Mettre le mâle à l’aise avec ses poils

Julien Pidoux

L’homme d’aujourd’hui doit avoir du poil, mais discipliné à coups de cire chaude et de tondeuse. Le mâle version2011 fréquente les instituts de beauté et apprend à souffrir pour être beau. Vous avez dit aïe? Oui, mais en silence surtout...

Les poils: un signe de virilité qui, après avoir vécu ses belles heures, est en perte de vitesse. Surtout auprès des jeunes.

Les poils: un signe de virilité qui, après avoir vécu ses belles heures, est en perte de vitesse. Surtout auprès des jeunes. © Getty Images

On connaît la rengaine: «Cela risque de faire un petit peu mal.» Avant même que l’esthéticienne ait arraché la première bande de cire tiède, on sait déjà qu’elle manie à merveille l’euphémisme. Car non, l’épilation n’est pas – au début tout du moins – une partie de plaisir. Dans les instituts, il ne représente en moyenne pas plus de 20%de la clientèle, mais il se montre toujours plus audacieux. Soins du visage, peeling chimique, épilation du dos voire du bikini: l’homme est en passe de devenir une femme comme les autres. Dernier trend en date, qui devrait recevoir les faveurs des businessmen laissant parfois tomber le veston: l’injection de Botox dans les aisselles, couplée à une épilation au laser.

Plus d’odeurs ni d’auréoles disgracieuses à l’heure de présenter le bilan sur le beamer. C’est en tout cas ce que promet le docteur. Après ça, qui oserait encore dire que l’épilation est réservée aux hommes «qui bossent dans le milieu artistique», comme certains le pensent encore? Mais gare à ne pas trop en faire: le métrosexuel de 2011 a renoncé à l’épilation intégrale, allant même jusqu’à conserver sciemment quelques poils sur le torse, histoire de montrer que l’on assume sa part de virilité. «La «touffe», c’est fini, du poil oui, mais discipliné. Le phénomène de la barbe de trois jours, façon négligé chic, est emblématique de cette tendance», relève Alexandra Charles, esthéticienne au centre Io dans le quartier du Flon, à Lausanne.

L’odeur de la cire

Autrefois (il y a de cela une éternité, quand l’épilation au laser n’était encore qu’une chimère),monsieur ne connaissait pas les esthéticiennes, ni l’odeur de la cire chaude. Sauf si madame (ou maman) s’y adonnait à domicile. Puis certains représentants du sexe fort ont poussé la porte de l’un de ces instituts. D’abord pour tester un «soin du visage régénérant spécial hommes», ensuite, poussés par leur douce moitié, ils sont parfois allés plus loin. Aujourd’hui, la palette à disposition des hommes est quasi aussi large que celle des femmes. Et le profil de ceux qui osent la cire s’est démocratisé. «Disons que notre client type a plus de 30 ans, genre cadre sup’, et qu’il vient surtout au printemps, avant de devoir se mettre en costume de bain à la plage ou à la piscine», résume Alexandra Charles. Autrefois considéré comme «un extraterrestre», un homme qui s’épile, c’est aujourd’hui quelque chose de quasi banal.

Mais ce n’est pas pour autant une raison pour crier sur les toits qu’on prend soin de ses poils. «C’est une constante chez les soins masculins! Ils veulent être soignés, sans que cela saute aux yeux. Il y a une certaine gêne à avoir l’air «efféminé». Qu’il soit homo ou hétéro, il n’a pas envie que les autres sachent ce qu’il fait, il y a encore une grosse pression sociale négative», note le Dr Roland Ney, responsable de la Clinique Matignon de Vevey.

Afin de mettre le mâle à l’aise, mais aussi conscient de la manne que représente cette clientèle encore un peu timide, le groupe Matignon (cinq cliniques en Suisse romande et une à Zurich) a organisé, le mois dernier, sa première soirée Men only. Un événement destiné à devenir mensuel. «Ces messieurs ont une espèce de gêne de se retrouver au milieu de dames, d’où ce moment particulier. On veut en faire un rendez-vous décontracté, un peu comme le pub en Angleterre après le travail», sourit-il.

