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    «Enfants de», la nouvelle aristocratie?

    Ils ont toujours joui d’un certain privilège: celui d’être connus avant même de faire la moindre chose de leurs mains. Mais en 2016, les «fils et filles de» règnent en maîtres comme jamais dans le monde de la mode et du cinéma. Au point de composer une sorte de caste. Une nouvelle classe supplantant la noblesse?

    Publié le 
    20 Avril 2016
     par 
    Nicolas Poinsot

    Ils sont beaux. Ils sont riches. Ils sont jeunes. Ils fréquentent déjà les grands de ce monde et leurs portraits sont partout. Des princes, des princesses? Presque. Ils n’ont peut-être pas de titre de noblesse officiel, mais leur vie ressemble à un conte de fées en bonne et due forme. Eux, ce sont les «enfants de». En mode croissance exponentielle ces dernières années, ils ont pris le pouvoir et imposé leur image dans les médias, la culture, le luxe. Encore en âge d’aller à l’école. Souvent totalement inexpérimentés. Et pourtant adoubés comme des héritiers dans un royaume qui vend du rêve.

    Lily-Rose, fille de Vanessa Paradis et Johnny Depp? 16 ans, à peine sortie de l’anonymat de l’adolescence et aussitôt propulsée égérie de Karl Lagerfeld par sa simple appartenance à une lignée très médiatique. Kaia Gerber, fille de Cindy Crawford? 14 ans et déjà prise sous l’aile du créateur Alexander Wang. Willow, fille de Will Smith? 15 ans et vite propulsée dans un triptyque cinéma/mannequinat/chanson.

     

     

    Une photo publiée par Kaia Gerber (@kaiagerber) le

     

    OK, on ne jouera pas les mauvaises langues en questionnant les compétences réelles de ces muses plutôt précoces. Mais quand même: le simple fait d’être bien né semble aujourd’hui un sacré avantage. Les rejetons de stars seraient-ils en train de former une nouvelle aristocratie? «On a toujours vu émerger des «fils et filles de» dans la sphère publique, uniquement parce qu’ils avaient des parents célèbres, remarque Gianni Haver, sociologue de l’image à l’Université de Lausanne (UNIL). Mais il faut noter une évolution: si dans le passé il fallait se faire un prénom avant d’espérer percer, de nos jours, leur patronyme suffit pour qu’ils soient perçus comme faisant partie de l’élite.» Autant dire une logique qui prédomine dans les rangs des têtes couronnées depuis des siècles.

    Des privilèges avant les mérites

    D’ailleurs, certains cas font franchement penser à des familles royales. Telle Inès de la Fressange et ses deux filles, Nine et Violette, apprenties mannequins pour les shootings les plus classieux. Ou le clan Beckham, dont les enfants adolescents brillent déjà dans le gotha. Il y a Roméo, devenu égérie pour Burberry à 10 ans. Brooklyn, proclamé photographe de mode à seulement 16 ans pour une campagne de cette même marque, au grand dam des professionnels de l’objectif.

     

     

    Une photo publiée par BB (@brooklynbeckham) le

     

    Et aussi Cruz, 13 printemps et présenté comme le prochain Justin Bieber parce qu’il chante dans sa salle de bains, sur les traces de sa maman. «Il y a aujourd’hui cette croyance dans le fait que le talent serait héréditaire, observe Valérie Gorin, sociologue des médias à l’Université de Genève (UNIGE). On hérite en quelque sorte de gènes talentueux, intrinsèquement remarquables. Ce qui va bien dans le sens de cet aspect aristocratique des «enfants de» actuels, qui se renforce: à l’origine, la noblesse était une caste supérieure à laquelle on accordait des privilèges et des qualités avant même de mesurer ses mérites réels.»

     

     

    Certes, mais comment, dans notre imaginaire, a-t-on fait passer les membres du showbiz des scènes et podiums aux escaliers de châteaux légendaires? Peut-être adorons-nous suivre les représentants d’un univers fabuleux, un tantinet fantasmé, note Gianni Haver: «La presse people actuelle s’ancre dans les magazines des années 30, qui suivaient surtout les vies des personnages couronnés. Or, l’aristocratie de notre époque est assez invisible: outre quelques figures ultra-médiatisées comme Kate Middleton, une grande partie de la noblesse est inconnue du grand public, cachée dans une nébuleuse. Dans les enfants de stars qui réussissent, on voit donc une sorte d’aristocratie palliative, qui nous fait rêver, nous divertit aussi. Bien qu’elle ne dispose pas du véritable pouvoir, car elle nous en met d’abord plein les yeux avec ses paillettes.»

