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    #FemmeFemina: Pénélope Bagieu, portrait d'une bédéiste féministe

    Dans «Joséphine», la bédéiste s’amusait de jeunes filles futiles, avec «les culottées», elle magnifie des femmes qui osent tout pour assumer leur destin. Un féminisme tardivement révélé par l’écrivaine Simone de Beauvoir.

    Publié le 
    1 Mai 2017
     par 
    Jacques Poget

    Si vous l’avez quittée à la case «Joséphine», la série qu’elle dessinait pour Femina (portée deux fois à l’écran, en 2013 et 2016), les deux albums des «Culottées» vous surprendront. La jeune Parisienne, racontée avec une auto-ironie caustique et une apparente désinvolture, a laissé la place à trente femmes, connues, inconnues ou méconnues, que Pénélope Bagieu admire sincèrement. A travers les époques et les continents, elles ont en commun de ne pas se plier aux injonctions masculines, de ne jamais se résigner et de faire ce qu’elles savent juste. A leur image, la bédéiste veut transmettre ces valeurs, une attitude combative face à l’existence et le courage tranquille de réaliser ce en quoi l’on croit.

    En quelques dizaines de vignettes suivies chaque fois d’une éclatante double page, Pénélope Bagieu raconte des vies entières. De la femme à barbe, qui osa faire de ces poils incongrus un glorieux avantage, à sa très chère Peggy Guggenheim, capable de défier les interdits sociaux pour mener sa vie au service de l’art tel qu’elle l’entendait; de l’inventrice du maillot de bain à la vulcanologue, ces femmes méritent d’être reconnues. «J’aurais pu consacrer 400 pages à chacune, mais je préfère instiller la curiosité, provoquer des découvertes.» Dans l’humour sec et tranchant des dialogues et des situations, même les plus tragiques, dans l’usage efficace des couleurs et la sobriété du trait, on sent l’exultation de l’auteure qui rend justice à ces héroïnes et prolonge leur combat.

    L’importance de transmettre

    D’où vient ce choix de la bande dessinée pour communiquer? Pénélope Bagieu ne le sait pas vraiment. Elle dessine depuis toujours, mais c’est le cinéma et l’animation qui l’ont conduite à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris et au Saint Martins College of Art and Design, à Londres. Elle a tourné avec des amis – on la voit sur YouTube dans des sketches déjantés – puis, l’illustration a primé. La pub pour vivre et la BD pour créer. Et transmettre. Le mot revient souvent dans sa conversation, pensée alerte, parole rapide, regard perçant.

    Mais si aujourd’hui Pénélope Bagieu veut transmettre et lutter, elle raconte une adolescence sans histoire ni engagement. «Dans la famille, c’est en vieillissant qu’on s’énerve, dit-elle avec une grande tendresse pour sa mère, journaliste scientifique, toujours plus militante. Je finirai à 70 ans enchaînée à un oléoduc», suppose-t-elle dans un éclat de rire. Car la conscience féministe lui est venue tard: à l’âge adulte, en lisant Simone de Beauvoir. «Le deuxième sexe»? Non, la théorie est venue après, tout a commencé par «Les belles images», roman d’une vie bourgeoise ordinaire, révélatrice de la condition féminine au quotidien. Pénélope Bagieu trouva ce livre si actuel qu’elle n’en crut pas ses yeux: il datait de bien avant sa naissance.

    Ce n’est donc pas du côté des grands noms de la BD qu’il faut chercher les influences formatrices. A part les somptueux albums dépliables en relief de sa mère, l’adolescente n’a pas de contact avec les livres graphiques. «Tintin au Congo», lu à 13 ans, l’horripile: raciste, tueur de singes, pas de filles dans son histoire! Elle préfère les jeux vidéo («une drogue»), les jeux de rôle avec les copains, la lecture compulsive de science-fiction et méprise toute coquetterie. «Je la considérais comme une perte de temps. Je me suis bien rattrapée par la suite! J’ai fini par comprendre que porter de belles chaussures n’empêche pas de lire des livres.»

    Un petit côté Mafalda

    Deux exceptions à l’indifférence de l’ado pour le neuvième art: la «Rubrique-à-brac», de Gotlib, et, surtout, la subtile et subversive Mafalda, bien vue de ses parents. Curieuse, à la fois naïve et lucide, la petite fille dessinée par Quino enfonce toujours le doigt là où ça fait mal, faisant éclater les absurdités du monde. Pénélope Bagieu adorait ça. Elle a d’ailleurs gardé quelque chose du personnage, maintenant qu’elle vit à New York, avec son compagnon de longue date, «un Français qui a un travail normal, avec un bureau, des réunions, une machine à café». Elle a, dit-elle, «un côté éponge semblable à celui de Mafalda, j’absorbe beaucoup de choses qui me dépassent et me font mal au ventre comme si c’étaient mes problèmes». Et aujourd’hui, elle a mal à son nouveau président américain et suit la marche du monde d’inquiétude en révolte. «C’est un cauchemar, mais heureusement, je n’ai jamais vu autant de gens qui résistent.»

    Cette année, l’artiste est revenue au festival de la BD d’Angoulême juste après son 35e anniversaire, en habituée, puisqu’elle y récoltait un prix, en 2011, pour sa première nouvelle graphique, «Cadavre exquis», y était faite chevalier des Arts et des Lettres, en 2013, et qu’elle avait l’honneur d’une exposition personnelle, deux ans plus tard. Cette fois, il a fallu bien du culot à l’artiste introspective et réfractaire aux projecteurs pour illustrer, en direct et sur grand écran, le concert de la chanteuse de jazz China Moses. Elle s’en est sortie avec honneur, portée aussi par le triomphe de son album «Culottées 1», vendu à plus de 100 000 exemplaires. Vivent les femmes qui osent!

     

     

    Ce qui la dope La FOMO (Fear Of Missing Out), soit la peur de rater quelque chose… qui empêche de choisir! Une urgence intérieure et le besoin d’être sûre d’avoir le temps de tout faire.

    Son don inattendu Je ne chante pas, mais je siffle très bien! J’entends une mélodie et je la reproduis très précisément.

    Sur sa shamelist Mes tatouages. Ils font partie de moi, vestiges d’autres vies. Le ridicule de phases plus jeunes s’est ainsi cristallisé.

    Son dernier fou rire Pendant ce séjour en France, le soir, après les rencontres de promotion de mon livre, je vis sous perfusion des copains – ils me manquent tellement à New York.

    Son buzz La femme de François Fillon et son «Penelopegate». Personne ne s’appelle comme moi. Et voilà que j’entends – c’est insupportable – 50 gags par jour sur mon beau prénom antique, trouvé par ma tante quand mes parents n’arrivaient pas à se mettre d’accord, au dernier moment, pour m’inscrire à l’état civil.


    Pénélope Fillon. ©Michael Bunel/NurPhoto

    Sa news Femme Une très belle nouvelle: l’adoption par le Parlement français de la loi sur le délit d’entrave à l’IVG. N’importe qui pouvait en toute impunité faire de la désinformation, culpabiliser les femmes enceintes, et surtout les très jeunes filles, qui cherchaient de l’aide sur Internet.


    ©Michael Bunel/NurPhoto

    Son actu Les dédicaces des «Culottées». Tant de rencontres avec des jeunes filles qui savent que tout est possible pour elles, et avec des grands-mères qui offrent un livre à leur petite-fille pour qu’elles le sachent!


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