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    Esther Mamarbachi, l’autorité au féminin

    Fruit d’un joli mélange d’origines et d’une éducation stricte, notre star de l’info a toujours su ce qu’elle voulait..

    Publié le 
    13 Octobre 2014
     par 
    Edmée Cuttat

    Un corps mince et musclé de marathonienne, de grands yeux noisette, elle a un petit côté latino-oriental qu’elle tient de ses origines. Esther Mamarbachi, journaliste et productrice, énergique responsable de l’émission d’information «Infrarouge» à la Télévision romande, est née d’une mère Espagnole et d’un père Syrien qui a obtenu la nationalité suisse. Ses parents se sont rencontrés à Paris à la fin des années 50 et sont venus s’établir à Fribourg. C’est là qu’elle a vu le jour, grandissant dans un milieu catholique où elle a reçu une éducation religieuse. C’est surtout de là qu’elle se revendique. La télévision n’en a pas fait une Genevoise. Esther reste attachée à sa région. Avant d’être Suisse elle se sent Fribourgeoise. «Je trouve important dans notre pays cette appartenance à un canton.»

    Esther se rappelle une enfance heureuse, dans le confort matériel. «Lorsque j’avais 10 ans, nous avons déménagé dans une maison à la campagne. Je traversais des champs de maïs pour aller à l’école. Je piquais des épis chez le voisin. C’était un temps béni, celui de l’insouciance, de l’innocence.»

    Il y avait beaucoup de femmes dans la famille. «Nous étions trois filles. Mais nous ne sommes plus que deux.» Un silence, une ombre passe dans son beau regard brillant… «C’est toujours comme ça quand on me pose la question. Je suis celle du milieu. J’ai une sœur plus âgée et une plus jeune qui est morte il y a quinze ans. Elle avait six ans de moins que moi…»

    Ses parents sont aujourd’hui retraités. Sa mère était professeur d’espagnol, son père ingénieur forestier. «Il a voué toute sa vie aux arbres et moi je courais dans les forêts dont il s’occupait. Il me les racontait et m’a ainsi donné son goût profond pour la nature. C’est quelqu’un de très sociable, facile à vivre, amoureux de ses filles. Il était le seul homme de la maison et ne s’est jamais plaint de ne pas avoir de garçon. C’est le contraire du macho tel qu’on pourrait l’imaginer, d’ailleurs c’est plutôt lui qui cuisinait à la maison.»

    Très ouvert, il a su s’adapter à son nouvel environnement. Pourtant ce n’était pas évident d’afficher son altérité à Fribourg. «Son chef lui avait même suggéré de changer son nom, mais il a catégoriquement refusé.» Esther savait aussi qu’il y avait chez elle quelque chose de différent, culturellement. «On ne m’a pas mise sur des skis à 3 ans et je ne fêtais pas la Bénichon.»

    Un héritage de femmes fortes

    Pas question pour elle non plus de changer quoi que ce soit. A commencer par son nom. Même si elle s’est mariée. Pourtant, bien que cela puisse paraître curieux actuellement, ce n’était pas si simple quand elle a réussi à entrer à la Télévision romande en 1999. «Esther Mamarbachi, ça sonnait bizarre à l’époque pour le téléjournal. D’autant qu’il y avait déjà Darius Rochebin!» Il en aurait fallu davantage pour freiner les ambitions de la jeune Esther au caractère bien trempé, hérité de sa mère. Et de sa grand-mère. Des femmes fortes. «Ma mère était fille d’agriculteurs, mais elle a fait des études universitaires et a toujours travaillé. C’est aussi une femme économe. Elle a connu la guerre. Chaque sou compte. Elle fait du compost, du tri depuis des années. Elle ne jette pas la nourriture, garde les choses longtemps, les soigne pour qu’elles restent comme neuves.»

    Faisant partie d’une fratrie de huit frères et sœurs, son père ne vient pas non plus d’un milieu aisé. «Ce sont des choses qui laissent leur empreinte à travers les générations. Même si j’ai une petite notoriété, je ne suis pas une flambeuse. Mes parents m’ont appris à rester modeste, à garder les pieds sur terre et surtout à me débrouiller seule. Après avoir essayé trois fois à la télévision, j’y suis finalement arrivée. J’en suis plutôt fière.»

