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    Amarelle Cesla, conseillère nationale socialiste

    Amarelle Cesla vient de vivre une année à Berne avec ses filles.

    Publié le 
    23 Juin 2014
     par 
    Jacques Poget

    S’il n’en tenait qu’à elle, il ne serait question que de droit et de politique. De la recherche juridique qui nourrit son engagement, et vice versa. Cesla Amarelle aime la justice sociale, le droit la passionne. Particulièrement celui des migrations, de l’asile, des étrangers, auquel, dans ce pays qui vit d’échanges et d’ouverture, «il faut donner ses lettres de noblesse». Car il détermine directement des milliers de destins, alors que le droit civil entérine avec retard l’évolution de la société (divorce, pacs, etc.).

    Exemple? L’initiative Ecopop, qui «oppose de façon insupportable le droit de la nature et le droit humain», aurait un grave impact sur la vie des gens, si elle était acceptée. «Ecopop, dit-elle, ça sonne comme alcopop, comme pop-corn», faussement doux, insidieux, nauséeux.

    Et voilà lancée la présidente (minoritaire) de la Commission des institutions politiques du Conseil national. Nette, précise, intense. Sur les initiatives démagogiques – six acceptées en dix ans – qui dénaturent progressivement la démocratie en «distillant des mensonges dangereux». Sur sa volonté de «baser la politique sur des connaissances avérées»: revenir inlassablement aux faits, «décortiquer les données» pour étayer son action. Sur la nécessité de résister aux fausses solutions, à «ce mélange d’ignorance et parfois de bêtise qui fait croire que tous nos problèmes sont dus à des étrangers qui viennent travailler ici.

    Petite-fille de banquier

    Cesla Amarelle a accepté de se livrer pour que l’on esquisse ici son portrait, même si «en principe, la vie des politiciens n’a pas à occuper l’espace médiatique». Objection: n’a-t-on pas le droit de connaître ces gens qui sollicitent nos votes? Elle se raconte donc, légèrement sur ses gardes mais franche et directe.

    L’enfance à Yverdon de la petite-fille d’un grand bourgeois uruguayen, propriétaire de journaux, président de l’association des banquiers jusqu’à l’avènement de la dictature. Les parents – radiologue et directrice de soins – paient de l’exil leurs convictions socialistes. C’est ainsi qu’en 1977, Cesla, 4 ans, se retrouve dans le Nord vaudois. Elle deviendra une ado «romantique et en quête de sens». Douée. Lectures compulsives, violon (Dvorák, Bartók) et théâtre. Shakespeare! Un stage à Stratford-on-Avon la marque. Plus tard, plusieurs séjours dans des camps de réfugiés la toucheront encore davantage. Elle cite sans hésiter les vers cruciaux de Hamlet: dormir confortablement ou se révolter. «Mes choix ultérieurs sont liés à ça!»

    A commencer par sa rébellion contre l’injustice: «je ne peux pas être heureuse individuellement dans une société où d’autres ne vont pas bien.» D’où son choix du PS plutôt que de l’écologie, qui la mobilise aussi. D’où l’inconfort qu’elle donne à sa vie «pour rester réveillée», et vivre plusieurs vies à la fois. Economie et droit, suisse et international. Université et politique. Ecriture et maternité. Mandats publics et famille. Cesla Amarelle ne se limite pas.

    Elle a décidé de vivre à Berne d’août 2013 à juillet 2014, avec ses filles de 7 et 5 ans et leur nounou yverdonnoise. Tandis que son mari Philipp Müller, directeur administratif et financier du Centre hospitalier universitaire vaudois, les rejoignait en fin de semaine. Fière de son idée, elle raconte avoir trouvé sans piston le trois-pièces de leur année d’immersion linguistique pour les petites, de vie quotidienne bernoise pour la parlementaire, plus proche des hauts fonctionnaires. Expérience agréable («J’aime bien bouger!») et utile. Pour la femme politique comme ses filles qui, désormais, parleront «züritütsch» avec leur père, tandis que quelqu’un viendra régulièrement entretenir leur allemand. «La langue est un instrument de pouvoir, mes filles se parlent en «berntütsch» quand elles ne veulent pas que je comprenne trop!»

    L’engagement, son refrain

    La politique revient sans cesse dans sa conversation. Se connaît-elle des ennemis? «Pas personnels, je crois. On me juge parfois professorale, intello distante, et pourtant j’essaie d’être… (elle rit)… pas sympathique, mais agréable, et toujours dans l’action concrète. Si je ne vais pas boire des verres avec mes adversaires politiques, je confronte volontiers mes idées aux leurs.» Débat plutôt que convivialité.

    Le droit aussi revient sans cesse. Cesla Amarelle dirige la publication du «Code annoté du droit des migrations», trois volumes ce printemps, deux à l’automne. Elle collabore aussi à «l’Annuaire suisse du droit européen» et, depuis le vote du 9 février 2014 «Contre l’immigration de masse», elle se trouve encore plus fortement sollicitée (six conférences au mois de mai). Et pourtant, il faut qu’elle écrive! Elle ne peut pas s’en passer – «l’écriture pose la réflexion» – et a toujours en tête des idées de chroniques, publiées par plusieurs journaux et blogs.

    Des mots, avec pudeur

    Et une écriture plus personnelle? «Je ne suis pas très romanesque.» Elle n’en dit pas plus, préférant «vivre un peu cachée». Une question sur ses loisirs amène une confidence: elle ne dort pas beaucoup et, la nuit, elle interrompt lecture ou écriture pour écouter ses filles dormir, leur respiration la ressource. Elle n’est pourtant «pas très introspective», et pense fermement que «les choses importantes ne sont pas exprimables avec des mots». Par exemple? Une déclaration d’amour: elle préfère «des voies détournées pour exprimer l’essentiel. Par peur de manquer de pudeur.»

    Questionnée sur sa vie spirituelle, elle se dit athée plutôt qu’agnostique. Sa croyance en l’homme l’anime, son action pour les requérants d’asile n’a pas de fondement religieux. Elle a pourtant tissé de forts liens avec des pasteurs, comme Hélène Küng, aujourd’hui directrice du Centre social protestant vaudois, et des curés, car elle est, culturellement, «un peu catholique malgré tout».

    Son credo, elle le trouve dans la poésie de Pablo Neruda, qu’elle lit en espagnol. En parlant de «Mémorial de l’Ile Noire», vision cosmogénique d’un ordre tellurique, si belle qu’«en un moment de faiblesse on pourrait y croire», Cesla Amarelle révèle soudain «une émotive qui se contrôle».

     

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