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    Vivienne Baillie Gerritsen, conteuse d’ADN

    Elle voulait être Diane Fossey et mener croisade en faveur des gorilles.

    Publié le 
    1 Avril 2012
     par 
    Adélita Genoud

    Un jour, sa fille adolescente lui a confié qu’une amie allait interrompre sa grossesse. A 18 ans, elle ne pouvait «naturellement» pas envisager de devenir maman. C’est là le véritable déclic. Celui qui a donné naissance à «Made in Utero», une exposition au Musée de zoologie de Lausanne, précédé d’un conte illustré par Amélie Frison, étudiante aux Arts appliqués de Genève. Et suivi d’un spectacle aussi, à une voix, celle du comédien Vincent Aubert. A l’origine de cet événement en trois temps, il y a Vivienne Baillie Gerritsen. La sémillante quadra n’est pas une moraliste. Pas davantage une pourfendeuse de l’avortement. Biologiste de formation, elle a voulu s’arrêter un instant sur ce qui, en dépit des révolutions scientifiques, demeure un miracle: la vie. Sur la manière dont elle se conçoit avec sa part de mystère, le jeu des cellules qui, peu à peu, façonnent l’incroyable machine humaine.

    Alors, d’abord, elle a écrit Zooïne, sur les sentiers de la vie, publié aux éditions Rouge écarlate. Une histoire destinée aux enfants mais sans mièvrerie, sans simplification réductrice. Avec des mots justes, de la poésie et la précision scientifique. Une histoire comme elle en raconte tous les jours. Puisque c’est devenu son métier. Depuis plusieurs années en effet, elle vulgarise des articles scientifiques de haut vol pour un institut basé au Centre médical universitaire de Genève. Non, elle ne se contente pas de piocher ici et là dans son dictionnaire de synonymes pour rendre la démonstration plus accessible ou pour ôter un peu de cette savante aridité. Son credo à elle, c’est de rapporter des épopées moléculaires. Comme celle de cette protéine qui, par l’agitation génétique, «oublie» de fabriquer les empreintes digitales.

    En fait, Vivienne Baillie Gerritsen est une conteuse. Une conteuse rebelle. Toujours en questionnement. A l’Uni déjà, elle trouvait que le monde de la science manquait de saveur. «Moi je m’attendais à rencontrer des profs qui carburaient à la passion. Des savants géniaux qui transmettaient leur savoir presque par capillarité. Mais ce n’était que bachotage sans nuance, sans réflexion». Il y a eu des exceptions. Bien sûr. Comme le généticien et anthropologue André Langaney, ou ce microbiologiste, qui commençait ses cours en énonçant les caractéristiques des lichens observés sur son chemin juste avant de pousser la porte de l’amphi. Mais deux ou trois profs hors pair dans un cursus, la biologiste trouve cela insuffisant.

    Un rêve de jeune fille

    Du coup, elle n’a pas forcé la main à ses deux enfants pour qu’ils rejoignent les bancs de l’Alma mater. «Ma fille et mon fils suivent une formation artistique», lance-t-elle avec une pointe d’accent made in Scotland. Née à Edimbourg, elle a grandi un peu là-bas, un peu en Italie, avant de venir en Suisse à 16 ans. L’adaptation a été douloureuse. «J’étais scolarisée à Pully. Pendant une semaine, personne ne m’a adressé la parole. Les élèves m’observaient comme si je débarquais d’une autre planète», se remémore-t-elle.

    La biologie? Un rêve de jeune fille. «Ce n’était pas le décryptage des micro-organismes qui m’intéressait. Je voulais étudier les grands singes, devenir une réplique de Diane Fossey. Mais la perspective d’une vie solitaire m’a assez vite déroutée». Car la jeune femme souhaitait avoir des enfants. Même si à la naissance de son aînée, elle a été comme paralysée par la maternité. «Je suis restée dans cette léthargie pendant plusieurs jours. Et puis une infirmière a su déclencher mon instinct maternel. Et pendant treize ans, fascinée et épanouie dans ce rôle de maman, j’ai renoncé sans aucune frustration, à toute carrière professionnelle». L’envie de se réaliser, hors du foyer familial, est venue au tournant de la quarantaine.

    Vivienne Baillie Gerritsen a cherché la bonne voie. Elle ne voulait pas entrer dans un moule. «Que l’on me dicte ce que je dois faire, c’était impensable». C’est vrai qu’elle déteste tout ce qui entrave sa liberté et tout ce qui l’empêche de se questionner sur le sens de l’existence. Alors pas étonnant qu’elle ait conçu Made In Utero. Parce qu’en vérité, elle voulait faire partager un moment d’émerveillement. Celui qu’elle ressent face à la beauté de la vie humaine. Face à cette énigme aussi, où les cellules dupliquées par millions savent exactement où elles doivent aller et à quel moment afin que, neuf mois plus tard, un enfant naisse.

    Kézako «Made in Utero»?

    Des planches et des illustrations immenses qui détaillent les différentes étapes de la formation de l’embryon humain. Un pouf géant, où les visiteurs peuvent s’installer pour écouter ce qui ressemble à un véritable conte.

    Horaires des visites et des lectures sur www.zoologie.vd.ch. Made In Utero, la naissance de la vie, Musée de zoologie, Palais Rumine, Lausanne. Du 30 mars au 8 juillet 2012.

     

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