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    La Corse à travers 8 femmes artisannes

    L’île est un véritable réservoir de beautés! Si nous l’avons choisie comme destination, c’est parce qu’elle est si proche et pourtant si exotique..

    Publié le 
    8 Octobre 2012
     par 
    Julien Pidoux

    Connue pour ses plages et ses montagnes, elle l’est moins pour ses femmes 100% terroir. Huit d’entre elles nous ont ouvert leur porte. Alors, allez leur rendre visite.

    Il y a de cela un nombre conséquent d’années, un certain Napoléon, passant en bateau près de la Corse, aurait dit: «Je sens mon île de loin.» Référence aux parfums suaves qu’exhale partout l’île de Beauté. Aux odeurs envoûtantes des plantes sauvages – immortelles en tête – et des agrumes viennent désormais se mêler le chocolat d’Alexia, le fromage de Charlotte ou le safran d’Anne. Entre autres.

    Il est à peine 6 heures du matin quand nous rejoignons le capitaine Guido Pergola sur le pont du Mega Express de Corsica Ferries, afin d’assister à l’arrivée de ce géant des mers dans le petit port d’Ajaccio (Aiacciu en Corse). On est bien loin de la France métropolitaine, de ses grandes villes aux banlieues interminables et aux paysages balafrés. En ce lundi matin, la plus grande ville de l’île a des ambiances de village endormi, et les cafetiers mettent en place leur terrasse malgré le temps maussade. Durant cinq jours, nous allons sillonner l’île de Beauté, afin de rencontrer ces femmes qui promeuvent l’identité corse à travers leur métier, leurs produits, leur passion.

     

    A Sarrola-Carcopino chez Charlotte et ses chèvres

    Au volant de notre voiture de location, direction Sarrola-Carcopino, petite commune qui grimpe de la plaine jusqu’à plus de 1100 mètres d’altitude. C’est ici que Charlotte Lugrezi s’occupe de ses 200 chèvres, aidée par son compagnon Raphaël, sapeur-forestier. Il est à peine 9 heures, mais la journée de Charlotte est bien avancée. «Je me lève tous les jours à 3 heures 30 du matin, je prends le baby-phone et je descends m’occuper du fromage jusqu’à environ 8 heures. Je me rends ensuite auprès des chèvres parce qu’elles peuvent faire beaucoup de bêtises, il faut les surveiller!»

    Si la vie de bergère-fromagère n’est pas si évidente au XXIe siècle, le commerce de Charlotte et Raphaël se porte bien. En mai, leur fromage a décroché un prix d’excellence lors d’une foire artisanale et on commence à trouver leur brocciu (préparation à base de petit-lait) dans toutes les épiceries fines de l’île.

    Charlotte appelle ses chèvres par leur nom: Pomme d’Api et sa sœur Pomme Rainette; Colombe, ses 13 ans d’âge, son arthrose et sa générosité («elle fait téter tout le monde, c’est les Restos du Cœur!»); Tartine, le bouc castré que tout le monde préfère appeler «le préfet», parce ce qu’il est le seul à ne pas être du coin et à vouloir imposer ses règles.

    Le temps a passé, il est midi: «Vous avez le temps pour un spuntinu?» Une fois mis au courant du sens de ce terme (un en-cas, donc), nous voici face à du saucisson, du fromage, de la salade, des spaghettis, du vin rouge. «Vous aimez le fromage? Je vais vous en faire goûter un, il a un an d’affinage.» L’hospitalité corse, ça se mérite, parfois.

    Les fromages de Charlotte Lugrezi s’achètent sur place à Sarrola-Carcopino (suivre le panneau «Uterra dolce»). On les rencontre aussi au marché d’Ajaccio ainsi que dans de nombreuses épiceries fines de l’île. «Uterra dolce», Sarrola-Carcopino.

