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    Interview: Bessa Myftiu, au bonheur des mots

    Aimer, lire, penser et transmettre pour faire triompher le beau: l’intellectuelle albanaise et suissesse d’adoption nous livre une recette du bonheur. La belle auteure nous parle de sa famille, de son passé et de ses inspirations. Elle vient de publier son nouveau roman, «La dame de compagnie».

    Publié le 
    13 Juin 2018
     par 
    Saskia Galitch

    Quand elle quitte l’Albanie «pour quelques semaines de vacances» et arrive à Genève en 1992, sa fille sous le bras, Bessa Myftiu ne se doute pas qu’elle va tomber sous le charme de la Suisse, ni qu’elle va y passer un doctorat en Sciences de l’éducation, donner des cours à l’Université de Genève puis à la Haute Ecole pédagogique de Lausanne, et encore moins que ce français – qu’elle ne parle pas encore – va devenir sa seconde patrie.

    Une patrie qu’elle explore aujourd’hui avec style, humour, profondeur et légèreté, comme en témoignent ses innombrables activités: lectures publiques en compagnie de sa fille Elina Duni [ndlr: chanteuse et musicienne de grand talent], séminaires éducatifs mais aussi traductions, rédactions d’essais, de critiques littéraires, de traités d’éducation, de recueils de poèmes, de contes et de romans, dont «La dame de compagnie», qui sort ces jours.


    Bessa et sa fille Elina Duni © Page Facebook de Bessa Myftiu

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    Le soleil de Tirana

    «C’est vrai, quand j’ai débarqué, presque par hasard, je ne pensais pas rester. Au contraire, même. En fait, j’étais sûre que mon pays me manquerait trop, que je ne pourrais pas survivre loin de Tirana. Pour moi, il était juste question de rentrer rapidement chez moi en maîtrisant suffisamment le français pour pouvoir l’enseigner. Mais voilà… de rencontres extraordinaires en coups de pouce du destin, j’ai pu avancer sur la voie des mots que j’avais viscéralement besoin de suivre… et je suis toujours là!»

    L’intensité bouillonnante et volcanique des Balkans dans son regard aussi bleu qu’un ciel de Méditerranée, l’intellectuelle albanaise reprend: «J’ai tout de même eu de la chance. Contrairement à beaucoup d’autres immigrés, je faisais partie d’un milieu culturel et artistique un peu marginal, ce qui m’a permis d’être immédiatement acceptée et de ne jamais avoir eu à subir de rejet ou de comportements racistes.»

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    Dans un éclat de rire cristallin, la belle ajoute: «Si j’y repense, je dois même admettre que j’avais sans doute beaucoup plus de préjugés sur les Suisses que les Suisses sur moi. Ma culture était tellement autre.» Elle croque dans un radis et explique:

    «Quand j’étais enfant, l’Albanie était une dictature communiste. Tout le monde avait la même maison, les mêmes choses à manger, les mêmes habits. Autant dire que tout ce qui venait de «l’étranger» rimait avec «diversité». Ça nous faisait rêver et nous fascinait, mais nous ne comprenions rien à ce qui nous était géographiquement extérieur.»

    Maintenant songeuse, Bessa Myftiu plonge en enfance: le soleil de Tirana, la mentalité albanaise qui la pousse à «toujours déloger la joie des grottes les plus profondes», puis se remémore avec gourmandise l’immersion dans la littérature russe et la passion avec laquelle, dès 9 ans, elle écoutait son père lui donner des conférences sur Hegel ou Lénine pendant que sa mère faisait la vaisselle.

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    © Page Facebook de Bessa Myftiu

    Virus qui contamine

    Dans une tendresse infinie, l’ensorcelante auteure glisse: «J’ai eu l’immense privilège d’avoir grandi sans contrainte, comme l’herbe sous le soleil, entre une maman enseignante pour qui j’étais un bijou et un papa écrivain qui m’a appris la liberté de penser.»

    Avec fierté, elle poursuit: «Mon père, Mehmet Myftiu, a été considéré dès 1957 comme un ennemi par le régime totalitariste installé par Enver Hoxha. En tant que dissident, il n’avait pas le droit d’exercer son métier d’enseignant en littérature, était interdit de publication et devait travailler comme vendeur dans une quincaillerie. Cela ne l’a pas empêché de rester indécrottablement optimiste. Il disait: «Je ne suis pas une victime, j’ai choisi mon sort.»

    «Il refusait de se mettre à genoux devant les dirigeants de cette époque et résister le rendait heureux. Cette manière d’envisager la vie et d’être si fondamentalement libre m’a énormément influencée, au point que, finalement, je n’aspire qu’à peu de choses: aimer, lire, écrire, penser et transmettre. Pour faire triompher le beau!»

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    Précisant qu’elle appelle ses parents «au moins 30 minutes tous les jours», elle les remercie pour l’éducation ouverte, intellectuellement surstimulante et l’amour inconditionnel qu’elle a reçus: «C’est aussi grâce à ça que j’ai pu m’acclimater aux coutumes lémaniques… et plutôt pas mal, je crois, même si mon frère se moque de moi et me dit que je suis comme les virus: je m’adapte juste ce qu’il faut, mais je contamine!» rigole-t-elle en remplissant généreusement des verres de raki. L’œil qui frise, Bessa Myftiu conclut: «Plus sérieusement, ici, je me sens bien, notamment parce que Genève me donne la possibilité d’avoir le statut de l’étrangère: quoi qu’il arrive, quelque maladresse que je puisse commettre, j’ai toujours l’excuse d’être Albanaise!»


    © Page Facebook de Bessa Myftiu

    Son actu Bessa Myftiu publie «La dame de compagnie», aux Ed. Encre Fraîche. A cette occasion, l’auteure sera présente, le 13 juin, à la Librairie de l’Ile, à Genève. Au programme: lectures, musique et buffet albanais.

    Ce qui la ressource «Nietzsche… et la solitude. J’en ai viscéralement besoin.»

    Son dernier fou rire «Avec mon frère, qui vit en Albanie, et qui m’a raconté la première soirée Drag Queen de Tirana!»

    Ce qui la rend fière «Ma fille Elina. Elle a un tel talent! Je suis très fière de voir que son nouveau disque fait partie des meilleures ventes sur Amazon!»

    Sur sa shamelist «Je suis en paix avec ce que je fais et avec ce que j’aime. J’assume donc mes goûts et mes envies!»

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