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    Victoria Bedos, scénariste du film «La famille Bélier»

    Pas facile de se faire un prénom entre un père et un frère célèbres.

    Publié le 
    5 Janvier 2015
     par 
    Edmée Cuttat

    Journaliste, chroniqueuse télé, auteure, comédienne, scénariste de «La famille Bélier», rockeuse, Victoria Bedos a grandi jusqu’à l’âge de 6 ans près de Paris, à Vaucresson, avant de déménager à Neuilly. Son père Guy, pied-noir d’origine espagnole, est issu de la très grande bourgeoisie de droite. Sa mère, Joëlle Bercot, de vingt-trois ans la cadette de son mari, mannequin et danseuse classique, vient au contraire de la petite bourgeoisie d’Asnières. Célèbre, il est dans la lumière; son épouse, elle, reste dans l’ombre. «Par choix, dit Victoria. C’est le pilier de la famille. Sans elle, on s’écroule.»

    Etre père est la chose la plus importante qui soit arrivée à Guy Bedos, selon sa fille. «Lui et moi, on est fous l’un de l’autre. Il est d’humeur égale, on a une parole libérée, pas de nœud, pas de conflit. Mon père est, au fond, une mère juive. Il me surnommait sa petite pute. La grossièreté chez lui est un langage amoureux. Ma mère s’exprime plus élégamment.»

    Victoria, qui a un frère, Nicolas, et deux demi-sœurs plus âgées, Leslie et Mélanie, évoque des souvenirs d’enfance dignes d’un conte: amour, bonheur et câlins. Elle raconte avoir cru au père Noël jusqu’à dix ans. «Guy le symbolisait, confie-t-elle. Ce soir-là, il prenait un accent polonais et m’appelait. Mais je ne le voyais jamais. Quand on m’a dit que le fameux bonhomme n’existait pas, j’ai eu un vrai choc. Ma vie a changé…»

    «Avec mon frère Nicolas, on était très proches, enfant, reprend-elle. On s’adorait. J’étais son jouet. Il avait quatre ans de plus que moi, mais c’était moi l’enfant très sage, sérieuse, un peu renfrognée, et lui l’ado fantasque. Enfin, fantasque est un euphémisme. Il était tout simplement infernal. Il a fait une vraie crise. Il était tellement bruyant que je restais discrète. Je crois que c’était pour préserver mes parents.»

    «En fait, quand j’y pense, je n’ai pas eu d’adolescence. Physiquement j’étais très en retard. J’avais un corps d’enfant avec une tête d’adulte. J’ai fait l’amour pour la première fois à 22. Et ma crise d’ado à 25 ans, en rejetant mon éducation et ma famille à travers un mec protestant de droite. J’avais besoin de ça, de prendre du recul. J’ai même failli me marier. Mes parents s’y sont opposés et j’ai annulé la veille de la cérémonie. Mais j’ai gardé la robe!»

    Fille de personne...

    Chaleureux, démonstratifs – «animaux, ils nous reniflent dans la nuque» – ses parents se montraient exigeants. «Il y avait un niveau à respecter. Avoir de l’esprit et être beau. Mon père ne supporte pas la laideur. C’est un esthète absolu. Un «harmoniaque». Il assortit tout, de sa montre à ses chaussures. Son dressing représente deux fois celui de ma mère.»

    Si elle avoue un tempérament proche du père, tandis que Nicolas tient davantage de la mère, Victoria trouve que physiquement elle ne ressemble à personne. «Très éventuellement à la grand-mère andalouse de mon père, confie-t-elle. Mais je suis une Bedos pur sucre quand même. Sauf que j’ai dû beaucoup lutter. Mon frère était un petit génie. Doué pour tout. A côté de lui, je me sentais nulle. Sans vocation, sans talent. Alors j’ai décidé – ma petite rébellion – de me mettre à l’équitation, jusqu’à 18 ans. Je ne voulais pas devenir artiste, souffrir. Puis j’ai fait hypokhâgne (ndlr: en France, classe littéraire préparatoire aux grandes écoles) à Paris, et là j’ai complètement switché.»

    La jeune femme s’est construite à la fois contre et avec ses parents. «Plutôt avec, en réalité, car ils m’ont légué un bagage culturel que je ne renie pas. En même temps, je suis différente. J’ai un ton particulier, une provocation féminine qui n’appartient qu’à moi. Je ne fais pas du tout la même chose que mon père et mon frère. Je suis plus populaire. Mais surtout, je refuse d’être une fille de… Je chante dans des conditions un peu pourries. Je me confronte à la dureté du métier. Je tiens à me faire un prénom. Mon but n’est pas d’être connue mais de m’exprimer. J’avais du mal à trouver ma place. Une telle famille ça vous fiche la pression. Je n’avais pas envie d’écrire. Mais d’être vétérinaire.» Un jour de 2007, pourtant, elle s’ennuyait tellement qu’elle a pondu une série de sept nouvelles intitulées «Le déni». Tout un symbole.

    «Je n’ai jamais souhaité que mon père m’aide. Je suis passée par les bars. Pour oublier qui j’étais. J’aspire à la légitimité. Et avec le nom que je porte, j’en doute parfois. Par ailleurs, mon père s’est montré extrêmement dur. Il veut qu’on mérite la reconnaissance. La première fois que j’ai écrit, il a trouvé que c’était de la merde. Quand je chantais, il quittait la salle. Malgré tout, il a été un moteur pour moi. Et m’a très vite accompagnée dans mes aventures de plume et de micro. A l’image de ma mère.»

