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    Sophie Fontanel: la revanche d’une blande

    Vers 50 ans, la journaliste et écrivaine Sophie Fontanel a décidé d’en finir avec la triche capillaire et de laisser ses cheveux blanchir naturellement. Un processus qu’elle décrypte dans «Une Apparition», son nouveau roman. Rencontre.

    Publié le 
    13 Août 2017
     par 
    Saskia Galitch

    Besoin de s’assumer telles qu’elles sont? Réponse flamboyante aux diktats jeunistes ou ras-le-bolisme de faire la traque aux cheveux blancs? Une chose est sûre: de plus en plus de femmes ont décidé d’arrêter de se prendre la tête avec les teintures. Et, pour le coup, laissent la nature grisonner et blanchir leur crinière. Ainsi la journaliste, romancière et influenceuse parisienne Sophie Fontanel, alias Fonelle, qui sort ces jours «Une Apparition» (Ed. Robert Laffont), un journal intime romancé dans lequel elle raconte par le menu comment, la cinquantaine venue, elle a «entrepris d’apparaître». Rencontre avec une femme libre, chaleureuse, pleine d’humour et de verve.

    FEMINA Cela fait deux ou trois ans que vous avez cessé de vous teindre les cheveux. Quel a été le déclencheur de cette métamorphose?
    Sophie Fontanel
    Après des années de bonheur au magazine «Elle», j’ai été poussée dehors lors d’un changement de direction. Cela a provoqué une espèce de crise intime. Je trouvais ça très injuste: j’étais comme un étudiant qui a 16/20 de moyenne mais à qui on dit qu’il redouble! Pour le coup, je me souviens avoir été partagée entre la tentation de disparaître et la tentation de réapparaître. J’ai finalement pris cette seconde option, qui s’est cristallisée sur les cheveux!

    Dans «Une Apparition», vous attribuez le déclic à une femme vue à Saint-Tropez
    A l’époque, il y en avait beaucoup moins que maintenant. Mais en effet, j’ai vu des femmes à cheveux blancs sublimes et je me demandais pourquoi c’était si beau sur elles alors que moi, je ne me l’autorisais pas!

    Et… pourquoi, alors?
    Parce qu’il y a un tel discours huilé et bétonné à ce propos que j’étais persuadée que c’était vrai et j’adhérais aux idées préconçues selon lesquelles des cheveux blancs sont morts, qu’ils sont ternes et difficiles d’entretien, qu’ils vieillissent et qu’ils sont le signe d’un renoncement… Pourtant, un jour, je me suis dit: bon, ben tu vas attendre combien de temps pour être vraiment belle?! Alors voilà, je suis partie un peu à l’aveuglette sans trop savoir à quoi j’allais ressembler…

    Votre blanchiment a pris environ dix-huit mois. Vous n’avez jamais broyé du noir et eu envie de repasser par la case teinture pendant cette période de transition?
    Jamais! Dès l’instant où j’ai vu surgir ce blanc sur le sommet de mon crâne, je me suis dit: C’est très beau et cela va être magnifique! Après, évidement, j’ai eu des surprises – comme de me croiser dans un miroir et ne pas me reconnaître. Mais ce n’est pas grave, ça donne l’occasion de se (re)rencontrer!

    C’est donc de ça qu’il s’agit, au fond…
    Tout à fait. Un homme sait qu’à 50 ans, il ne sera plus celui qu’il était à 20 ans – ne serait-ce qu’en raison des probabilités qu’il a de perdre ses cheveux. Alors que la femme de 50 ans, de loin, sur un malentendu, peut encore ressembler à celle qu’elle était. Du coup, elle a tendance à s’accrocher à ça!

    Mais pourquoi vous être fixée sur les cheveux? Les rides et autres signes de vieillissement ne vous gênent pas?
    Le seul problème que je vois dans l’âge est lié à la perte d’autonomie – qu’elle soit physique ou psychologique. Pour le reste, c’est une question d’harmonie. Qu’on le veuille ou non, les choses changent avec les années et je trouve que cela durcit de rajouter de la teinture. Je ne suis pas un dictateur du crin blanc mais à mes yeux, les rides s’atténuent quand on laisse faire la nature. On me dit d’ailleurs que cette nouvelle couleur me rajeunit parce qu’elle me donne un plus joli teint, que j’ai les traits moins fatigués. C’est comme la blondeur. D’où le terme blande, d’ailleurs!

    Blande qui signifie étymologiquement aussi «avec douceur»…
    Absolument! Dans l’imaginaire collectif, les femmes à cheveux blancs sont des Cruella, des femmes de pouvoir, puissantes et très dures. Je pense qu’une autre image peut venir: plus douce, plus jouissive et beaucoup plus séductrice. C’est mon combat à moi!

