news people

    #FemmeFemina: Catherine Loewe, avocate et icône de mode

    Etre à la fois avocate à Genève et icône de la mode, un périlleux grand écart? Pas le moins du monde, grâce aux influences cosmopolites qui ont bercé sa jeunesse.

    Publié le 
    25 Juin 2017
     par 
    Jacques Poget

    Quelles forces ont façonné la vie de cette mannequin senior, de quelles dettes de reconnaissance s’acquitte-t-elle, la lionne aux cheveux blancs des défilés de Gaultier, des pages de «Vogue» et «Vanity Fair»? On attend le Who’s Who de la mode, et voilà qu’elle nous parle d’une vieille dame, dans le quartier des Charmilles de son adolescence, qui lui enseigna le yoga. Par curiosité, Catherine accompagne une amie pour une heure de cours. Elle croche. Apprend à «prendre conscience de son corps, à le sentir dans tous ses aspects, à le respecter, que cela devienne un réflexe naturel. Et aussi, grande leçon, la concentration! Une influence majeure.»

    Même époque, ses voisins de palier, l’extraordinaire couple Slonim. Plus jeune membre de la constituante russe de 1917, exilé, Marc, grand spécialiste de la littérature de son pays, finit sa vie à Genève avec son épouse Tatiana, jadis cantatrice de renom. Catherine, sa sœur, et leur petit frère sont toujours fourrés chez ces grands-parents de substitution. Gâteaux, langue et culture russes, musique, littérature, «un bain international» imbibe l’esprit de la jeune fille. Elle se souvient de la merveilleuse collection d’icônes, offerte plus tard au Musée d’art et d’histoire. Tatiana avait accroché l’image sacrée en papiers découpés confectionnée pour elle par Catherine, qui voulait faire les Beaux-Arts.

    Autre influence, le quartier lui-même. Dans ces Charmilles des années 60 peuplé de familles onusiennes, les copains sont yougoslaves, indiens, espagnols, américains. Le contact avec d’autres cultures est normal, il stimule la réflexion.

    Une ado maigrichonne

    Autre source d’enthousiasme, plus tard: la rencontre avec le banquier et philanthrope Yves Oltramare, instigateur de groupes de réflexion, dont la Fondation pour Genève. Catherine s’implique dans ces cercles avec délectation… jusqu’au moment où on lui propose de porter en politique les idées qu’elle défend. Sa lucidité lui dicte un refus. Elle se sait trop intransigeante et impatiente pour évoluer sur ce terrain qui demande entregent et aptitude au compromis. Ses parents, lui franc-maçon, elle protestante, lui ont inculqué la liberté, l’autonomie, la responsabilité, sans forcément lui léguer patience et diplomatie!

    La liste de ses influences dessine déjà le caractère de cette native des Montagnes neuchâteloises, transplantée à 7 ans à Genève par des parents eux-mêmes enfants d’émigrés de l’Emmental. Une ascendance qui se voit, dit-elle, à ses pommettes hautes… selon un antropomorphologiste qui arrêta un jour sa sœur en reconnaissant ce type physique si caractéristique.

    Elle égrène les souvenirs, dans le salon XVIIIe de sa résidence des Bastions. Souligne qu’adolescente, «androgyne maigrichonne», elle ne trouvait pas de vêtements pour son mètre huitante et les réalisait elle-même selon ses idées. Qu’elle s’indigna lorsque sa mère, divorcée à 50 ans, dut gagner sa vie après avoir travaillé sans salaire à la fiduciaire du père. Qu’elle souffrit de son impuissance face à l’addiction de son frère – et admire la façon dont il s’en est sorti, aux Rives du Rhône. Qu’elle s’occupe de sa fille, «miraculée», en rééducation après avoir été transportée, tétraplégique, au Centre des paraplégiques de Nottwil, et l’accompagne à Londres chaque mois pour un traitement.


    ©Fadil Berisha Studio

    Elle secoue sa crinière, son atout mode. Après une grossesse, cette ample chevelure châtain clair se panacha de mèches blanches, qui gagnèrent tout le terrain. Pas question de teinture – et c’est ainsi qu’un jour, en shopping chez Globus, Catherine tapa dans l’œil de la directrice de l’agence Visage.

