«Mon mari m’a quittée, et j’ai réinventé ma vie»

Après vingt ans d’un mariage sans nuages, à 46 ans, Nicole, femme au foyer valaisanne et mère de quatre ados, se retrouve seule. Malgré son chagrin...

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Par Joëlle Anzévui / Photo: Sedrik Nemeth, www.sedriknemeth.ch

1 août 2010 à Monthey, Nicole et son complice.

Après vingt ans d’un mariage sans nuages, à 46 ans, Nicole, femme au foyer valaisanne et mère de quatre ados, se retrouve seule. Malgré son chagrin, elle prend sa vie en main. Et en sort gagnante.

 

Entre Fabien et moi, cela se passait plutôt bien

Nous partagions tout. Les tensions entre lui et nos quatre fils âgés de 20, 19, 17 et 16 ans étaient toutefois tellement récurrentes que je n’ai pas été surprise d’entendre Fabien me dire un soir de janvier 2009: «Je vais prendre l’air»! Mais il n’est pas rentré de la nuit. Nous habitions un petit hameau au-dessus de vergers d’abricots en Valais, la route était scabreuse et je me suis réellement inquiétée pour lui. Quand il est arrivé à la maison le lendemain soir, un soupçon m’a traversé l’esprit: avait-il quelqu’un d’autre dans sa vie? Sa réponse négative m’a rassurée et j’ai fait des efforts pour être plus attentive au climat général de notre famille. Un mois plus tard, lors d’un petit souper en amoureux, je lui ai fait part de mes inquiétudes par rapport à notre couple. On s’éloignait l’un de l’autre. L’alcool aidant, il m’a avoué sa liaison. «Je ne sais pas quoi faire, m’a-t-il dit, vous êtes à 50/50 dans ma vie.» Le monde s’est écroulé sous mes pieds, je voulais tout savoir de mon adversaire, de mon ennemie. Mais il est resté discret. Et je n’ai pas eu de réponses aux nombreuses questions qui me rongeaient.

A Pâques, les tensions entre mon mari et nos garçons ont grimpé d’un cran

Une franche discussion de couple s’imposait. J’étais toujours prête à lui pardonner mais je voulais éclaircir la situation. La sentence est brutalement tombée: «Il n’y a plus d’amour entre nous, c’est pas ça la vie, je m’en vais!» Il s’est levé et il est parti à pied. Comme si j’avais été soudain happée par un tsunami, je n’arrivais plus à respirer. Mes idées se bousculaient dans ma tête: dois-je me battre pour lui? c’est fini? qu’est-ce que je veux? suis-je encore amoureuse? Une seule certitude: oui, j’aimais mon mari et je voulais le garder! C’est ce que je répétais inlassablement à ma meilleure amie, en pleurant au  téléphone. Elle est aussitôt venue me chercher. J’ai contacté Fabien pour lui expliquer que, moi aussi, j’avais besoin de partir prendre l’air. Et qu’il devait, de son côté, parler aux enfants. Mais face à l’avalanche de SMS des enfants déboussolés, je suis revenue au bout de deux jours. Fabien m’attendait, il se voulait rassurant: «Ne t’inquiète pas. Financièrement, tu ne manqueras de rien. Prends ton temps pour retrouver du boulot.» Il m’a promis de me verser suffisamment d’argent par mois. Dans les faits, j’allais très vite comprendre ce que signifie «la boule au ventre»… quand les factures s’accumulent.

Il est parti et je suis restée avec mes enfants, aussi désemparés que moi

Mes amies m’ont conseillé de prendre un avocat. Fabien qui mettait tout en œuvre pour me convaincre des avantages d’une séparation à l’amiable, n’a pas apprécié cette décision. Le ton a changé entre nous. Au bout d’un mois, il devenait, à l’entendre, urgentissime que je trouve du travail. J’étais bien titulaire d’un CFC d’infirmière assistante, mais cela faisait douze ans que je n’avais plus travaillé. Gérer du jour au lendemain quatre ados, un budget et mon chagrin d’amour me laissait sans forces. Je n’avais jamais vécu seule, j’étais bombardée de conseils, d’informations, de sentiments contradictoires... Mais j’ai soudain réalisé que je n’avais pas le droit, pour mes enfants, de baisser les bras. Je devais accepter cette situation pour avancer. Du jour au lendemain, je suis passée d’un état passif et larmoyant à un statut de guerrière pleine d’énergie et de ressources!

Je me suis inscrite au chômage le 16 juin

Et c’est en envoyant des CV que j’ai réalisé que mon diplôme était obsolète et que des remises à niveau étaient indispensables. Je me suis intéressée à une formation de maîtresse socioprofessionnelle et, pour bien comprendre les enjeux de ce métier, j’ai contacté une institution cantonale de jeunes adultes handicapés. J’ai obtenu un stage de deux semaines. Le travail en atelier m’a passionnée et je me suis proposée comme remplaçante. Le directeur de cette institution a favorablement accueilli ma demande, et j’ai aussitôt signé un contrat pour des remplacements en atelier et dans le secteur des soins. Sur le chemin de la maison, ce jour-là, je chantais à tue-tête. J’étais fière de moi, heureuse d’avoir décroché un job toute seule. Le soir même, je dansais carrément dans ma cuisine car le responsable d’atelier m’avait déjà appelée pour un premier remplacement. L’idée de déménager pour me rapprocher de mon travail s’est naturellement imposée.

Sur internet, j’ai déniché l’appartement de mes rêves!

Le chômage n’avait pas statué sur mon cas, je n’avais pas encore signé de convention de séparation, je ne connaissais pas le montant approximatif de mon salaire. Mon mari, lui, était de plus en plus frileux quand il s’agissait de me donner des sous mais… j’ai rencontré des gens très compréhensifs qui m’ont laissé une chance.

Le 15 janvier, j’ai débarqué à Monthey avec mes cartons et mes garçons. Entre-temps, j’ai obtenu un remplacement de deux jours réguliers par semaine. J’avais désormais l’énergie de me battre pour avoir une retraite normale, une pension digne de ce nom, un divorce favorable à nos enfants. Et surtout, je me sentais à nouveau femme, et j’avais besoin de plaire. J’ai papillonné avec légèreté dans les bras d’hommes qui m’ont trouvée désirable.

Aujourd’hui, Fabien et moi sommes officiellement séparés

Le juge a été très magnanime à mon égard. Mon ex-mari sera papa bientôt. L’un de nos enfants a choisi de vivre avec lui. Moi, je vais me présenter aux examens de maîtresse socioprofessionnelle cet automne, et si tout se passe bien, je commencerai la formation l’année prochaine. Et au chapitre des bonnes nouvelles, j’ai perdu trente kilos depuis l’an dernier et je crois que je suis prête pour être à nouveau amoureuse!

Toute cette histoire me fait sourire aujourd’hui. J’ai presque envie de remercier Fabien. Cette épreuve m’a transformée. J’ai appris la patience et la confiance. Je vis au jour et le jour et je me sens infiniment épanouie…»