reiki, on se fait du bien à soi-même.
Pas un instant, en apprenant ma mise en préretraite, je n’ai éprouvé de révolte
Peut-être les choses auraient-elles été différentes si j’avais été remplacée. Mais dans ce cas, c’était différent: la réception ferme, donc la réceptionniste s’en va. Ce n’est pas une remise en cause de mon travail, on me l’a bien dit. En plus, je sens tellement d’affection autour de moi. De la part de mon ami, de mes frères, de mes deux fils, de mes petits-enfants. De mes amies aussi. D’ailleurs l’une d’elles, qui suit le cours de gym que je donne depuis vingt ans à Villars-Sainte-Croix, m’a proposé un local en échange d’un massage. Cette solidarité féminine épate mon compagnon qui trouve cela formidable.
Si je suis toujours aussi positive?
C’est selon les moments. Quand j’avais 18 ans, je voyais la vie comme un joli livre rose. Ce n’est qu’après qu’on réalise que ce n’est pas le cas, mais qu’il faut savoir saisir des chances qui ne se présenteront qu’une seule fois. Je crois au destin, au chemin déjà écrit, mais ce chemin n’est pas tout droit. A nous d’en faire quelque chose. J’ai vécu des épisodes douloureux bien sûr, mais je m’en suis toujours sortie. Le fait d’être croyante m’a beaucoup aidée. Dans ma famille, j’ai eu la chance d’être la seule fille avec quatre garçons et je sais qu’il y a toujours quelqu’un de présent quand ça ne va pas. J’ai un job qui me plaît, de vraies amies, quatre petits-enfants. Et même si j’ai eu ma part de gros chagrins, je m’estime privilégiée. C’est aussi pour cela que j’ai envie de restituer du bien-être autour de moi. Quinze minutes de massage assis, c’est aussi quinze minutes d’écoute, du temps qu’on passe avec une personne dont le mal de dos a souvent une signification. J’ai aussi pensé à dispenser un cours à des personnes du troisième âge, mais je ne me sens pas encore prête. J’ai un contact magnifique avec les enfants et les jeunes. Parfois, et je le regrette, c’est plus difficile avec les personnes âgées. Et puis j’aimerais aussi partir trois mois pour apprendre l’anglais. Mais cela sera peut-être pour quand je serai toute vieille…
Je suis en bonne santé
Cela aide. Je pratique le Nordic walking . Le week-end dernier, j’ai fait une marche de 12 km dans les vignes. C’était superbe. J’étais avec l’une de mes meilleures amies, plus jeune que mes deux fils. Mon âge ne m’interdit rien. Pour mes 60 ans, j’ai sauté en parachute: une chute libre de 2000 mètres. Ce fut un moment inoubliable. La sensation est indescriptible. J’ai aussi adhéré à Facebook. J’écris le strict minimum, je ne m’étale pas, mais cela m’amuse d’y retrouver mes petits-neveux et nièces, mes petits-enfants. Tout cela constitue des petits plaisirs qui font le plus de la vie.
«J’ai de la chance: si je tombe il y aura toujours quelqu’un pour me relever.»












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