    Des egos monstrueux

    Début, à 57 ans, d’une carrière parallèle pour l’avocate spécialiste du droit des affaires et historienne de l’art, mère de quatre enfants. Mais avant, un pow-wow familial était nécessaire. Pouvait-elle se risquer dans les magazines et sur les podiums? Affirmatif, répondit le clan en riant.

    Il lui fallait un pseudonyme, elle le choisit léonin – crinière et confiance en soi méritent bien que, pour le monde de la mode, Catherine se nomme Loewe (lionne). La suite est connue, y compris, grâce à YouTube, l’ouverture du défilé de Jean Paul Gaultier qu’elle termina, très à l’aise, chaussures à la main… après trois chutes. Malgré sa haute taille, elle chausse petit, et flottait dans ses escarpins vertigineux.

    Elle adore ce métier, créatif, esthétique, avec un côté ethnologique: elle raconte des rencontres passionnantes, des egos monstrueux et des talents d’exception. Elle apprécie que la notoriété du mannequin serve à défendre ses valeurs: «cohérence, honnêteté, sincérité, indépendance vis-à-vis de la norme qu’on cherche à nous imposer.» Reconnaissante de tout ce qu’elle a reçu de la vie, l’avocate s’efforce de rendre, bénévolement. Elle siège au comité de gestion de l’Ecole Brechbühl, aux conseils de fondation du Musée de la Croix-Rouge et du Verbier Festival, dont elle préside aussi l’Association des Amis.

    Ce qui la dope La curiosité, l’envie de comprendre comment fonctionnent les choses, dans tous les domaines.

    Son don inattendu La chance de pouvoir faire pas mal de choses à la fois – les femmes sont multitâches! M’occuper d’une école privée, du Verbier Festival, du Musée de la Croix-Rouge… et sortir la perceuse pour accrocher un tableau.

    Sur sa shamelist Avec l’âge, on se sent de moins en moins honteux… et moi de mieux en mieux dans ma peau.

    Son dernier fou rire Avec Sophie Fontanel, critique et romancière. Une amitié capillaire: elle avait posté sur Instagram une photo de ma crinière, prise de dos dans un café parisien, et c’est ainsi que nous avons fait connaissance.

     

     

    Son buzz J’étais à Londres lors de l’attentat du London Bridge. La photo de l’homme qui s’enfuyait sans lâcher sa pinte de bière n’est pas cocasse. Elle symbolise la volonté de résister, la fidélité à une façon d’être, à la sociabilité. On va continuer à se retrouver pour boire une bière, les terroristes ne nous feront pas changer.

    Sa news Femme Se souvenir d’Emilie du Châtelet, «meilleur ami» de Voltaire. Un esprit brillant, une femme libre, morte en couches à 40 ans, en 1749. L’incarnation de l’esprit des Lumières.

    Son actu Le Verbier Festival! Il commence le 21 juillet 2017, c’est demain. Les Amis, que je préside, fournissent énormément de prestations, en argent et aussi en nature: accueil des artistes, logement, dîner… toute une organisation.


    ©Nicolas Brodard

    A lire aussi:
    Christie Brinkley, 63 ans, fait la couverture de Sports Illustrated
    #FemmeFemina: Marina Rollman, l’humour au féminin
    #FemmeFemina: Lauriane Gilliéron, ex Miss Suisse audacieuse

     

    A lire également
    Le monde retient son souffle: le surnommé «Baby Sussex» devrait voir le jour à tout moment!
    O
    hilaria baldwin rues new york
    Sur Instagram, la femme d’Alec Baldwin a publié un touchant message.
    O
    Issue de la dynastie Gandhi, elle est l’arme secrète du Congrès pour déloger l’actuel premier ministre indien.
    O
    Voyage
    Vous aspirez davantage à des vacances plus green, sans (trop) de traînées de kérosène pour y arriver? Cette sélection de lieux est faite pour v(n)ous.
    O
    Cuisine
    Dans les Grisons, une ferme salmonicole durable offre un poisson de qualité qui se retrouve sur la table des restaurants.
    O
    Cuisine
    «Est-ce que cette branche de céleri m'apporte de la joie..?»
    O