     

    Dans la plaine de Peri chez Anne et son safran

    Le ventre plein, il est temps de redescendre dans la plaine de Peri où Anne Nocera nous attend. Lové dans un charmant vallon, le domaine familial regorge d’agrumes, de figuiers, de pruniers. Et depuis 2006, la jeune femme y plante du safran: «J’ai étudié la route des épices à l’université, et le safran m’a tout de suite intéressée. Et puis j’ai eu un cancer du système lymphatique, j’ai décidé d’arrêter mes études et de me lancer dans le travail de la terre, aux côtés de ma famille.» En 2009, la première récolte est là: 20 grammes de safran sec. Lors de la dernière, la balance indique 600 grammes (1 kilo se vend entre 20 000 et 35 000 euros).

    Et la famille n’est jamais loin lorsqu’il faut donner un coup demain. Car si l’entretien demande une attention sans relâche de juin à septembre, il faut récolter très rapidement lorsque les fleurs s’ouvrent. «En une nuit, 16 000 à 20 000 fleurs peuvent éclore, il faut les cueillir avant que le soleil ne les touche.»

    Après avoir marié son épice avec des produits de la ferme (confiture d’oignons ou de fraises, sirop ou huiles),Anne a approché une fromagère, Nelly Lazzarini, qui a développé un fromage au safran, et un glacier, Pierre Geronimi, qui a concocté une glace. «C’est sûr qu’au début les gens me regardaient comme une extraterrestre. Beaucoup pensaient que je ferai une récolte puis que j’abandonnerai. Alors oui, le prix au kilo fait rêver, mais la réalité est différente, la culture est très aléatoire. Tout ça nous a pris beaucoup de temps et d’énergie.»

    Le safran d’Anne Nocera – «l’or rouge» des Romains – se trouve lui aussi dans de nombreuses épiceries de Corse. Safrandecorse@orange.fr

    A Corticchiato chez Diane et ses céramiques

    «Vous connaissez le film Ghost, avec Demi Moore? parce que tous les visiteurs me font une remarque là-dessus», rigole doucement Diane Corticchiato. Seule dans son atelier, elle travaille la faïence, le grès et la porcelaine, leur faisant prendre la forme qu’elle veut du bout de ses doigts. Née à Casablanca, elle est venue s’installer à sa majorité ici à… Corticchiato, le village de ses grands-parents. Elle y vit et y travaille depuis vingt-cinq ans. «Mais je ne parle pas corse», s’excuse-t-elle presque.

    Dans son atelier s’amoncellent des blocs d’argile, des dizaines de vases, d’assiettes ou de tasses en train de sécher, des pots de pigments rouges, verts, jaunes, gris, des pièces cassées, des esquisses de bijoux, une carafe de thé à la menthe du jardin... «Ça me plaît de travailler ici, tranquillement, en proximité avec la nature. Alors oui, pour faire ce métier, il faut aimer être seule, s’enfermer plusieurs jours, mais je ne suis pas une ermite pour autant, je vous rassure. Une fois que j’ai fait mon travail, je vais boire un verre, voir des amis.»

    Quand elle parle des textures et des couleurs de la terre, le visage de Diane s’illumine. Et quand elle peut s’asseoir derrière son métier à tourner, son bonheur est comble. «Regardez bien comment je fais, après ce sera à vous de faire un essai!» Plutôt avare quand il s’agit de parler d’elle, sa langue se délie quand il faut aborder la manière de travailler la matière. Une professeur hors pair, qui ne réussira toutefois pas à nous faire produire autre chose qu’une sculpture postmoderne légèrement déséquilibrée…

     

    A Bastelica chez Antoinette et ses bijoux

    Deuxième jour en Corse. Le temps continue à faire la moue, et tous les Corses rencontrés s’en excusent. Qu’importe la météo, le village de Bastelica nous attend. Une route sinueuse y mène. C’est ici, dans le village familial, qu’Antoinette Nunzi a pris la décision de réorienter sa carrière. Ancienne journaliste de mode à Paris et Milan, fatiguée de la vie en ville et de son rythme trop trépidant, elle se lance il y a sept ans et crée Nanarella, une collection de charm’s basée sur le thème de la Corse.