Botox et champagne

Pour cette grande première, une petite dizaine de messieurs ont osé faire le pas sur la Riviera. Entre les cacahuètes et les flûtes de champagne, la plupart d’entre eux n’en avaient que pour le Botox ou l’épilation au laser. Comme Carlo, jeune homme athlétique pratiquant le football, mais aussi le vélo et la natation. «Je m’épile à la cire les jambes et le torse depuis trois ans environ. Je le fais pour le sport, parce que c’est plus hygiénique, mais aussi parce que c’est plus agréable sans poils quand on te fait un massage.» Les jambes, c’est deux fois par an, le torse tous les deux ou trois mois. Là où ça fait le plus mal? «Au niveau du bas du ventre, c’est terrible!»D’où, en partie, son intérêt pour le laser.

Une visite qui lui aura notamment permis d’apprendre que le laser n’est pas si indolore que ça. «C’est tout de même une brûlure! On applique une crème anesthésiante, et du froid juste après pour calmer la douleur», précise Tamara, esthéticienne à la clinique, tandis que sa collègue Sylviane ajoute: «En plus, vous les hommes êtes plus douillets que nous, c’est bien connu!» Le gros bémol du laser est et devrait rester le même: son prix, très élevé. «Et même si les professionnels parlent d’épilation définitive, il faudrait plutôt employer l’adjectif «progressif», précise Eni Yarden, esthéticienne au Masculin Center de Lausanne. Particulièrement pour le poil masculin, de nombreuses séances sont nécessaires pour le brûler jusqu’à sa racine. Et les repousses ne sont jamais exclues.

Chez les femmes, elles peuvent survenir à l’occasion d’une grossesse ou de la ménopause, chez l’homme elle peut survenir par exemple à la quarantaine (d’où la pousse de poils sur les oreilles voire le nez à cet âge-là…),mais pas seulement. Alors autant réfléchir à deux fois avant de dépenser plusieurs centaines de francs dans l’opération. «J’ai des clients qui viennent se faire épiler chez moi depuis l’ouverture du centre, il y a dix ans. Je peux vous dire que pour certains, ils n’ont presque plus de poils, la cire est quand même très efficace», assure Eni Yarden. L’experte arrache ainsi régulièrement les poils pectoraux de ces messieurs. «Surtout chez les jeunes, ils n’aiment pas du tout ces poils-là, ils sont donc très motivés. Un homme de 40 ans le fera plutôt avant les vacances, ou pour faire plaisir à sa copine ou son épouse.»

La tondeuse, cette amie

Reste que dans l’univers impitoyable du poil masculin, il existe désormais certaines règles tacites auxquelles l’homme moderne doit désormais se plier. La première d’entre elles: les poils du dos et des épaules ne sont pas les meilleurs amis de l’homme. «Disons que ce sont les poils socialement les moins tolérés, explique Joe, responsable du site commeuncamion.com, l’un des premiers sites francophones de mode et de beauté entièrement dédiés à l’homme (lire l’interview ci-dessous). L’épilation des aisselles est plus une épilation de confort, pour les sportifs ou en été.

Sinon, à moins d’avoir une implantation des poils vraiment anarchique, je ne vois pas l’intérêt d’épiler son torse. Le poil au torse, c’est tellement masculin!» Camille, à sa façon à elle, abonde dans le même sens: «Un homme sans poils, c’est comme une fille sans seins ou sans hanches, je ne trouve pas ça hypersexy.»Qu’on se le dise, le footballeur Cristiano Ronaldo est out (Son actu? Sifflé sur le terrain, il estime que les spectateurs sont jaloux de sa beauté, c’est pour dire…),Hugh Jackman et sa fière toison est plus in que jamais. Raison de plus de garder quelques poils: certains professionnels reconnaissent que pour un homme «bien fourni» au niveau de la toison pectorale, l’épilation à la cire fait (très) mal. Il vaut alors peut-être mieux se tourner vers une tondeuse pour le corps, et élaguer quand le besoin s’en fait sentir.

A la manière de Sébastien. «Je me tonds l’abdomen depuis que des infirmières du CHUV m’ont rasé le ventre avant une opération de l’appendicite…Et quand je fais de la musculation, on voit mieux le résultat!»Dans les rayons des magasins, la palette des crèmes dépilatoires, des tondeuses et rasoirs spécialement conçus pour monsieur s’est d’ailleurs considérablement élargie.

