Sourire aux lèvres et des projets plein la tête, Houria Pittet fêtera bientôt sa première année d’abstinence. Histoire d’une femme belle et intelligente que l’alcool faillit détruire et qui lutte chaque jour pour ne pas rechuter.
Chez moi, la dépendance à l’alcool a commencé en douceur
J’avais une vie de famille comblée, une belle maison et une bonne profession. Cheffe d’atelier pendant quinze ans à la prison de Lonay, près de Morges, j’adorais mon travail. Aux détenues, j’essayais de faire oublier qu’elles vivaient enfermées derrière des barreaux. Ensemble, nous avions même créé une pièce de théâtre. Je me suis beaucoup investie pour ces femmes et, de leur côté, elles m’ont apporté énormément. En apparence donc, tout allait bien. Je vis dans le canton de Vaud, où le verre de blanc fait partie de la culture locale et où l’apéro est une tradition. J’appréciais les bons vins. Mais ma boisson préférée était le Ricard. Tous les soirs, en rentrant du travail, je m’en servais un ou deux verres. Je ne me rendais pas compte que ma consommation devenait excessive. Et puis j’ai divorcé.
Les alcooliques ont toujours une bonne excuse pour justifier leur dépendance
Ce n’est jamais leur faute. Je pourrais très bien attribuer la cause de mon alcoolisme au fait que j’ai mal vécu le divorce, mais ce ne serait pas la vérité. La vérité, c’est qu’un alcoolique boit parce qu’il a envie de boire, qu’il aime être dans l’état que procure l’ivresse. Après une dure journée de travail ou quand on vit une relation amoureuse difficile, on se rabat sur l’alcool, qui fait office d’anesthésiant. Je me servais un verre dès que je rentrais à la maison. Je ne buvais pas dans les lieux publics, mais seule chez moi, et en cachette. Personne n’était au courant. Quand j’allais voir mon copain, qui vivait à Genève, je faisais en sorte d’être sobre. Mes collègues ne se doutaient de rien. J’en étais arrivée à rentrer chez moi entre midi et 14 heures pour pouvoir boire.
Un matin, au lieu de me servir un café, j’ai bu un Ricard. A ce moment précis, j’ai compris que j’étais alcoolique. Et que je ne pourrais plus assumer mes responsabilités. J’avais été assermentée. A la prison, je me devais de donner l’exemple. Dans l’atelier, mon rôle était de diriger, d’être à l’écoute des détenues et parfois aussi de sanctionner. En tant qu’alcoolique, où était ma crédibilité? J’ai préféré partir plutôt que de parler de mon problème à la direction. J’ai suivi une cure de désintoxication pendant deux mois, mais, à peine de retour chez moi, j’ai recommencé à boire de plus belle…
J’ai vécu une descente aux enfers
Je ne bougeais plus de la maison. Je ne répond ais plus au téléphone, ni quand on sonnait à la porte. Le courrier s’entassait dans la boîte aux lettres. Voir mon visage dans le miroir le matin me faisait horreur. J’étais ivre du matin au soir. J’avais épuisé mes réserves financières. Un jour à 5 heures du matin, j’ai fini ma dernière bouteille et téléphoné à l’Hôpital de Prangins, où j’avais fait ma première cure, pour leur dire que j’étais alcoolisée et que je souhaitais être prise en charge immédiatement. C’était le 3 décembre 2008. Depuis, je n’ai plus bu une goutte d’alcool.
Je voulais recommencer à vivre
Par chance, j’ai retrouvé à l’Hôpital de Prangins l’infirmier référent qui était déjà le mien lors de mon premier séjour. Il m’a accompagnée dans ce sevrage et m’a redonné confiance en moi. Nous avons énormément discuté. Un jour, alors que je lui parlais de mon dégoût, auparavant, quand je vomissais après une cuite ou que je me regardais dans le miroir, il m’a dit: «Vomir ses tripes, je sais de quoi vous parlez.» Il m’a appris qu’il souffrait d’un cancer. Cela m’a fait l’effet d’un électrochoc. Il se battait pour vivre, et moi, j’avais failli me détruire en buvant… Sur le plan thérapeutique, je n’ai pas participé à des séances de groupe, car j’avais surtout besoin de me retrouver, moi. J’ai donc lu, énormément.
J’ai fait un saut à mon appartement
Il y avait des cadavres de bouteilles partout. Il n’était pas question que je retourne y habiter. Je voulais changer de vie, et même de ville. J’ai fait une demande pour pouvoir être accueillie à l’Arcadie, une fondation d’Yverdon qui aide les personnes ayant un problème d’alcool à se réinsérer. Je viens d’y passer dix?mois extraordinaires. C’est un lieu de vie où règne beaucoup de solidarité. On y propose des cours, des entretiens. On y apprend à rapprivoiser son corps. Et actuellement, je m’apprête à emménager dans un appartement protégé. J’ai retrouvé le bien-être, et j’ai la tête pleine de projets. Je ne peux pas dire que je n’ai plus envie de boire, mais ma vie a tellement changé que je perdrais tout si je recommençais.
Je vais chercher un travail, mais plus question de remettre un uniforme! Je viens de réaliser une exposition de photos retraçant mon parcours de vie. J’ai toujours adoré la photo. C’était déjà le cas à la prison. J’y disposais d’un laboratoire où je pouvais développer mes clichés. Mon rêve serait de prendre des cours de photographie. Dans l’im médiat, je fais des petits boulots au jour le jour. J’avais un poste important, et maintenant je suis au RI. Il n’y a pas de sot métier. J’ai nettoyé les vitres et les toilettes d’un restaurant avec le même souci de perfection que si je l’avais fait pour moi. Pour le même restaurant, j’ai également préparé un couscous algérien qui a eu beaucoup de succès. J’aime cuisiner. A l’Arcadie, où tout le monde participe aux travaux, j’étais souvent en cuisine.
A toutes les femmes qui se battent contre l’alcool
Je voudrais dire que c’est difficile d’en sortir, mais que c’est possible. Chaque jour est un combat, c’est encore le cas pour moi. Je suis alcoolique. Je ne suis sûre de rien, mais je ferai tout pour ne pas rechuter. Il y a tant de choses bien plus merveilleuses que l’alcool!
Ma grande joie, c’est d’avoir repris contact avec mes enfants, que je n’avais pas revus depuis deux ans. Avant de les rencontrer, j’étais vraiment dans tous mes états. Un peu comme avant un examen qu’il était vital pour moi de réussir. J’avais tant souffert de cette distance, en particulier aux anniversaires et à la Fête des mères… Cela s’est bien passé. Avant de me quitter, mon fils m’a dit: «Maman, je suis fier de toi.»
Un matin, au lieu de boire un café, j’ai bu un Ricard. à ce moment précis, j’ai compris que j’étais alcoolique. Et que je ne pourrais plus assumer mes responsabilités.













2 commentaires
tres decu de moi
très politiquement bien correct et il faudrait voir un peu plus à gratter le fond du problème.
moi même un vécu dans une fondation, j'ai dû voir et vivre des éléments qui eux ne sont pas mis en évidence dans tout ce que l'on lit ou voit actuellement.
Doit on se voiler la face à ce point ou est-ce qu'il y a des non-dit que l'on ne veut pas avouer.
A dispo si vous voulez en savoir plus. salutation
Publier un nouveau commentaire