A Norah, née en France, son père sénégalais a arraché le petit frère de 5 ans. A Fanta, née au Sénégal, son mari français vole l’opiniâtre réussite sociale et professionnelle. A Khady, Sénégalaise élevée par sa grand-mère, la famille de son mari mort confisque toute parole et tout avenir. C’est Marie Ndiaye, née en France mais de père sénégalais, qui nous conte le destin de ces trois solitudes, de son écriture aux puissants ingrédients.
Douleur: Elle prend aussi bien le visage de l’homme par lequel le malheur arrive que celui de sa victime souvent un peu complice. Si bien qu’on s’émeut autant devant la «froide luminescence du corps recroquevillé» du père de Norah, qui dort dans les branches du flamboyant, que devant la culpabilité imméritée qui poursuit celle-ci.
Liberté: La vérité amène la paix, et pour chaque personnage elle se trouve au bout de sa quête. Pour Khady, chassée par sa belle-famille, le chemin croise celui des candidats clandestins à l’exil: un long calvaire qui met sans cesse sa vaillance à l’épreuve, mais qui vaut mieux que les humiliations qui l’avaient rendue muette.
Opulence: Le plaisir généreux du verbe et du phrasé n’a d’égal que l’amertume des personnages. Et le lecteur, pris dans la coulée, parfois visqueuse, toujours impactante, du récit, ne peut y échapper. Gardant son écho longtemps dans son cœur.
Trois femmes puissantes, de Marie Ndiaye, Ed. Gallimard, 317 p.