La poitrine au Bic

Dernier avatar: l’épilateur électrique Babyliss formen. Noir, forcément. Simon, après avoir utilisé le rasoir BIC durant plusieurs années, a lui fait les frais d’une tondeuse high-tech. «J’ai commencé à me raser le torse il y a cinq ans environ, mais seulement les pectoraux, en gardant la «partie centrale», parce que je ne suis pas fan du torse totalement glabre. Par la suite, j’ai commencé àme raser les testicules, ça les met en valeur, un peu comme une clairière au milieu d’une forêt, où l’on peut s’amuser en toute sécurité…» S’il préfère témoigner avec un pseudonyme, il assure en parler facilement avec ses amis, hommes comme femmes. «Parce que pour moi, prendre soin de ses poils ne signifie pas un manque de virilité!»

Boulanger ou banquier, charpentier ou avocat, jeune et vieux, ils sont toujours davantage à penser la même chose. «Au début, on m’a pris pour une rigolote, certains pensaient que des hommes qui s’épilaient, ce n’était qu’une mode qui allait passer, mais c’est clair que ça ne va pas s’arrêter là!» s’enthousiasme Eni Yarden, l’esthéticienne. Avant de se diriger vers le prochain torse à épiler.

Prochaine soiréeMen only dans les cliniques Matignon le 26 octobre 2011.

 

Où faire quoi?

Les aisselles

Oui, les poils favorisent l’apparition d’odeurs. Donc oui, on entretient un minimum, surtout si les poils dépassent quand on a les bras en bas…A coups de rasoir ou de tondeuse, c’est largement suffisant.

Le torse

Tout est question de goût…et de génération. «Les jeunes n’aiment pas du tout les poils ici, c’est quelque chose d’assez nouveau», note Eni Yarden, esthéticienne au Masculin Center. Résultat: ils sont prêts à souffrir à coups de bandes de cire. Mais un passage de tondeuse suffit à éclaircir la zone et la rendre tout ce qu’il y a de plus présentable.

Les parties intimes

Les partisans de l’épilation (cire ou laser) des parties génitales sont peu nombreux. «J’ai dû avoir trois cas ces dix dernières années, estime le Dr Roland Ney, de la Clinique Matignon. Même si ce n’est pas très douloureux, contrairement à ce que l’on pourrait craindre.» Par ailleurs, de nombreux instituts refusent de pratiquer ce genre d’épilation. La solution: passer la zone pubienne à la tondeuse, en gardant un peu de longueur tout de même.

Le visage

Les sourcils. Si on souffre du syndrome du monosourcil, on arrache. Le plus souvent, des brucelles suffisent pour y mettre un peu d’ordre. «Mais il faut faire attention de ne pas trop enlever, des sourcils tout fins chez un garçon, ce n’est pas joli», prévient Tamara, esthéticienne à la Clinique Matignon. Poils aux oreilles, voire sur le nez? Direction l’institut! Une barbe qui monte trop haut sur le visage ou descend trop bas dans le cou peut être corrigée grâce au laser.

Dos et épaules

Les professionnels sont unanimes: on enlève! Et on évite le rasoir ou la tondeuse, qui rendront le poil plus dru. On passe donc par la case cire tiède ou chaude. Ou, si on est peu poilu, on emprunte carrément l’épilateur électrique de sa femme ou d’une amie et on se fait aider.

Les jambes

Sur les plages branchées de l’Italie, les poils des hommes ont quasi disparu, mais ce n’est pas une raison pour emboîter le pas de ces mâles-là. A moins d’être un nageur professionnel, histoire d’améliorer son aérodynamisme. Si l’on souffre d’une pilosité vraiment trop abondante, un petit coup de tondeuse équipée d’un sabot et le tour est joué.