    Tuer le père

    Chez les Bedos, on discutait beaucoup. Une éducation à la Dolto: plus on s’exprime, mieux c’est. «Mes parents ne nous ont jamais placés dans le clan des enfants. On parlait de politique, de sentiments. Mais pas des choses de la vie, du sexe. Pour Guy, ce n’était pas possible, ça le fait souffrir. Il y a de la pudeur entre nous, je ne lui confie pas ma vie intime. Comme je suis sa petite dernière, je suis sa princesse.» En revanche, elle dit absolument tout à sa mère.

     

    Avec son frère il y a quelques blocages. «On ne cause pas beaucoup de travail. Même si tout lui a réussi, d’une certaine manière, il a aussi eu du mal à trouver sa place. Plus que moi, finalement. Il a dû tuer le père. On s’appelle quand on a des chagrins d’amour. Après s’être éloignés l’un de l’autre, on s’est vraiment retrouvés à la vingtaine.»

    Victoria est reconnaissante envers ses parents qui lui ont transmis le sens de la justice, de la liberté, l’humour – la politesse du désespoir, comme dit son père. Et l’audace. «On est couillus, dans la famille. On a juste un poil peur de nous-mêmes, mais on se montre irrévérencieux envers le monde. On ne supporte ni les carcans ni la médiocrité. Cela peut paraître prétentieux, mais ça ne l’est pas. On estime qu’on n’a juste pas le droit. Je suis heureuse d’être passée de l’autre côté, de ne plus être quelqu’un d’anodin. Par rapport à ma famille, bien sûr.»

    Se faire entendre

    Femme de la nuit à cause des insomnies de son père – «j’étais déjà un bébé insomniaque» – elle est aujourd’hui bien dans sa peau. «Mais cela ne date pas de très longtemps. Son scénario de «La famille Bélier», sorti le 17 décembre 2014, raconte l’histoire d’une entendante dans une famille de sourds vivant à la campagne, qui a envie de quitter le nid et de devenir chanteuse. «Cela n’a rien d’anodin. Jeune fille, j’avais l’impression qu’on ne m’entendait pas.»

    Mais pour mieux couper le cordon et parfaire la psychanalyse, il y aura «Vicky Banjo». «Il s’agit d’un film inspiré par des choses de ma vie mais qui reste une fiction. Il reprend le personnage de Vicky que j’ai créé sur scène et qui est une caricature, pour ne pas dire le cauchemar de moi-même.» Elle a coécrit le scénario avec le réalisateur Denis Imbert et tient le premier rôle. Celui d’une fille sur le point de se marier, dont la relation capote et qui retourne vivre chez papa maman, fait sa crise tardive d’ado, découvre le sexe, l’alcool, la légèreté, une voix et se met à chanter des chansons coquines. Le tournage vient de commencer; le film devrait sortir l’automne 2015.

    Curriculum vitae

    1984 Naissance, le 28 avril, à l’hôpital américain de Neuilly, près de Paris.

    2009 Son premier concert. «J’ai chanté ˈL’homme parfaitˈ au Chouchou Bar. Une sorte de catharsis après avoir foiré mon mariage.»

    2014 Le 17 décembre, sortie de ˈLa famille Bélierˈ d’Eric Lartigau, dont elle a coécrit le scénario avec Stanislas Carré de Malberg.

    Questions d’enfance

    Une odeur d’enfance L’eau de Cologne Mont St Michel de mon père et le parfum de ma mère, Jardins de Bagatelle de Guerlain.

    Mon premier amour Lucas. On se roulait déjà des pelles à six mois. Ça a duré jusqu’à 7 ans. Puis on nous a séparés. Ensuite, j’ai bloqué jusqu’à 22 ans. Lucas vient d’avoir un enfant. Ça m’a fait drôle.

    Mon jouet fétiche D’abord, Nouki, un ourson qu’un amant m’a perdu. Et puis un gros nounours, Fabien, devenu Fabien-Fabienne parce que c’est un travelo.

    Mon bonbon favori Les sucettes. J’en mangeais tout le temps. Je voulais être épicière pour en avoir plein. Et je continue à en manger. Comme vous le voyez, j’ai de petits soucis avec l’enfance… Je suis une lolita trash.

    Mon dessert préféré La tarte au citron. Je reste obsédée par celle que j’ai mangé un jour au Grand Hôtel de Cala Rossa, en Corse, et je la recherche en vain depuis. Il y a aussi le dessert familial, le Succès de chez Lenôtre, un gâteau praliné meringué.

    Mon légume détesté La betterave. Elle me dégoûte, je ne sais pas trop pourquoi. La couleur, sans doute. Et je ne suis pas fan du sucré-salé.

    La phrase qu’on me répétait et qui m’agaçait Pas une phrase mais un prénom. Mes parents m’appelaient Victoire quand ils n’étaient pas contents. Ça sonnait comme une punition.

    Mes premières vacances En Corse, avec ma famille et ma nounou, Philo, la deuxième femme de ma vie. On faisait du ski nautique et de la planche à voile.

    Un vêtement dont j’étais fière J’étais un garçon manqué toute l‘année, mais à Noël je mettais ma robe de princesse à manches bouffantes, jupe en corolle et paillettes. J’ai toujours ce côté paillettes, mais ça passe moins bien aujourd’hui…

    Mes héros Hyoga dans le dessin animé ˈLes Chevaliers du Zodiaqueˈ. Puis Tom Hulce, qui incarnait Mozart dans ˈAmadeusˈ de Milos Forman. En ce moment, c’est Elvis Presley. Je m’endors sur ses chansons de Noël.

     

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