    Aux bracelets, on peut ainsi accrocher des petits cédrats, une tête-de-maure, une figue, une minuscule branche de myrte ou une clochette de chèvre. «J’étais un peu nostalgique de la Corse quand je vivais à Paris, alors au départ j’ai imaginé ces accessoires pour la diaspora corse.»Depuis son retour définitif au pays, son affaire a pris de l’ampleur: la gamme de bijoux s’est étoffée, une boutique s’est ouverte au centre du village. «Je préfère être ici, dans mon village, au calme, avec ma famille autour de moi. Ça m’inspire, j’ai des idées pour plusieurs années! Ici, c’est le paradis. Il faut avoir vécu à Paris pour savoir ce que c’est», avoue la jeune femme, avant de nous saluer pour aller nourrir sa petite fille de 20mois, qui l’attend à l’étage au-dessus.

    Dans la Vallée de l’Ortolu chez Elisabeth et ses vins

    C’est presque à l’autre bout de l’île, tout près de Sartène, qu’Elisabeth Quilichini nous attend. Pour ne pas faire dans les clichés, il y a ici, dans cette vallée de l’Ortolu, comme un air de Toscane: des vignes et des oliviers, quelques cyprès qui épousent les douces collines, aucune construction moderne à l’horizon… Bienvenue au Castellu di Baricci, le domaine viticole tenu par Elisabeth, sa mère et sa sœur. «C’est ma grand-mère qui a hérité de ce domaine dans les années 1950, raconte la jeune et dynamique Elisabeth. Ma mère l’a repris, planté des vignes et des oliviers, restauré les anciens bâtiments. J’essaie maintenant de réunir tout ce qui pour moi représente la Corse: le vin, l’olive et l’accueil, en faisant aussi maison d’hôte.»

    Elle aussi a étudié sur le «continent».Gestion et finance à Paris, œnologie et viticulture à Bordeaux, avant de revenir en 2010: «C’est difficile de vivre loin d’ici! Quand on vient d’une île, et de Corse en particulier, on a un sentiment identitaire très fort, on se sent différent des autres. Alors j’ai voulu rentrer et utiliser ici ce que j’avais appris dans le cadre de mes études.» Le résultat est là: 50 000 bouteilles sortent chaque année de sa cave. Un délicat vermentino (blanc), un rosé léger et un assemblage de rouge puissant, le tout entièrement bio.

    Le domaine du Castelludi Baricci, dont s’occupe Elisabeth Quilichini, produit un vermentino (blanc) délicat, un rosé fruité et un assemblage rouge puissant et authentique. Ici, on peut aussi louer deux villas joliment aménagées. www.castelludibaricci.com

     

    A Sartène chez Gisèle et son gastro

    Passé le pas de porte du Santa Barbara, c’est d’abord le sourire de Marie-Pierre, la fille, qui charme le visiteur. Et une fois confortablement installé à table, ce sont les plats authentiques de Gisèle, la mère, qui finissent de combler. Normal, elle a déjà été élue meilleure cuisinière de France, et sait comme personne mitonner des plats corses délicats mais roboratifs. Sa soupe paysanne, qui mijote plusieurs heures à petit feu, est un régal de simplicité. Et les amateurs de tripes adoreront sa potée…

    Trente-quatre ans qu’elle est revenue sur son île, à Sartène, après avoir tenu l’Auberge du Cheval-Noir à Versailles durant quelques années. Au départ, son idée était d’ouvrir un tabac presse, mais comme une tante de son mari vendait son bistrot, elle a acheté des livres de cuisine et relancé le restaurant: «Etre une femme, dans ce milieu, c’est compliqué. C’est un métier qu’il faut aimer passionnément, autrement on ne dure pas! Mes copines me demandent comment je fais pour ne pas avoir de rides à mon âge, je leur réponds toujours de venir en cuisine pour comprendre que c’est un hammam permanent!»

