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Excessivement jalouse, Marion, 33 ans, en était arrivée à la violence verbale, voire quelques fois physique, envers ses compagnons. Jusqu’au jour où elle a découvert que d’autres souffraient des mêmes angoisses.
Mes relations amoureuses ont souvent rimé, depuis l’adolescence, avec jalousie. Mon manque de confiance en moi et en ma capacité à être aimée m’a joué des tours dans mes relations avec les hommes. Possessive, obnubilée par la peur d’être trompée, je faisais des reproches, je posais des tas de questions. Un événement anodin, même mineur, pouvait déclencher chez moi des crises énormes. Il suffisait que je surprenne mon petit ami en train de parler avec une autre et c’était parti. Je criais, j’insultais… Pour moi, c’était une grande souffrance, j’étais plongée dans une angoisse folle et cela me mettait dans des états terribles.
A 28 ans, j’ai eu une relation plus sérieuse et les choses se sont envenimées
J’ai fait des crises de jalousie très fortes, j’insultais mon compagnon, on en est même arrivé aux mains, à la violence physique. Pourtant, lui n’était vraiment pas quelqu’un de violent, mais très peu communicatif, comme muré dans son silence. Ce silence me rendait d’autant plus folle, je bouillais. Pour le faire réagir, je faisais en sorte que nos rapports ne soient plus que des rapports de force. En fait, j’avais des énormes attentes, j’avais besoin d’être rassurée par rapport à ses sentiments envers moi. Mais comme il ne disait rien, j’accumulais une grande frustration, une énorme sensation de vide. Je me faisais des films, il ne m’aimait plus, il parlait avec une autre et allait partir avec elle… Alors j’explosais et je provoquais la dispute, voire plus, pour qu’enfin il sorte les mots qui me rassureraient sur son amour pour moi, sur notre relation. La vérité, c’est que je souffrais surtout d’un grand manque de confiance en moi, j’étais moi-même quelqu’un de très secret, de très peu entourée. J’avais mis volontairement de la distance avec mes amis, avec ma famille. J’avais tellement envie que mon couple marche.
En deux ans, la situation n’a fait qu’empirer
Il m’a quittée, en grande partie à cause de toute cette tension, de ces crises perpétuelles. Je le comprends, la situation était devenue invivable. A deux reprises, nous nous sommes empoignés physiquement. Je dois dire que tout cela me faisait énormément gamberger, je n’étais vraiment pas fière de moi, mais que faire? Je me sentais seule, j’avais l’impression d’être un monstre. Une femme, normalement, ça n’est pas violent.
Un an et demi plus tard, je suis à nouveau tombée amoureuse
La première année, tant qu’on n’habitait pas ensemble, tout est bien allé. Mais très vite, la spirale infernale a recommencé. Pendant des jours, j’accumulais du ressentiment, jusqu’à l’explosion qui se manifestait par de la violence verbale sous la forme de reproches et de généralisations… Le ton montait et les paroles se faisaient humiliantes du style: «Tu fais la vaisselle comme ça comme ça toi? C’est pas terrible! On t’a jamais appris à faire autrement?» C’était reparti…
J’ai senti les choses venir, et j’ai eu très peur à l’idée que tout pouvait recommencer
Et puis, un jour, comme quoi le hasard fait bien les choses, chez ma belle famille, nous en sommes venus à parler d’un test paru, dans je ne sais quel magazine, sur la violence dans le couple. Aucune des personnes présentes ne se sentait concernée. Moi, je ne disais rien, mais je le savais: oui, j’étais capable de violence au sein de mon couple. De retour chez moi, j’ai fait ce fameux test sur Internet et mon profil m’a sauté aux yeux: «Oui, vous avez déjà eu comportements violents.» C’était un choc, énorme. J’avais un problème, je ne pouvais plus le nier. Mais en même temps, je réalisais que visiblement, je n’étais pas la seule à souffrir de cette jalousie. Une semaine après, j’ai passé un coup de fil à l’association Violence et Familles (Vifa). Au premier entretien, je devais expliquer devant ce qui m’amenait. Il fallait que je dépose tout ça devant des inconnues. J’appréhendais beaucoup de rencontrer ces femmes, toutes ces histoires de violence. Au début, il y a une sorte de honte, puis du soulagement. Le but des premières séances est d’identifier les émotions, de les exprimer.
Ma thérapie a duré deux ans à Vifa, au début en groupe, puis en entretiens individuels
J’ai pu mettre des mots sur mes maux, découvrir la violence psychologique que j’avais subie durant mon enfance et mon adolescence. Souvent, j’avais été mise dans des situations qui n’étaient pas de mon âge et on m’avait alors obligée quelque part à avoir une attitude d’adulte. Jamais on n’avait jamais pris la peine de me rassurer. J’étais complètement désécurisée, sans repères affectifs. Dès les premiers mois de thérapie, je me suis transformée. J’ai appris à mettre des limites sur ce qu’on peut exiger de moi, j’ai acquis des outils pour ne pas me laisser aller, pour faire tomber le stress. Mon compagnon, lui, m’a beaucoup soutenue, c’est une perle… Lors de mes crises, il ne haussait pas le ton, me répondait calmement jusqu’à ce que la tension retombe. Désormais, je ne suis plus jalouse, dès que je sens que ce sentiment peut m’envahir, une petite clochette me permet de l’identifier, j’en parle raisonnablement, je le verbalise calmement… et un mot gentil ou un sourire complice suffit. C’est un progrès dont je suis extrêmement fière!
La vie est plus douce et mon compagnon est devenu mon mari. C’est lui qui l’a voulu, il m’a fait confiance. Aujourd’hui, la vie est bien plus facile, il n’y a plus eu de gros clash depuis bien longtemps. Mon comportement avec mes futurs enfants ne m’effraie pas. J’ai mis des mots sur mes peurs, je connais mes limites et je n’hésiterais pas à me faire aider si besoin. Je suis vigilante.
Je ne suis plus jalouse, dès que je sens que ce sentiment peut m’envahir, une petite clochette me permet de l’identifier, j’en parle raisonnablement, je le verbalise calmement…
























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