 

Le poil a aussi ses adeptes

On le disait démodé, reliques de nos vies passées d’hommes des cavernes, voué à disparaître en vertu des règles de l’évolution génétique. Et pourtant, le poil est de retour. Et pas seulement chez ces messieurs. En Suisse, 27%des Suisses interrogés pensent ainsi qu’un homme ne devrait «sûrement pas» s’épiler le torse, 20%pensent qu’il ne devrait «plutôt pas». Ils ne sont que 6%à dire «oui, sûrement» et 13%à émettre un «plutôt oui» (sondage réalisé en juillet 2011 par le site internet cooperation-online.ch). Et cela va bien plus loin: des mouvements s’organisent pour prendre la défense du poil sous toutes ses formes.

Certains le font avec une certaine dose d’humour, comme le Paris moustache club, qui «aime les filles qui aiment les hommes qui aiment les poils et qui n´ont pas peur des filles qui portent la moustache».Mais il y en a certains qui se la jouent militantisme révolutionnaire: au sein du Mouvement international pour une écologie libidinale, le MIEL, on ne rigole pas. On prône la résistance en invitant femmes (et hommes) à ne pas s’épiler de l’été (et à montrer ses poils), on accuse les esthéticiennes de pratiquer un «travail immoral», et l’on assène des slogans comme «Voilée en Afghanistan, épilée en Europe».

www.ecologielibidinale.org,www.parismoustacheclub.com

«L’image du métrosexuel imberbe a fait son temps, le poil est de retour!»

Joe, du site commeuncamion.com

FEMINA Dans le cadre de ton site, commeuncamion.com, toi et tes comparses avez testé pas mal de méthodes pour éradiquer le poil… quel est le verdict?
JOE On a testé les principales solutions d’épilation: le rasoir, la tondeuse, l’épilation à la cire et l’épilation à la lumière pulsée. Chacune a ses avantages et ses inconvénients: le rasoir et la tondeuse sont des solutions faciles et peu coûteuses, mais des solutions de «dépannage». Le poil repousse aussitôt, et généralement épais car il n’a pas été enlevé à la racine. L’épilation à la cire est efficace et permet d’être tranquille pour un mois, mais encore faut-il supporter. Je préférerais aller chez le dentiste tous les mois tellement je n’aime pas ça. Enfin, l’épilation à la lumière pulsée et au laser pourraient être des solutions idéales si elles n’étaient pas aussi coûteuses. Autre inconvénient: tout le monde ne peut pas avoir recours à cette solution! C’est ainsi déconseillé aux personnes ayant trop de grains de beauté.

Et personnellement?
Comme tout le monde, j’ai bricolé un peu le dimanche avec mon rasoir. Mais la première grande expérience, c’est d’avoir franchi la porte d’un institut pour une épilation des épaules à la cire. J’ai tellement souffert la première fois que j’ai failli mordre l’esthéticienne! Je compatis avec les femmes qui endurent cela tous les mois.

Après les bandes de cire pour hommes, les tondeuses pour le corps, Babyliss a sorti le premier épilateur électrique spécialement dévolu à l’homme. Va-t-on trop loin?
Je ne pense pas que ce soit aller trop loin, c’est bien d’avoir «le choix des armes», nous n’avons pas tous la même pilosité. L’épilateur peut ainsi être une solution intéressante pour celui qui n’est pas très poilu…et pas trop douillet.

Le poil ne serait-il pas en train de refaire son apparition?
L’image du métrosexuel imberbe a fait son temps, le poil est de retour! Mais il doit être maîtrisé. La mode de la barbe de trois jours est un bon exemple. Certains fabricants ont même «marketé» des tondeuses spécialement conçues pour entretenir sa barbe, alors qu’une tondeuse à cheveux fait tout aussi bien l’affaire, dans le cas où on en possède déjà une bien sûr.

Le dernier tabou dans le domaine, c’est l’épilation intime?
Oh tabou, pas tant que ça! Un fabricant comme Philips a pas mal communiqué sur son Bodygroom et la possibilité de pratiquer une petite épilation intime. Mais les hommes restent relativement peu informés sur le sujet. Je le vois notamment via notre forum, où il y a beaucoup d’interrogations sur les méthodes possibles et les adresses d’instituts proposant l’épilation intime pour hommes…

Créé en 2004, commeuncamion.com, site dévolu à la mode, la beauté et le shopping au masculin, totalise 250 000 lecteurs tous les mois.

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