    L’enfant, objet marketing

    Mais l’émergence des «fils et filles de» n’est pas due à un simple concours de circonstances. Derrière ces histoires de gamins côtoyant les icônes planétaires, s’affichant dans les magazines de luxe et devenant des machines à rêve, il y a, en coulisses, toute une mécanique bien huilée. «De nos jours, l’image d’une star ne se construit pas qu’avec son physique, son prestige ou sa fonction: l’enfant fait partie de ses attributs, souligne Valérie Gorin, comme une extension de sa personne. C’est assez cynique à dire, mais il est un peu comme l’une des composantes de son look, au même titre que le nouveau sac tendance affiché à son bras. Il prolonge le récit de la star dans les médias.»

    Et lorsque la VIP est «bankable», forcément, tout ce qui se trouve à proximité l’est également. L’enfant de star? Une bannière commerciale qui fait fantasmer les grandes marques. Les voilà donc qui s’engouffrent dans la brèche. Surtout celles qui gravitent autour du style, car «la mode investit de plus en plus le monde de l’enfance pour des motivations marketing» rappelle la sociologue de l’UNIGE. «En effet, on préfère miser sur eux car ils représentent un capital initial mesurable, celui de leurs parents, analyse à son tour Gianni Haver. L’investissement est ainsi beaucoup moins hasardeux.» Mariage des plus heureux: le luxe ayant longtemps été l’apanage de la noblesse, les enfants de célébrités embarqués dans les campagnes des maisons prestigieuses sont aussitôt étiquetés graines d’aristocrates. Bref, la boucle est bouclée.

    Reste que contrairement aux vrais individus de sang bleu, cette entrée par effraction dans l’univers de la noblesse n’est peut-être pas définitive. «On parle beaucoup de mini-Cindy dans le cas de sa fille Kaia, ou de mini-Madonna pour Lourdes, comme si le caractère héréditaire de leur talent était acquis et allait fonder une dynastie, constate Valérie Gorin. Mais il faudra attendre une génération pour voir si cela se vérifie. Des échecs vont probablement survenir.» Des désillusions, voire carrément des catastrophes. Car «dans les années 80-90, on aimait surtout parler des «enfants de» pour leurs excès et leurs échecs, tels le fils de Michael Douglas ou Mélanie Griffith». Créature onirique et supérieure un jour, objet de la risée générale le lendemain. Les nobles rejetons doivent se méfier: il y a peut-être un gouffre au bout du tapis rouge.


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    Kaia Gerber, 14 ans, fille de Cindy Crawford et Rande Gerber


    © Getty

    Déjà pressentie pour prendre la relève de sa maman, l’adolescente a posé dans la campagne printemps-été 2016 d’Alexander Wang. Elle alimente par ailleurs un compte Instagram très populaire.

    Suri Cruise, 10 ans, fille de Katie Holmes et Tom Cruise


    © Getty

    Elevée au rang de it-girl dès le berceau, la petite Suri s’est surtout fait connaître pour ses caprices de (mini) star: chaussures à talons, manteau hors de prix et orgie de produits de beauté dès l’âge de trois ans. Plus récemment, elle aurait décidé de virer son professeur de guitare pour cause de «différends créatifs». Et le melon sinon ça va?

    Jaden Smith, 17 ans, fils de Jada Pinkett et Will Smith


    © Getty

    Dans la fratrie Smith, très médiatisée, le jeune Jaden a fait les choses en grand tout en se jouant des codes. On l’a en effet vu poser dans la campagne printemps été 2016 de Louis Vuitton, au milieu de mannequins féminins. Détail piquant? Il y porte une jupe plissée. Quant à sa sœur Willow, elle est déjà une star.

    Rafferty Law, 19 ans, fils de Sadie Frost et Jude Law


    © Getty

    Un brin chanteur, un brin mannequin, comme sa sœur Iris, le Britannique a notamment figuré dans des campagnes pour la marque DKNY.

