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Joëlle quitte sa vie lausannoise pour s’engager dans une quête spirituelle en Inde et, là-bas, se voit présenter un mari… Depuis lors, elle vit à Delhi avec celui-ci, dans le même appartement que ses beaux-parents.
Il y a bientôt quatre ans, j’ai quitté la Suisse pour recommencer ma vie. Je voulais devenir quelqu’un que je pourrais enfin aimer. La pratique de la méditation m’a aidée. Depuis longtemps avant ma naissance, mes parents suivent un maître spirituel indien. Pas forcément intéressée à les suivre dans cette voie, j’ai cependant toujours ressenti beaucoup d’affection pour le «Maître».
J’ai vécu mon adolescence et ma jeunesse à Lausanne comme n’importe qui
Les sorties, les amis, les rencontres et, très vite, le besoin de trouver quelqu’un, un partenaire pour ne pas me sentir seule… J’étais complètement investie dans cette manière de vivre. J’avais un appartement, un travail de vendeuse, un copain après l’autre et un agenda toujours minutieusement rempli. L’idée de me retrouver avec un vide dans mon emploi du temps m’angoissait. J’étais très active, très fofolle, très dans le vent et très appréciée par ceux que je rencontrais. Toujours dans une attitude de séduction, je faisais tout pour plaire, pour me sentir aimée et me sentir vivre. Je passais ainsi d’un partenaire à un autre. A chaque histoire terminée, mon cœur se brisait et se fermait un peu plus. J’ai fini par tomber sur un garçon avec lequel j’ai vécu une relation de deux ans et demi. Il y avait plein de passion et d’émotions extrêmes. On était dépendant l’un de l’autre, fusionnels. Sur mon petit nuage, je ne me rendais pas compte que je ne vivais qu’à travers lui.
Durant un voyage en Inde avec mon père, j’ai eu l’occasion de suivre le «Maître» et un déclic s’est produit en moi. J’ai soudain eu le besoin de méditer, même à mon retour à Lausanne. J’avais alors 21 ans et j’étais tout à fait heureuse avec mon partenaire qui ne se sentait pas dérangé par ma pratique. Mais les mois passant, je changeais, je m’intériorisais, je devenais plus posée, moins explosive, moins excitée. Cela a fini par inquiéter mon ami qui s’est peu à peu distancé de moi. On se comprenait moins, mais on conservait une relation dépendante et passionnelle. Lorsqu’on a décidé de se quitter cela a été terrible pour moi. Une épreuve douloureuse. J’étais anéantie et en même temps tiraillée par tous ces changements en moi. D’un côté, je savais que si je poursuivais cette relation, je m’enfoncerais de plus en plus dans une vie qui ne correspondait pas à ce qu’il y a en moi. De l’autre, j’avais une peur terrible de perdre cette relation. Je vivais un déchirement. Je ne me suis jamais sentie si mal, mon cœur était en ruine. Tout ce sur quoi ma vie reposait s’écroulait. J’étais démolie.
Mais devant cette ruine, j’avais au fond de moi un espoir
C’était une sorte de sentiment que se cachait là une opportunité en or pour balayer tout ça et recommencer à zéro sur de nouvelles bases. Je me suis raccrochée à mon «Maître» et à la pratique de la méditation. Je lisais beaucoup, je me suis carrément coupée du monde. Mon quotidien se résumait à mon «Maître», la méditation, mon travail dans un magasin d’objets précieux, rien d’autre. Je ressentais une si grande fragilité. J’ai dû me protéger pour me forger à l’intérieur. Cela a duré deux?ans avant que je sente que mon passé avait été nettoyé et que je m’en étais libérée. J’ai alors discerné comme une force grandissante en moi, indépendante de quoi que ce soit à l’extérieur.
Le «Maître» était en tournée en Europe, et je lui ai demandé si je pouvais voyager avec lui. Il a accepté. J’ai donc tout quitté et suis partie en Inde le 4 juillet 2006. A mon arrivée, mon «Maître» m’a demandé si je voulais me marier avec un Indien. Je lui ai répondu: «Pourquoi pas?» J’avais confiance en lui, et son enseignement m’avait été d’une si grande aide durant la période que je venais de traverser que je n’aurais pas eu l’idée de m’opposer à sa suggestion. Le 19 juillet, il m’annonce que je vais faire la connaissance d’un garçon l’après-midi.
On s’est rencontré, on s’est serré la main
Il était accompagné de sa sœur et de ses parents, moi de mon père. On était là, deux parfaits inconnus, avec notre «Maître» à tous les deux, à boire le thé. On se voyait pour la première fois de notre vie, mais on savait que l’on allait devenir mari et femme. C’était très particulier, surtout pour moi et ma mentalité occidentale, mais très excitant. J’étais prête, tranquille, abandonnée, je ne me sentais pas irresponsable, prise d’un coup de tête ou de je-ne-sais-quoi. La situation me semblait simple et juste, dans l’ordre des choses. C’était cadeau.
Deux semaines plus tard, j’étais mariée
J’ai débarqué à Delhi pour vivre avec lui et ses parents, comme c’est la coutume. Autant dire d’emblée que leur mode de vie est radicalement différent de celui que j’avais connu jusque-là. Mais j’étais ouverte à cette nouvelle vie. Et motivée par le souhait d’accomplir quelque chose dans ma vie. J’avais 23 ans.
Depuis, la vie suit son cours, pleine de riches expériences, intenses, instructives. J’apprends énormément. Ce mariage suggéré par notre «Maître» m’a donné un sentiment de sécurité que je n’avais jamais éprouvé. Rien à voir avec ce que me procuraient mes relations amoureuses d’avant. Mon union avec mon mari ne s’est pas construite sur une attirance pour l’autre, sur une dépendance affective ou sur des choses qui peuvent changer et s’atténuer avec le temps. Nous sommes unis dans un mariage que je qualifierais de sacré. Nous allons vers un même but, vers un idéal de vie qui passe par la foi en notre «Maître» spirituel, vers quelque chose de divin, même si cette notion fait peur en Occident. Chaque jour, je me rends compte à quel point cela rend notre couple solide.
Nous menons une vie de couple normal
Il y a de l’affection, du partage. On traverse des difficultés comme tout le monde, mais on essaie de vivre en harmonie mon mari, notre fils de 2 ans et mes beaux-parents. Je peux dire aujourd’hui que je me sens en paix, heureuse et confiante avec ce sentiment réconfortant d’avoir donné un sens à ma vie. Sans mon «Maître», je n’y serais jamais arrivée.»
Cela a duré deux ans avant que je sente que mon passé avait été nettoyé et que je m’en étais libérée. J’ai alors discerné comme une force grandissante en moi, indépendante de quoi que ce soit à l’extérieur.
























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