    Vous dites que laisser ses cheveux «être», c’est gagner en liberté et échapper à la dictature de l’image. Pourtant, en vous exposant sur Instagram puis dans «Une Apparition», vous vous faites la victime consentante de cette dictature, non?
    Ce que j’appelle la dictature, c’est une image féminine stéréotypée qu’on nous impose. Or, je trouve nécessaire que des femmes montrent qu’elles ont d’autres images, justement. Le travail que j’ai fait (et fais encore) sur Instagram m’a aidée. Il m’a permis de pouvoir me regarder, me comprendre et, parallèlement, d’accéder à une beauté qui me semblait auparavant interdite parce que si je me comparais à des jeunesses, je n’étais évidemment pas compétitive. On a besoin de modèles et de référents modernes mais adaptés à notre âge sur lesquels se projeter et… il n’y en a quasi pas! C’est aussi pour ça que je suis sur Instagram!

     

     

    Dans votre roman, vous citez toutes sortes de réactions, alternativement positives et négatives. Dans la réalité, comment cela s’est-il passé?
    Au début, quand les racines ont commencé à blanchir, il y a eu quelques commentaires relativement négatifs. Puis, à l’époque où j’étais vraiment entre deux, les remarques sont devenues dubitatives car les gens ne comprenaient pas où j’allais ni ce que cela allait donner. Mais dès l’instant où j’ai été toute blanche, je n’ai plus eu aucun avis négatif: ma nouvelle tête était tellement évidente qu’elle n’a plus suscité aucun débat.

    Lors de votre métamorphose, avez-vous senti le besoin de consulter le blog Going Grey que vous mentionnez dans «Une Apparition»?
    Eh bien non, j’ai fait ce chemin par moi-même. Cela dit, ce type de forum est très utile pour aider – en pratique – celles qui veulent franchir le pas!

    Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à celles qui ont envie d’oser le blanc?
    Cela dépend complètement de la couleur de base… mais je recommande quand même de passer par la case coiffeur!

    Vous ne conseillez pas votre méthode, qui consiste à laisser agir la nature?
    Non. Mais je constate que beaucoup de femmes le font! Je pense qu’elles sont comme moi: à un moment donné, on se dit que c’est un passage comme ça et… on s’en fout!

    A vous lire, cette étape semble marquer une réconciliation entre vous et vous!
    Complètement! Je n’ai jamais été si bien dans ma peau, je suis vraiment à l’aise avec moi-même. En fait, il est important de réaliser que pour plaire aux autres, il faut d’abord se plaire à soi!

     

     

    Cheveux blancs: lutte millénaire et acceptation

    Si «l’impératif contemporain est un corps jeune et le blanchiment un signe d’un insupportable vieillissement», comme l’écrit Christian Bromberger dans «Les sens du poil – Une anthropologie de la pilosité» (Ed. Créaphis, 2015), l’affaire n’est pourtant pas nouvelle. De fait, alors que près de 40% des femmes* des pays développés dissimulent leur couleur naturelle, cette pratique antiblanc a vu le jour il y a des milliers d’années: Egyptiens, Chinois, Hindous, Grecs ou Romains ont ainsi tous combattu la canitie (son nom technique) à coups de teinture. Mais comment expliquer cette guerre au crin opalin?

    Pour de nombreux anthropologues, la chevelure, hautement symbolique, est perçue comme l’extension visible de la force vitale d’un individu et participe à son identité sociale. Pour la chercheuse française Corinne Fortier, récemment interrogée à ce sujet, voir blanchir sa crinière c’est ne plus contrôler complètement l’image que l’on a de soi et qu’on veut présenter aux autres. Ce «signe visuel qui nous échappe» peut alors être mal vécu. Et les femmes sont les plus concernées! Car si – chez les hommes – cette marque du temps qui passe est lue comme un signe de sagesse, note Christian Bromberger, elle est a contrario analysée – côté féminin – comme la diminution, voire la disparition du potentiel séducteur et reproductif. Un cliché qui fait hurler les adeptes de la blancheur capillaire, dont l’écrivaine Tatiana de Rosnay:

    Afficher des cheveux blanchissants, c’est assumer une certaine sérénité et s’affranchir de la peur de vieillir. (…) J’ai décidé de les laisser pousser très longs. Je veux les revendiquer plus encore, ils sont mon étendard, avec eux je suis une femme forte!

    *Aucun chiffre précis concernant les hommes!


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