    Lily-Rose Depp, 16 ans, fille de Vanessa Paradis et Johnny Depp


    © Getty

    Avec sa taille de puce et sa silhouette type brin d’herbe, elle aurait pu passer inaperçue. C’était sans compter sur son magnétisme et son audace. Déjà icône des magazines de mode alors qu’elle sort à peine de l’adolescence, Lily-Rose a même été sacrée égérie Chanel. Comme sa maman.

    Rumer Willis, 27 ans, fille de Demi Moore et Bruce Willis


    © Getty

    Très tôt partie sur les traces de ses parents, Rumer est apparu pour la première fois au cinéma en 1995. C’était dans Souvenirs d’un été. On l’a également aperçue un an plus tard dans Striptease, un polar un peu sulfureux où s’effeuillait sa maman. Elle a deux sœurs, Scout Larue et Tallulah Belle, elles aussi bien connues des médias.

    Shiloh Jolie-Pitt, 9 ans, fille d’Angelina Jolie et Brad Pitt


    © Getty

    Pas encore actrice, ni mannequin. Mais déjà très engagée pour les autres, à l’image de sa maman, ambassadrice au haut-commissariat pour les réfugiés des Nations Unies. On l’a ainsi vue porter des T-shirts aux slogans très politiques, favorables aux réfugiés.

    Brooklyn Beckham, 17 ans, fils de Victoria et David Beckham


    © Getty

    Avoir 6,4 millions d’abonnés sur Instagram, est-ce l’équivalent d’un impressionnant CV? La réponse est oui, puisque Burberry l’a récemment nommé photographe pour sa nouvelle campagne.

    Alain-Fabien Delon, 22 ans, fils de Rosalie Van Breemen et Alain Delon


    © Getty

    Sa relation avec son papa aurait été assez compliquée, admet-il. Reste que la filiation lui a offert quelques belles opportunités, comme cette nomination en tant qu’égérie de Dior pour la campagne printemps-été 2016.

    Georgia May Jagger, 24 ans, fille de Jerry Hall et Mick Jagger


    © Getty

    Elle a débuté sa carrière dans le mannequinat dès 15 ans. Avant de passer devant l’objectif des plus prestigieux photographes de mode: Mario Sorrenti, Patrick Demarchelier ou encore Terry Richardson.

    Julia Restoin Roitfeld, 35 ans, fille de Carine Roitfeld et Christian Restoin


    © Getty

    Fille d’une célèbre rédactrice en chef de Vogue France, elle a été choisie par Tom Ford, un ami de la famille, pour être l’égérie du parfum Black Orchid en 2006. Depuis, on l’a vue devenir graphiste ou consultante pour plusieurs enseignes de vêtements.

    Violette d’Urso, 16 ans, fille d’Inès de la Fressange et Luigi d’Urso


    © Getty

    Avant de craquer pour le minois de Lily-Rose Depp, Karl Lagerfeld avait élu la jeune Violette nouvelle muse de ses shootings. Elle apparaît ainsi, dès l’âge de 15 ans, dans les pages de Vogue ou Vanity Fair. Sa grande sœur, Nine, 20 ans, est également égérie pour une grande maison de luxe.

    Dylan Penn, 25 ans, fille de Robin Wright et Sean Penn


    © Getty

    On l’a découverte à l’occasion d’une idylle de courte durée avec le vampire charmeur Robert Pattinson. Depuis, elle a posé pour divers magazines, dont W, et vient de commencer une carrière d’actrice. Elle a notamment joué aux côtés de Kevin Spacey.

    Margaret Qualley, 20 ans, fille d’Andie McDowell et Paul Qualley


    © Getty

    Elle est peut-être sur le point de suivre les pas de sa mère: après une première apparition dans Palo Alto, de Gia Coppola (elle-même nièce de la talentueuse Sofia), elle est au casting de la série «The leftlovers», sur HBO.

    Lourdes Leon, 19 ans, fille de Madonna et Carlos Leon


    © Getty

    Durant son enfance, on a beaucoup, beaucoup parlé de ses sourcils broussailleux. Mais les temps ont changé, Cara Delevingne a fait de cette particularité un détail sexy, et Lourdes est désormais égérie pour Stella McCartney. On la dit même encore plus belle que sa maman…

     

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