«A 13 ans, j’ai décidé d’intégrer un internat en Inde»

Il y a deux ans, Flora, Valaisanne, a rejoint son frère qui étudiait en Inde. Aujourd’hui, elle raconte comment elle s’est adaptée à l’internat anglophone. Sans cacher les difficultés et les coups de blues...

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Texte et photo: Claire-Lise Genoud

 

Il y a deux ans, Flora, Valaisanne, a rejoint son frère qui étudiait en Inde. Aujourd’hui, elle raconte comment elle s’est adaptée à l’internat anglophone. Sans cacher les difficultés et les coups de blues.

 

Lorsque je suis arrivée, je ne comprenais rien, pas un mot d’anglais

C’était en août 2008. Jusqu’au mois de décembre, j’ai passé mon temps à essayer de comprendre de quoi on pouvait bien me parler. Dans la section internationale, nous ne sommes que très peu de francophones (ndlr. la section internationale suivie par Flora se base sur le programme britannique IGCSE, mis au point par l’Université de Cambridge). J’ai choisi d’habiter à l’internat, en pensant que de cette manière j’allais pouvoir m’intégrer plus facilement. De nos jours, parler couramment l’anglais me semble indispensable. Entre eux, mes camarades communiquent en anglais, hindi, tamoul, allemand et même en coréen, cela donne une ambiance que je trouve très intéressante et enrichissante. Mais moi, je me concentre sur l’anglais. A l’internat, qui est isolé dans la campagne près de Chennai au sud de l’Inde, nous sommes environ trois cents pensionnaires, dont une centaine de filles.

Dès le premier jour, ça a été dur, je dois bien l’avouer, mais je n’ai aucun regret

L’idée d’étudier en Inde s’est imposée à moi lors de mes vacances en juillet 2008. Avec mes parents et mon petit frère, on rendait visite à mon frère aînél qui était dans cette école depuis déjà deux ans. Il avait réussi à convaincre mes parents de le laisser suivre un de ses meilleurs copains dont la famille s’était installée en Inde. Il avait 13 ans. Je crois que pour lui, la première année a été encore plus dure que pour moi. A l’internat, il était seul. Au bout d’un an, ma grand-mère, une femme qui a toujours beaucoup voyagé, est venue vivre dans la région pour lui permettre de quitter l’internat. Quand j’ai annoncé à ma mère que, moi aussi, je voulais étudier en Inde, elle n’a pas été si étonnée et elle m’a répondu: «Je te comprends, ce ne sera pas facile ni pour ton père ni pour moi, mais je te comprends.» Deux jours plus tard, je passais l’examen d’admission. Et deux semaines après, habillée de l’uniforme de l’école – un punjabi bleu clair à carreaux avec un foulard bleu marine – j’entrais dans ma nouvelle école en Inde. Au moment de franchir le seuil de l’école, j’avais tout juste 13?ans comme mon frère. Je me souviens m’être dit à cette occasion-là: «Ça y est, je suis en route pour la grande aventure.» J’ai cependant très vite été assez préoccupée par tout ce qui m’attendait. J’allais devoir m’immerger dans la culture indienne tout en m’imprégnant de la langue anglaise pour tenter d’obtenir le A-level, un diplôme équivalent à la maturité suisse. Le pari n’était pas gagné d’avance.

Etudier dans un internat en Inde, c’est, par exemple, manger indien dès le petit-déjeuner

Heureusement, ça ne me cause aucun problème. J’aime beaucoup le curry et la nourriture épicée, mais je dois quand même reconnaître que, parfois, je ressens une irrésistible envie de manger des pâtes, du fromage, du chocolat… Quand je rentre pour un week-end à Chennai chez ma grand-mère, elle sait ce qu’il faut me faire à manger! J’ai parfois des petits stocks dans mon armoire mais, la plupart du temps, je me contente des barres chocolatées indiennes vendues à la cantine!

Dans le dortoir, le matin, les lumières s’allument à 5 h 15. A côté de notre lit, nous avons chacune un bureau sur lequel on étudie jusqu’à 6 h, puis on se prépare pour le petit-déjeuner. Lorsqu’on arrive en classe, nous avons une prière de 8 h 15 à 8 h 30, les cours commencent ensuite.

Mes copines valaisannes me demandent souvent comment cela se passe avec les garçons

Je ne peux pas leur dire grand-chose parce qu’ici, l’école a beau être mixte, les relations entre garçons et filles ne sont pas les mêmes qu’en Europe. La mentalité indienne est assez stricte dans ce domaine.

Le soir à l’internat, on regarde tous ensemble sur un grand écran la série Jhansi Ki Rani qui passe à la télévision entre 20 h et 20 h 30. C’est en hindi mais, à force, je commence à connaître les personnages et à bien comprendre. Malgré les différences culturelles qu’il y a entre nous, je me suis tout de suite sentie à l’aise avec les filles de l’internat. Il n’y a pas de confrontation de jugements et, finalement, je me suis fait des amies très rapidement.

Dans le dortoir, il y a des téléphones que l’on peut utiliser en tenant compte d’un arrangement établi à l’avance. Comme je ne peux pas communiquer avec mes parents par e-mail, je profite beaucoup du téléphone, ce qui m’aide surtout les jours de blues. Il me suffit alors d’entendre la voix de mes parents pour retrouver la force de continuer.

En Valais, mes notes n’étaient pas excellentes...

... et je me rendais compte que je n’allais pas pouvoir passer ma maturité.Ici, il n’y a pas beaucoup de distractions, les classes sont petites, il y a davantage d’unité entre les élèves. Dès qu’on ne comprend pas, les professeurs prennent le temps de tout réexpliquer. Ils se stressent pour nous. On sent qu’ils font tout leur possible, qu’ils ne travaillent pas que pour l’argent et qu’ils sont réellement préoccupés pour notre avenir. On se sent soutenu. Je vois bien que je progresse, je me sens toujours plus motivée. Lorsque j’aurai obtenu mon A-level, j’ai l’intention de rentrer en Suisse pour étudier la médecine à l’Université, comme mon père. Plus tard, j’aimerais bien voyager, aller travailler en Afrique. Parfois, je me dis quand même que ça va être dur pour moi de vivre à nouveau en Suisse. Mes copines, en Valais, se plaignent souvent de leur vie, de leurs parents. Moi, ça ne me vient pas à l’idée. Mes parents, quand je les vois, j’en profite au maximum. L’éloignement n’a rien changé à notre complicité. Et c’est toujours aussi dur de les quitter. Malgré tout, je me demande si je ne suis pas en train de m’attacher à ce pays. Il règne en Inde une atmosphère particulière et spirituelle. J’y ai pris goût.»

 

Dans le dortoir, le matin, les lumières s’allument à 5 h 15. A côté de notre lit, nous avons chacune un bureau sur lequel on étudie jusqu’à 6 h, puis on se prépare pour le petit-déjeuner.

 

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