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Sandra a découvert l’homosexualité de son père après le divorce de ses parents. Sans surprise, car elle s’en doutait depuis toujours. Mais lui continue à nier.
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Le 27 juillet, incognito par respect pour son père et sa famille. |
Dans ma famille tout le monde sait que mon père est gay
D’ailleurs, tout le monde l’accepte très bien, même ses parents. Malgré cela, personne n’en parle. Je suis originaire d’un petit village où l’homosexualité est encore taboue. Cela fait plus de dix ans que ma sœur et moi sommes convaincues que notre père préfère les hommes. Mais, après avoir essayé par tous les moyens de le lui faire avouer, nous avons finalement baissé les bras.
Enfant, je n’ai jamais vu mes parents s’embrasser passionnément. Ils étaient les meilleurs amis du monde, mais n’avaient rien d’un couple amoureux. Ce n’est qu’à l’adolescence, lorsque j’ai vécu mes premières expériences sentimentales, que l’idée que mon père pouvait être homo a commencé à germer en moi. Je n’étais pas vraiment choquée. A vrai dire, c’était comme si je l’avais toujours su au plus profond de moi. Des années plus tard, mes parents divorçaient. Et, même à la suite de cette rupture, rien n’a filtré. Mon père et ma mère nous ont simplement annoncé qu’ils n’étaient plus amoureux, mais qu’ils resteraient bons amis.
Plutôt bel homme, mon père a toujours plu aux femmes
Il en profitait d’ailleurs pour nous faire croire qu’il avait des relations avec certaines d’entre elles. Ma sœur et moi n’avons jamais été dupes. Je ne peux pas expliquer ce sentiment rationnellement, mais cela sonnait faux. Un jour, environ trois ans après le divorce, un homme est apparu dans l’entourage de mon père. Tout d’un coup, il nous en parlait sans cesse comme s’il avait toujours fait partie de ses amis, alors qu’on ne l’avait jamais vu auparavant. Ils voyageaient souvent ensemble. J’avais surpris des regards de tendresse entre eux qui ne trompent pas. Pour moi, c’était une évidence: papa était bel et bien gay! Du coup, notre mission de filles était de trouver des pistes susceptibles de lui faire avouer. Bien que mon père soit ouvert à toute discussion, en ce qui concerne sa vie sentimentale, il reste muet. Têtue, j’ai usé de toutes sortes de techniques pour l’inviter à parler. J’ai abordé le sujet en évoquant mes amis gays, mais rien n’y a fait. Puis mon père a eu un autre «meilleur ami». Avec ma sœur, nous accumulions les preuves qui alimentaient nos convictions. Au fond de moi, j’étais blessée qu’il me cache son homosexualité, à moi qui avais toujours été sa confidente. Cela m’agaçait qu’il ne me fasse pas confiance. Je voulais qu’il me le dise en face, qu’il assume. D’autant que mon père sait pertinemment que je suis très tolérante sur la question et que j’aurais accepté cet état de choses sans problème.
Un jour, ma sœur a découvert des messages explicites sur le portable de mon père
Elle m’a téléphoné, hystérique: «Ça y est, cette fois-ci, on a une preuve concrète que papa est gay!» Elle s’est empressée de dire à notre père, en plaisantant, qu’il pouvait au moins effacer ses messages d’amour s’il ne voulait pas être démasqué. Même là, papa a nié, affirmant que ce n’était pas lui. Evidemment qu’il sait qu’on sait!
Une fois, j’ai débarqué à l’improviste chez lui
Il n’était pas à la maison. En revanche, son copain était là, en train de lire dans son lit… Le même soir, nous sommes allées dîner chez lui et, comme par miracle, les affaires de son compagnon avaient été déplacées dans la chambre d’ami. Cerise sur le gâteau: le lit avait été défait. La situation était assez comique. On n’a pas trop insisté pour ne pas le gêner plus qu’il ne l’était. L’année dernière, nous sommes partis passer un week-end en famille au Tessin chez l’ami de mon père. En nous faisant visiter la maison, papa nous a montré la chambre des invités, en insistant sur le fait que c’était là qu’il dormait. Comment ne pas rigoler face à sa mauvaise foi? Surtout que son mec, on l’adore. Nous avons une relation que je qualifierais de filiale, un lien étroit que nous n’avons avec aucun autre de ses proches.
Le plus drôle, c’est que le «meilleur ami» de mon père est invité aux fêtes de famille. Tout le monde l’apprécie beaucoup. Même mes grands-parents. Les membres de ma famille se voilent la face, tout en sachant pertinemment qu’ils sont en couple. Personne n’ose en parler ouvertement, personne ne pose de questions. On a l’impression qu’il ne faut pas prononcer le mot. C’est assez étrange comme situation. Mais c’est certainement une question de culture. A l’époque, l’homosexualité était taboue dans les petits villages reculés de Suisse. Mon père a grandi avec ces a priori et il n’arrive pas à passer outre.
Mes sentiments face à cette situation sont pour le moins partagés
D’un côté, je suis contente que mon père ait refoulé son homosexualité, sinon je ne serais pas là et ma sœur non plus. Et, d’un autre côté, je suis triste, car cela doit être pénible de vivre avec un si grand secret, de devoir toujours mentir, alors que mon père est quelqu’un de franc. Il a tout de même été marié durant vingt ans! Je pense qu’il a dû être soulagé de divorcer.
Mes parents sont restés de bons amis malgré leur rupture. Je pense que ma mère aussi a toujours su au plus profond d’elle- même que son ex-mari était gay. Mais elle n’en parle pas non plus. Pour ma part, dès que je n’ai plus eu de doutes quant à l’homosexualité de mon père, je me suis sentie apaisée, rassurée aussi. Je réalisais que, si ça n’avait pas marché entre mes parents, ce n’était pas parce qu’ils ne s’aimaient plus, mais simplement à cause d’un problème d’orientation sexuelle. Cette réflexion faite, j’étais presque fière d’avoir un papa différent.
Encore aujourd’hui, mon père continue à nier
Et on a fini par respecter son choix de vouloir cacher son homosexualité plutôt que de l’afficher au grand jour. J’ai finalement compris et accepté sa démarche, car, s’il en parlait, cela ferait l’effet d’une bombe. Ce qui compte avant tout, c’est qu’il soit heureux. D’ailleurs, il l’est bien plus que lorsqu’il était marié. Son homosexualité, il la vit ouvertement quand il est à l’étranger, mais en famille il tient à la garder secrète. Par respect pour mon père, je n’en ai jamais parlé à mes amis d’enfance et je n’en parle pas non plus à mon entourage actuel. A part mon copain et une ou deux copines qui ne le connaissent pas, personne ne sait que mon papa est gay. Et cela ne me pose plus de problème.»
Têtue, j’ai usé de toutes sortes de techniques pour inviter mon père à parler. J’ai abordé le sujet en évoquant mes amis gays, mais rien n’y a fait.















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