    Esther se défend de reproduire le modèle familial. Sinon pour l’améliorer. «Il est certain que j’ai toujours voulu des enfants, pour leur donner à la fois l’envie et la joie de vivre que j’ai connues. C’est extraordinaire de mettre un bébé au monde. Cela m’a apaisée, fait prendre de la distance, permis de savoir où est l’essentiel. Mais d’ici à reproduire un schéma…» Quand elle compare l’éducation qu’elle donne à ses enfants Isabelle et Alexandre avec celle qu’elle a reçue, elle note que ses parents se montraient beaucoup plus sévères, plus stricts. Sa mère encore davantage que son père. «J’avais des rapports différents avec chacun. Ma mère était là pour rappeler les règles, mon père avait le beau rôle. En même temps, ils étaient Latins donc aimants. Reste que pour tous les deux il fallait avoir de bonnes notes, bien se comporter en classe, passer le bac et aller à l’université. Ils avaient la vision claire d’un parcours classique dont il était difficile de dévier.»

    La course vers la liberté

    Esther était d’ailleurs une élève studieuse. Elle n’a pas fait de crise d’adolescence ou de grosses bêtises. «J’étais assez docile, je ne me suis pas trop opposée à mes parents, donc il y avait peu de frictions. A 16 ans, j’ai commencé la course à pied. Quand j’y pense, si je n’étais pas une rebelle, c’était quand même une façon de m’évader. J’ai découvert la liberté en courant dans la forêt de Belfaux à Fribourg. Je me baladais seule dans les bois. J’ai gardé ce besoin de l’effort en allant à vélo à l’université et maintenant à mon travail. Quand je ne pourrai plus le faire, ce sera une mauvaise période de ma vie.»

    Esther doit à ses parents une forme d’exigence et de perfectionnisme aussi bien sur le plan professionnel que privé. Par ailleurs, la pratique de la course lui a donné l’endurance, la rigueur, une volonté de se dépasser, un contrôle de soi qu’elle conserve bien qu’elle ait arrêté ce sport il y a trois ans pour des raisons physiques. Et de tout cela, Esther a tiré l’autorité dont elle fait preuve à l’émission d’actualité politique «Infrarouge». Un euphémisme selon certains détracteurs agacés par sa fermeté... Une chose est sûre, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds par ses invités, maintient son cap et n’hésite pas à rappeler aux trublions que c’est elle qui est aux commandes.

    Ses choix d’étudiante et de journaliste, métier qu’elle a d’abord exercé à l’Agence télégraphique suisse, puis au «Journal de Genève» et au «Temps», n’ont pas été déterminés à la base par son environnement familial. «Je pense qu’on essaie de se forger une individualité. Je dirais que je me suis construite à la fois contre et avec mes parents. Leur exemple était bon à suivre. L’enfance, ce que vous apprenez, vous marque à jamais. Je suis consciente de ce que je suis, d’où je viens, de ce qu’on m’a transmis et de ce que je souhaite transmettre à mon tour.»

    Au départ, Esther hésitait entre sciences politiques et théâtre. Avant d’estimer nettement plus sage de laisser tomber la scène pour passer un master en politique de développement. Et de développer une passion pour la politique, à l’évidence nourrie par les nombreuses discussions avec une mère marquée par le franquisme et un père syrien.

    Débats politiques en famille

    Elle évoque des repas pimentés de politique étrangère. «On parlait naturellement énormément de la Syrie, des conflits au Moyen-Orient en général. A l’époque, avec mes sœurs, on écoutait beaucoup notre père. C’était normal, c’était lui qui savait. Mais il avait une position plus tranchée que la nôtre. Une très forte conviction qu’on tentait d’ébranler. On continue naturellement à disserter sur tous ces sujets. L’autre jour on a encore parlé de l’Irak et de la place des chrétiens dans cette région qui m’est si proche. On refait chaque fois le monde. C’est ce qui nous unit.»

     

    Curriculum vitae

    1967 Naît le 26 juillet. «Oui, je suis Lion.»

    1997 et 2000 Les naissances de ses enfants, Isabelle d’abord puis Alexandre. «Ce sont les deux plus belles choses que j’aie faites dans mon existence.»

    1999 «Le décès de ma sœur, et mon entrée à la TV en juin. Un nouveau chapitre qui m’a donné une autre visibilité et des opportunités.»

     

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