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    Décryptage mode: le triomphe du pull de Noël

    Jadis tradition British, cette pièce est devenue un phénomène de masse et tous les coups esthétiques sont dès lors permis. Focus sur une explosion de kitsch.

    Publié le 
    13 Décembre 2017
     par 
    Nicolas Poinsot

    Ils piquent tellement les yeux qu’il est difficile de ne pas les voir. Les pulls de Noël ont envahi notre paysage préfestif avec la discrétion d’une horde de caribous dans un magasin de porcelaine. Attention, on ne parle pas de l’élégant chandail saupoudré de flocons. Ici, c’est du lourd. Du très lourd même: couleurs criardes visibles depuis la lune, dessins de rennes cartoonesques ou de Santa Claus lubriques, pompons et autres rajouts poilus…

    Véritable blasphème stylistique, importable dans 99% des situations, cette pièce est pourtant devenue un must du dressing hivernal. Déjà en embuscade dans les boutiques fin 2016, le pull de Noël a décollé en Suisse cette année. Au point que tout le monde lui court après. «J’en ai commandé quatre sur le web», confesse Isa, 26 ans, pourtant pas spécialement addict du shopping 2.0. «Il s’agit en effet d’un trend récent sous nos latitudes», confirme Marcela Palek, porte-parole de Globus.

    Débarquement de rennes

    Si l’invasion actuelle peut surprendre, elle est la suite logique de ce qui se passe aux USA et au Royaume-Uni. Le phénomène y est né au début de la décennie. Ainsi, le New York Times l’étiquetait «tendance» dès 2012, jusqu’à ce que la demande explose: en 2014, les ventes de pulls de Noël quadruplaient!

    Mais avant d’être un joyeux virus vestimentaire adopté par Victoria Beckham et Miley Cyrus, l’habit était tout ce qu’il y a de plus sérieux. Et intime. Le pull de Fêtes était à l’origine une tradition britannique remontant loin dans le XXe siècle. Il s’agissait de porter pour Noël, et ce avec plus ou moins de conviction, le tricot confectionné par tata ou grand-maman dans une esthétique qui n’était pas censée faire rigoler.

    Un ambassadeur de choix

    Vers la fin des années 1980, le pull de Noël a été repris ironiquement par le monde de l’entreprise outre-Manche. Lors du Jumper Day, qui tombe chaque troisième vendredi de décembre, les employés troquent leur costume pour le pire pull imaginable. Et l’assument, au bureau comme au pub. Un exercice d’autodérision très british, immortalisé par Colin Firth dans le premier volet de «Bridget Jones», où le ténébreux avocat se pointe sans sourciller devant sa belle avec un improbable spécimen orné d’une tête géante de Rudolph le renne.

    La scène est d’ailleurs considérée comme l’acte fondateur du pull de Noël moderne. Depuis cette apparition sur grand écran, le Christmas sweater a été propulsé dans une drolatique surenchère de kitsch et de mocheté. Outre les collections spéciales lancées par Primark ou C&A, le musée londonien Madame Tussauds s’est amusé fin 2016 à rhabiller les membres de la famille royale en pulls frôlant l’immonde.

    Plaisir pour adultes

    Des clubs de foot anglais, eux, éditent chaque mi-novembre leur propre pull de Noël, dont les ventes financent des projets humanitaires. L’exemplaire unisexe pour adulte de Manchester United est déjà épuisé. «Ça ne m’étonne pas que ces pulls soient surtout recherchés par les grands, commente Isa. Les fêtes de Noël perdent pas mal de leur magie avec l’âge adulte. Porter ce genre de vêtement est gentiment régressif, car on retrouve cette dimension ludique, insouciante et cosy que vivent les enfants au pied du sapin.»

    Mais si ces pulls dépassent rarement les 50 francs, des marques haut de gamme se sont emparées de l'icône pour la transfigurer en pièce de luxe en cachemire ou alpaga, pour des prix parfois multipliés par dix. Peut-être plus facile de sortir dans la rue avec. Mais sans un peu de honte, où est le plaisir?

    Un pull de noël idéal

    Quelles couleurs? Tous les mauvais goûts sont dans la nature, mais une combinaison de rouge et de vert permet de marquer pas mal de points.

    Quels motifs? Un élément essentiel du pull de Noël réussi. Les superpositions de motifs genre pudding ont de l’allure, même si une bestiole déjantée (un renne, un hibou, un pingouin…) prise de face fait toujours son effet.

    Avec quoi on le met? Pour le rendre plus détonant, on jouera la modération avec une jupe noire ou un jean. Les pantalons type pyjama psychédélique sont à proscrire.


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