    En hiver, elle ferme son restaurant, s’installe au village, s’occupe de sa petite-fille. «Je ne pourrais pas rester ici toute seule, mon père s’inquiéterait. A 97 ans, ce n’est pas le moment de le contrarier!»

    A Soveria chez Alexia et son chocolat

    L’air embaume le chocolat. Normal, c’est ici à Soveria, à quelques kilomètres de la dynamique petite ville universitaire de Corte, que la famille Santini a sa confiserie. Poussées les portes du bâtiment niché au milieu des arbres fruitiers, les arômes se font plus puissants. Aiguillettes d’oranges au chocolat, cédrats confits, nougat au miel corse, pâtes de fruits… Bienvenue au paradis des becs à bonbons.

    Ici comme ailleurs, c’est une histoire de famille. En l’occurrence le père, Marcel, à la confiserie, et la fille, Alexia, côté chocolaterie. «J’ai toujours voulu travailler avec mon père, mais pas être cataloguée comme «la fille de».Alors je suis partie un an chez Patrick Roger, un grand artisan chocolatier connu pour être «difficile», et qui est devenu mon mentor.»

    Mariée et sur le point d’accoucher, Alexia n’en a pas moins la tête pleine de projets. «Il ne faut pas rester tout le temps ici, je continue à voyager, rencontrer des chocolatiers, il faut apprendre, cela apporte énormément. Mais il est vrai que l’on a de la chance d’être ici: notre île nous apporte beaucoup de bons produits, comme les agrumes… Et c’est quand même le top d’avoir son père à côté, qui met au point des préparations et des crèmes de fruits pour mes créations!» Elle le répète, ce n’est pas juste un métier, c’est une passion. «Même quand je dors, j’y pense!» Les affaires marchent fort, et malgré la taille modeste de la chocolaterie, Alexia travaille cette année près de 3 tonnes de chocolats, presque exclusivement pour les fêtes de fin d’année. «Ici c’est petit: dès que les gens aiment tes produits, ils le disent…mais le contraire aussi! Ça t’oblige à l’excellence.»

    Les chocolats d’Alexia avec d’autres délices sont vendus à la Confiserie Saint-Sylvestre. On se jette aussi sans hésiter sur les fruits confits de son père, Marcel Santini. www.confiserie-saintsylvestre.fr

     

    A Porto-Vecchio chez Marie-Luce et sa mode

    Changement de décor. Ici, on oserait presque faire la comparaison avec Saint-Tropez. Les boutiques chics et les bars design se succèdent dans les ruelles de Porto-Vecchio, cette station du sud de la Corse. C’est à deux pas de l’église que l’histoire de Carioca a commencé, il y a trente-cinq ans. Pascale Tozzi, la tante, y vend alors des vêtements chics pour la clientèle de passage qui aurait oublié de glisser dans ses valises une robe cocktail ou un bikini. Et c’est Marie-Luce de Rocca Serra, la nièce, qui a l’idée de créer leur collection propre. Carioca Collection était née.

    Dix ans plus tard, on trouve la marque dans 150 points de vente, en France, Italie ou Espagne, mais aussi aux USA ou en Arabie saoudite. Et la petite boutique de Porto-Vecchio est toujours là. Costumes de bain, paréos, beachwear ou robes légères, des pièces sobres, colorées mais souvent unies. «Il n’y a rien de clinquant, le style est épuré, élégant, avec une touche italienne», précise Marie-Luce. Le concept Carioca: voyager chic et léger.

    Comme les autres femmes rencontrées lors de nos pérégrinations, Marie-Luce a émigré sur le continent, le temps de faire ses études et entamer sa vie professionnelle, mais l’appel de l’île de Beauté a encore une fois été le plus fort. «On est vraiment heureuses de pouvoir travailler en famille, avec ma sœur, ma tante et sa fille, et de pouvoir le faire ici, chez nous. Avoir la grande bleue devant les yeux, chaque matin, ça aide pour l’inspiration.»

    Plus d'infos

    Office du tourisme de la Corse, www.visit-corsica.com, et celui de la Maison de la France à Zurich www.atout-france.fr.

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