Dossiers
Encore mineure, la Valaisanne Iléna a quitté incognito la Suisse avec son ami qui fuit une incarcération imminente. Deux ans et demi plus tard, le couple a réintégré le pays, pour offrir un avenir à son enfant.
Je l’ai connu à 17 ans
Lui avait deux ans de plus. Je ne savais pas qu’il avait fait six mois de prison. Il venait d’être relâché parce qu’il n’y avait pas de preuves, seulement des témoignages. Tout de suite, nous avons ressenti beaucoup de complicité l’un pour l’autre. Depuis, on ne s’est plus lâchés. J’ai bien vu qu’il était un peu bad boy, mais j’ai aussi vu en lui quelqu’un de bon, un homme avec des valeurs. Un jour, la police l’a appelé pour lui demander de se présenter au poste. Il savait ce qui l’attendait. En quelques heures, il a décidé de partir à l’étranger, il ne supportait pas l’idée qu’on puisse être séparés, et il m’a demandé si je voulais venir avec lui. Je n’ai pas hésité. J’ai fait ma valise et écrit une lettre à mes parents que j’ai déposée dans un kiosque.
Tout s’est passé très vite, ce 22 septembre
Je n’ai rien dit à personne. Je savais que mes parents allaient être très inquiets. J’aurais voulu éviter de les faire souffrir, mais cela était inévitable. Lui et moi, on voulait être ensemble et pour cela il fallait fuir et garder le silence. On a dû faire un choix. Quand ma mère a lu la lettre dans laquelle je l’informais de mon départ, elle a voulu que je revienne. Mon père aussi a exigé que je rentre en Suisse pour qu’on discute. Je suis revenue quelques jours, on a parlé, puis je suis repartie vers mon homme. Je sais que ce n’était évident pour personne. Mon père avait tout le monde sur le dos. Il me faisait confiance, il respectait mon choix, même s’il était très préoccupé de me savoir là-bas, en compagnie d’un garçon qui était tout de même recherché par la police. Par la suite, je suis revenue régulièrement, pour gagner un peu d’argent, et parce que je n’avais qu’un visa de touriste. Mon ami a pu se procurer des papiers. Ce n’était pas facile de vivre à l’étranger. Nous étions dans une petite ville. Je ne sortais presque pas. Les gens vous regardent de travers, ils se questionnent: «Une étrangère, ici, pourquoi?» Comme je ne pouvais pas travailler, je restais à la maison. J’ai appris la langue en regardant la télé, en lisant. Mon ami a trouvé du travail dans une usine. Quand il travaillait de nuit, je l’attendais, il me revenait épuisé et ensemble on s’endormait.
Notre fils a été la raison de notre retour
Cela faisait deux ans et demi que nous étions partis. La situation devenait compliquée, j’étais presque au terme de ma grossesse, ma famille me manquait, et mon homme l’a bien ressenti: il me fallait rentrer. De plus, il ne voulait pas que son enfant soit privé d’une vie meilleure à cause de ses erreurs de jeunesse. Arrivés en Suisse, on est allés au poste. Les policiers ont dit, d’un air un peu ironique: «Bravo, Monsieur!» Son jugement étant déjà tombé, ils ont pris la déposition de mon ami et l’ont emmené. En le regardant partir, j’ai fondu en larmes. Cet instant marquait le début d’une longue et douloureuse séparation. J’étais enceinte de 8 mois et demi! Mon père, qui nous avait accompagnés, m’a prise par l’épaule et on est allés boire un café. Tout de suite, j’ai cherché à joindre la prison, mais comme on n’était pas mariés, ils ne voulaient rien savoir. Ça m’a frustrée. Finalement, j’ai contacté le juge qui m’a renseignée. Trois semaines plus tard, je me suis rendue à l’hôpital pour un dernier contrôle et avec les médecins, on a décidé de provoquer l’accouchement afin que «Papa» puisse être présent; il fallait que quelqu’un de la prison l’accompagne. Je suis rentrée faire mon sac et suis repartie pour la maternité. Durant le trajet, j’ai rencontré une amie qui a paniqué en croyant que j’allais accoucher devant elle. Ça m’a fait rire. L’attente était éprouvante, mais mon homme est arrivé, il m’a pris la main et m’a fait comprendre par un regard de tendresse qu’il était là et que tout allait bien se passer.
Et voilà, on a été trois, une petite famille
On s’est ensuite mariés civilement. On était à peine une dizaine. Bien sûr, il y avait un gardien qui accompagnait mon mari. On a pu rester un moment sur une terrasse à boire un verre à la santé de notre union. Le gardien était assis avec nous, ça faisait bizarre, il était juste là. Comme pour l’accouchement.
Quand notre fils est né, il y a maintenant un an et trois mois, j’allais avoir 20 ans. Cet enfant a complètement changé ma vie, notre vie. Il me donne chaque jour beaucoup de bonheur et de force. Ce n’est pas simple de s’occuper seule d’un bébé, mais on s’adapte. Il m’est arrivé d’être épuisée mais j’ai le soutien de mon entourage. Le plus dur est d’être loin de mon mari, de ne pas pouvoir voir ensemble notre enfant s’éveiller. J’en ai énormément pleuré.
Mon mari est actuellement en semi-liberté
Depuis janvier, il travaille dans une exploitation agricole et rentre à la prison le soir. Avant, il était en colonie pénitentiaire où il est resté une année. Là-bas, il ne pouvait pas sortir, mais le régime de détention était plus supportable qu’en prison fermée. Heureusement, il est arrivé en fin de peine et la porte de sa cellule n’est plus fermée à clé. Il est encore marqué par le souvenir de ses six mois en préventive d’il y a 5 ans. Je ne le connaissais pas, mais il m’a raconté que cette période était dure, seule sa maman lui rendait visite au parloir... À présent, le matin, il sort de la prison pour venir à la maison. Il me réveille d’un baiser puis il se prépare et se rend à son travail. On a peu de temps ensemble et ce n’est pas toujours évident. Les sentiments sont présents mais après un an de séparation, le dialogue est parfois compliqué, chacun est dans son monde, chacun s’est formé sa carapace... On se redécouvre.
Aujourd’hui, on avance doucement
Mon mari est de plus en plus là, sa présence nous apporte énormément de réconfort. Sa peine touche à sa fin. Bientôt il sera là tous les jours, tous les soirs, tous les m atins. Enfin! On est si bien quand on est les trois, tout simplement, en famille, chez nous.»

























1 commentaire
Triste histoire... A mon humble avis, cet homme avait besoin d'une complice, d'un soutien. Et il l'a trouvé en cette jeune fille qui recherchait de l'affection. Faire un enfant dans ces conditions... je suis dubitative.
Ce n'est pas mauvais de raconter cette histoire; ces gens méritent le respect. Mais je trouve qu'il ne faut pas trop l'étaler et ne pas glorifier ce genre d'attitude. La vie n'est pas un conte de fées !
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