La mode est-elle vraiment futile?

On aimerait s’affranchir de ses diktats mais elle est partout, dans les magazines, dans la rue, et même dans le monde politique...

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Par Julien Burri

 

On aimerait s’affranchir de ses diktats mais elle est partout, dans les magazines, dans la rue, et même dans le monde politique. Pourtant, la mode peut aussi nous aider à mieux vivre ensemble.

 

FEMINA Peut-on ignorer la mode?

MARIE JOSÉ MONDZAIN La mode est apparemment frivole parce qu’éphémère, mais elle est inséparable des enjeux économiques, politiques, et aussi des enjeux subjectifs concernant l’image de soi dans l’espace public et dans le regard des autres. La mode est donc un phénomène qui a sa gravité.

Devons-nous la suivre?

La mode, c’est une adaptation entre deux désirs contradictoires. D’abord, être conforme, c’est-à-dire ne pas être en marge, se construire une légitimité. Ensuite, le plaisir d’être original, distinct. C’est un réglage délicat entre les deux. Nous devons jouer entre un conformisme rassurant et une originalité valorisante. Il ne faut surtout pas qu’un de ces désirs prenne le pas sur l’autre…

Mais la mode a beaucoup asservi les femmes…

Oui. Le pouvoir masculin a construit la coquetterie des femmes, parfois au prix des pires souffrances, comme celles imposées par l’armature métallique des corsets. Il n’y a plus de corsets aujourd’hui, mais la mode peut agir comme un corset immatériel sur les corps (comme par exemple lorsqu’on impose une maigreur extrême aux femmes). Elle a soumis les femmes, puis elle les a libérées. Mais le combat n’est pas fini! L’histoire de la mode est aussi une histoire de guerre.

Vous montrez que la mode envahit la politique…

Le pouvoir a toujours aimé le spectacle de sa puissance, mais la mode aujourd’hui est inséparable des industries du spectacle et de la communication. Les médias montrent les Rolex, les Ray-Ban, les sacs Prada et autres colifichets des personnalités au pouvoir. Sarkozy aime faire vitrine. Comme Louis XIV, il dissimule ses défauts grâce à Carla Bruni, starlette fabriquée de la tête aux pieds. Le costume de Sarkozy, c’est sa femme.

Alors quoi, on s’en méfie et on fuit?

Je suis philosophe et non juge et encore moins moraliste. Au contraire, prendre soin de son apparence, c’est prendre en considération autrui. La mode concerne le regard que nous portons sur nous-mêmes, la façon dont nous désirons être perçus, reconnus, aimés. La mode concerne les relations sensibles que nous entretenons avec les autres et avec nous-mêmes. Ce qui est redoutable, c’est le pouvoir que prennent les plus forts sur les plus faibles, les plus riches sur les plus pauvres.

Comment rester libre dans ses choix?

Ce n’est pas parce que j’achète des vêtements à la mode que je perds ma liberté. La mode devrait rester un jeu avec les choses entre des per sonnes qui jouent aussi avec leurs apparences. Il faut défendre la fantaisie, le jeu, l’insolence! Ne pas faire de la mode une cérémonie dramatique et cruelle dont dépend la reconnaissance de soi et celle des autres. Nous sommes des personnes vivantes, parlantes et désirantes qui ne veulent pas devenir des choses.

 

Bio Express

Marie José Monzain est une philosophe française spécialisée dans la question de l’image. Elle vient de publier un petit livre adressé au départ aux enfants, pour leur expliquer les enjeux de la mode.

«La mode»,
Ed. Bayard, 100 p.

 

 

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