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Un soir d’été, Annick Monay rentre d’une soirée bien arrosée. Et c’est l’accident. Après un coma de douze jours, la jeune fille revient à la vie. A 36 ans aujourd’hui, cette mère de deux filles paie encore le prix de son insouciance.
Des flashs et des cauchemars hantent, depuis vingt ans, mon quotidien. J’ai grandi dans un village de montagne, au sein d’une famille aimante et unie. Papa travaillait à l’usine et, l’hiver, prenait congé pour s’occuper avec maman du magasin de sport que notre famille possédait dans la station. Avec ma sœur Sarah, qui a cinq ans de plus que moi, nous étions très complices. Depuis toute petite, j’adorais le sport, le ski bien sûr, mais aussi le basket, la natation. A 17?ans, j’étais très joyeuse, très vivante et volontaire. Le samedi soir, on sortait souvent en bande. Les copains du sport, du village, mes copines qui, comme moi, suivaient un apprentissage de coiffure. Bref, on était comme tous les jeunes, insouciants, totalement inconscients du danger, à mille lieues de penser qu’il pourrait nous arriver quelque chose.
Un soir de juin 1991, nous fêtions les 20 ans d’une copine
Avant de sortir, ma mère, consciente que l’alcool tournait pas mal dans ces soirées entre jeunes, m’avait fait les recommandations d’usage: être prudente et, surtout, ne pas monter dans une autre voiture que celle de Samuel, un garçon en qui elle avait confiance parce qu’il avait deux ans de plus que moi, qu’il était calme, sérieux. Moi, plutôt obéissante, j’avais promis… Et malheureusement, j’ai tenu mes engagements.
Chez l’amie qui nous accueillait, l’ambiance était cool: un bon repas, bien arrosé de vins et d’alcools forts. Vers les onze heures, nous voilà tous partis dans un bar d’un autre bled pour continuer à faire la fête. Là aussi, les verres étaient pleins. Plus tard, retour à la station pour finir la soirée dans une boîte. L’ambiance était vraiment super.
La nuit, je devais dormir chez ma copine Chantal
Son amoureux avait une voiture. Il proposait de nous ramener. Mais comme j’avais promis à ma mère, j’ai refusé, et demandé à Samuel de nous conduire chez Chantal. Elle et moi sommes montées dans sa voiture. A partir de là, les souvenirs sont très flous. Les images me sont revenues bien après l’accident, par flashs. Je vois la route, le compteur kilométrique bien au-delà de 100, je sens la vitesse. Je rigole, on rigole tous. Et tout à coup, au détour d’un virage, c’est le crash: la voiture qui s’envole, le talus, des tonneaux jusqu’à l’arrêt brutal en contrebas de la route… Les rires qui s’étaient transformés en cris laissent la place à un silence de plomb. Miraculeusement, nous avons survécu les trois.
Samuel a été éjecté de la voiture, mâchoire cassée et blessures au dos
Chantal a eu la cheville brisée et un doigt abîmé. Moi, je ne bougeais plus, mais j’étais consciente, les cervicales fracturées et un traumatisme crânien qui avait fait tripler de volume mon visage. Ironie du sort: à deux heures du matin sur cette route déserte, c’est ma sœur, qui, se rendant chez une amie, nous a trouvés et a alerté les secours. La voiture était en bouillie, à l’envers, toit écrasé, pneus éclatés. On peut dire que malgré tout, la chance était de notre côté…
Ma sœur est montée avec moi dans l’ambulance vers l’hôpital où l’on m’a intubée. Avant de prévenir ma famille, elle a attendu de savoir ce que j’avais. Mes parents, de chez eux, avaient entendu l’écho du choc de l’accident, ignorant qu’il m’impliquait… J’ai ensuite été héliportée vers le CHUV, où l’on m’a plongée dans le coma pendant deux semaines pour aider l’hématome qui s’était formé dans mon crâne à se résorber. Sur les suites, on ne savait rien, les médecins ne se prononçaient pas.
Pendant douze jours, ma famille s’est relayée pour me parler, me stimuler
De cela, je ne me souviens pas. Lorsque je me suis réveillée, j’avais perdu quinze kilos, j’avais le crâne rasé, le côté gauche inerte. Quand je parlais, on ne me comprenait pas, j’étais redevenue une enfant. Etrangement, j’ai un sentiment de bien-être quand je pense à ces jours-là. J’étais comme sur un nuage moelleux… Après, c’est devenu plus dur. J’avais d’énormes migraines et un trou derrière la tête. On me lavait, me nourrissait. Je souffrais du dos et j’avais de gros problèmes au niveau du cartilage du nez. Depuis, j’ai d’ailleurs complètement perdu le sens de l’odorat.
Peu à peu, j’ai réappris à marcher
J’ai dû aussi réapprendre à me repérer dans l’espace. En août, lorsque je suis revenue chez mes parents, j’étais épuisée, je dormais beaucoup, j’étais au bord de la déprime. Pourtant, j’ai tenu bon et j’ai même réussi ma deuxième année d’apprentissage alors que je ne travaillais qu’à 20% et que, pour les examens, tout ce que je m’acharnais à réviser le soir était effacé de ma mémoire le lendemain matin.
Aujourd’hui, vingt ans après, j’ai toujours des séquelles. J’ai perdu beaucoup de vocabulaire, j’ai du mal à m’exprimer. Il y a des souvenirs qui se sont effacés de ma mémoire. Par contre, j’ai des flashs qui reviennent d’un coup et me tétanisent, notamment des moments de l’accident. Mon esprit, petit à petit, tente de recoller les morceaux…
J’ai dû abandonner le métier de coiffeuse
Je suis hôtesse de promotion dans les supermarchés à un petit pourcentage. Je fais du sport et j’ai même passé mon permis. Mais attention, quand je monte dans une voiture, je prends toujours le volant!
J’ai l’habitude de dire que la personne que j’étais avant l’accident est morte. Ma personnalité a été complètement modifiée depuis ce jour de juin 1991. Comme une thérapie, j’ai eu besoin de mettre en mots mon histoire dans une autobiographie qui s’appelle Virage d’une vie (Ed. à la Carte). Si mon livre, publié à compte d’auteur, peut dissuader ne serait-ce qu’une seule personne de monter dans une voiture conduite par quelqu’un qui a bu, cela n’aura pas été vain.
Pour commander son livre: monayannick@netplus.ch
Pour préserver l’anonymat des protagonistes de l’accident, Annick exceptée, les prénoms ont été modifiés.














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