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    Le yoga a changé la vie de la soprano Brigitte Hool

    Quelles figures ont inspiré Brigitte Hool, soprano et auteure d’un roman consacré à Puccini? Un maître indien mais aussi des professeurs de chant et un chef d’orchestre d’exception.

    Publié le 
    2 Janvier 2017
     par 
    Jacques Poget

    On va interviewer la soprano qui brille sur les grandes scènes, la romancière qui publie «Puccini l’aimait», à l’Age d’Homme. Et on se trouve à bavarder dans sa cuisine avec une mère de famille gaiement affairée à ses sablés au gingembre et à la recette qui lui a fait gagner un concours. On les déguste, ses pâtes tomate-coco, assis au ras du sol entre la cantatrice, son mari et leur fils de 5 ans. Pieds de la table sciés parce qu’il faut rester souple pour vivre mieux et vivre vieux. Des coussins en guise de chaise, et on se tient droit!

    C’est que le yoga a changé la vie de Brigitte Hool; l’enseignement de son maître T.K. Sribhashyam l’aide autant dans sa pratique musicale que dans sa quête existentielle. Il y a eu bien sûr, auparavant, d’autres influences et stimulations – on y reviendra – mais celle du maître indien qu’elle rencontre «par hasard» à Neuchâtel est déterminante. Le yoga l’équilibre, l’éclaire et contribue à lui donner l’assurance rayonnante et joyeuse qui se dégage d’elle.

    Toute cérébrale qu’elle est aussi, la sensuelle Brigitte a gardé quelque chose de son enfance. Elle chantait en rentrant de l’école, un voisin sortait pour l’écouter, une prof de violon lui lança de sa fenêtre «Tu dois chanter!» Au collège, son don théâtral lui valut d’imiter les profs lors des revues annuelles. A 11 ans, chef d’attaque des violoncelles de l’orchestre de l’école secondaire, elle trouvait normal de lâcher son instrument juste le temps d’interpréter un solo de soprano. Elle est aussi une scoute assidue, mais à 15 ans la musique prend le dessus. Assistant à «La Bohême», elle sait: le chant sera son métier… et Yves Senn, fondateur de L’Avant-Scène Opéra, la choisit comme soliste dans un opéra pour enfants.

    Claustrophobe sur Terre

    Elle fait répéter la chorale de l’école secondaire, une centaine d’enfants à peine plus jeunes qu’elle. «Habillée de façon stricte, j’exerçais une autorité sans âge. Je tenais le rôle comme un enfant joue.» A 18 ans, elle dirige le chœur d’enfants du Conservatoire, fonde celui de l’université et se glisse clandestinement aux cours de l’uni avant d’avoir eu son bac, pour faire le bon choix. Ce seront Lettres (histoire de l’art, français) et Sciences-Po, pour son diplôme de journalisme. Histoire de comprendre le monde.

    Nous y voilà: on peut être surdouée, l’ignorer, et donc se sentir constamment à côté d’une réalité impossible à saisir. Bettelheim, Corneille... à 12 ans Brigitte a tout lu, mais l’abîme entre ce qu’elle sait et le monde qu’elle voit la rend «claustrophobe sur Terre».

    Extérieurement adaptée aux codes, elle reste intérieurement dans un état de sidération. Souvent, elle se tait pour éviter d’être incomprise. «De 15 à 25 ans, j’ai pris beaucoup de distance à cause de ce hiatus. Mais ce recul douloureux avait aussi quelque chose de juste qui m’a permis de commencer à écrire.» Elle s’oblige à aller vers les autres, «sinon je serais devenue une ermite, entre philosophie et musique, coupée d’autrui».

    Sa carapace protège l’adolescente contre une sensualité dont elle devine les dangers. D’un geste vif, elle dénoue ses cheveux et les fait voltiger: «Je n’ai jamais osé faire ça avant de comprendre à 25 ans que la carapace empêche de vivre la réalité mais ne protège pas. On souffre sans le savoir.»


    ©Francesca Palazzi

    Thèmes reçus du Ciel

    Qui l’aide alors à émerger? La reconnaissance l’illumine: Yves Senn pour le chant, Théo Loosli pour l’orchestre, et Pascal Griener, ce prof d’histoire de l’art qui fait de ses étudiants des chercheurs autonomes. Les cantatrices, Grace Bumbry et Mirella Freni, auprès de qui elle étudia. Une vie de dingue pour gagner à Neuchâtel de quoi payer les cours à Lugano, puis près de Modène. A force d’étudier, Brigitte a 30 ans – «trop tard pour les concours» – lorsqu’elle apparaît à la Scala. Appelée pour un Massenet par le metteur en scène qui ne l’avait pas retenue pour un Puccini à Toulouse! Son rire cascade en évoquant ce clin d’œil du destin, un parmi tant d’autres.

    Car sa vie imprévisible se déroule ainsi, à la surprise tranquille de ses parents tendrement aimés, l’influence première, et de ses frères, l’aîné scénographe et le cadet saxophoniste. Le père, dans les assurances, comme la mère, assistante sociale discrète et infatigable, n’ont jamais dit autre chose à leurs enfants que de faire ce qui les rendrait heureux.

    D’où le saut dans le roman… qui n’est pas que cela. De l’intrigue historiquement et musicalement avérée mais envoûtante de «Puccini l’aimait», une vérité essentielle surgit en douceur: «Les compositeurs de génie l’ont tous dit, ils ne sont pas les auteurs de leurs œuvres. Ils sont les transcripteurs de la musique universelle qu’ils perçoivent – par moments».

    Et Brigitte Hool d’éclater de rire: en chantant Puccini ou Mozart, elle sent très bien, étrangement fatigants pour la voix, les passages «composés, ajoutés» par le musicien entre deux thèmes reçus du Ciel. Vous n’y croyez pas? Ce n’est pas grave!

    Ce qui la dope Rien. Je suis dopée de l’intérieur! Vivre ma vie en plein, au service de l’auditeur, du lecteur, des collègues, des amis, de la famille.

    Son don inattendu Mon enfant. Il était espéré mais je ne sais pas ce qu’il me réservera. Je me réjouis.

    Sa shamelist Je voudrais aller au lit plus tôt, mais se coucher à minuit après un opéra, c’est comme dormir à 19 h après une journée normale. Et puis, j’avoue: je mets un bonnet de nuit quand il fait froid!

    Son dernier fou rire Chaque jour, en faisant des spectacles à la Charlot pour faire rire mon fils. Marcher sur mes pieds, faire semblant de tomber, me rattraper à une corde qui viendrait du ciel, basculer sur lui et finir en chatouilles. Et quand il rit, c’est moi qui craque.

    Son buzz Les choses affreuses – notamment les drames des immigrés – qui arrivent jusqu’à nous.


    ©AFP Photo/Philippe Huguen

    Sa news Femme Le combat d’Emma Watson, qui use de sa célébrité contre les inégalités entre hommes et femmes. Elle fait des clips, elle donne des chiffres, elle argumente.


    ©Getty Images for The Huffington

    Son actu Mon livre, épuisé en vingt jours, est réédité et il a fait les meilleures ventes des romans suisses au dernier Livre sur les quais, à Morges.


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