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    Sarah Marquis dans la jungle du Laos

    «Moi qui rêvais de voir des tigres, j’en ai rencontré d’une autre sorte…».

    Publié le 
    9 Décembre 2011
     par 
    Loyse Pahud

    On l’avait laissée en août traquant le léopard des neiges dans le désert de Gobi en Mongolie. Depuis, Sarah Marquis a traversé la Sibérie et le nord-ouest du Laos. Elle a arpenté des kilomètres de taïga et de jungle, et vécu quelques moments très (désagréablement) chauds! Nous l’avons atteinte au téléphone à Luang Prabang, une ville du Laos qui figure sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco pour ses trésors architecturaux. L’aventureuse y loge dans une petite pension à 10 dollars la chambre, et boit des cafés. Un luxe total… Elle passe là quelques jours en attendant d’obtenir son visa pour la Thaïlande. A cause des inondations, la situation s’est un peu tendue dans ce pays et la demande de visa est devenu un brin compliquée.

    FEMINA La jungle, il fait vraiment bon y dormir?
    SARAH MARQUIS Mais la jungle, c’est magnifique! C’est le plaisir de se réveiller au bord d’une rivière et de pêcher son petit-déj’ arc-boutée sur un tronc en surplomb, à l’aide d’un bas de ligne (ndlr: canne à pêche de fortune)… La jungle que j’ai traversée, dans le Nord-Ouest, est extraordinairement dense, la forêt comme tapissé par une sorte de lierre qui court d’arbre en arbre, et des lianes. C’est une jungle montagneuse. Il faut imaginer des flancs hachurés de coulées orange-rouge. C’est la couleur de la terre ici. En haut, on est à 1000 mètres, en bas, il y a une rivière. Le matin, un brouillard dense, chaud, mystique, couvre tout. Il se lève vers 11 h.

    Beaucoup de bestioles?
    Non, c’est triste. Pas d’animaux… Tout a été bouffé, pas un mammifère, pas de traces. Même pas d’oiseaux, pas de bruit… Juste quelques grenouilles et des serpents. Une fois, j’ai laissé un peu de riz devant ma tente pour voir qui viendrait. Eh bien juste des grosses fourmis. Mais pas seul un petit rongeur.

    Des mauvaises rencontres?
    Oui, moi qui rêvais de voir des tigres, j’en ai rencontré d’une autre sorte… Un soir, alors que j’étais en pleine jungle, et déjà couchée, des types armés d’une lampe frontale et de fusils automatiques ont essayé d’arracher ma tente. Ils étaient d’abord 5, puis ensuite 10, tout petits tout secs, des yeux injectés qui n’arrivaient pas à se fixer… Ils ont essayé de me soulever moi et la tente. Ils ont arraché ce qu’ils pouvaient, pris mon réchaud, ma théière, mes tongs… Je me suis énervée, et un coup de fusil est parti. Alors j’ai pensé qu’il fallait que je change mon attitude. J’ai cherché mon petit dico et je me suis mise à psalmodier la phrase «je viens de Suisse, je suis une touriste». Ça a duré de 9 h à minuit. Eux n’arrêtaient pas de me demander «vous êtes combien?» Je leur ai donné mon permis de conduire pour les calmer. Ils voulaient m’emmener, moi je n’ai pas bougé de ma tente. Finalement, ils en ont eu marre et ils ont disparu. Le matin, à l’aube, j’ai rejoint l’autre côté de la montagne. A 2 kilomètres, j’ai trouvé le village, et sur le chemin suis tombée sur toutes mes affaires, sauf mes tongs! Au village, je suis allée à l’école, et j’ai réclamé ma «carte» - mon permis de conduire - on me l’a apporté. Je suis partie en les traitant de tous les noms. Plus loin j’ai vu une immense pancarte qui disait que cette zone était interdite, danger de narcotrafic! J’étais tombée sur des trafiquants d’opium.

    Les villages, à quoi ressemblent-ils?
    Ils sont souvent perchés sur les sommets de la jungle. Quelques huttes de bambous, une dizaine ou une vingtaine d’habitants - tous la coupe bol - des femmes seins nus, des enfants sans culottes, des tout petits cochons, 2-3 chèvres, des petits chiens, le feu par terre… C’est très très pauvre. Parfois, j’ai eu l’impression que les habitants n’avaient jamais vu de Blancs. Quand ils me voyaient, les enfants partaient se cacher… Les vieux tout édentés étaient les seuls à saluer la «Falang» (la Blanche). Je n’ai pas pris de photos, on ne peut pas sortir son appareil dans ces conditions.

    Avant le Laos, il y a eu la Sibérie…
    C’était la taïga, immense… Une forêt intense de bouleaux et d’épicéas, avec un sous-bois haut de 1 mètre riche de fougères et de toutes sortes de hautes herbes. Je me suis régalée de fraises, de framboises, de myrtilles et de champignons. Je me fais confiance, si quelque chose ne m’inspire pas je ne le mange pas. J’ai essayé de pêcher. Mais il y avait vraiment peu de poissons dans le lac Baïkal. Ils tuent tout. Et je n’étais sans doute pas dans des endroits suffisamment isolés pour qu’il reste des animaux… Pas vu de traces d’ours.

    Et avec les gens?
    De gros problèmes! Ils sont bizarres. Il y a beaucoup d’alcool, de drogue, de pauvreté. Au sud du lac Baïkal, j’ai dû me cacher, fuir les villages, limiter mes contacts au strict nécessaire. J’avais encore ma charrette, donc toujours du riz.

    La prochaine étape?
    C’est la Thaïlande. Et puis j’ai décidé de prolonger mon expédition. Je veux aller jusqu’en Nouvelle Zélande!

    Et Noël? Comment une marcheuse fête-t-elle?
    Oh je m’en fous de Noël, je n’ai jamais aimé Noël de toute façon… Je serai dans ma petite jungle!

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